["L'insoumission de Jonas" has been visited 947 times since 10 Novembre 2008]
[Paru dans???#??, date]
Dans les premières pages de son livre L’aventure prophétique, Jonas, menteur de vérité [Paris, Albin Michel, 1995], Ruth Reichelberg explique que, depuis son jeune âge, la lecture du livre de Jonas, le jour de Kippour, l’a profondément marquée. L’histoire du prophète et la sienne propre furent même tellement liées qu’elle considère que, pour elle, « avancer dans la vie » signifie aussi « conquérir Jonas. » (p.15). Elle parle de son « corps à corps » avec ce livre comme de sa « propre lutte avec l’ange » (p.21). Ces premiers mots me semblent essentiels car ils signifient que, pour Ruth, l’art de lire la Bible ne peut se faire de manière détachée et lointaine, à la façon dont une certaine érudition historique et objectivante le propose. Il ne s’agit pas de se mettre à l’abri dans un savoir pour mieux garder la maîtrise, mais de s’exposer à la lutte avec une parole qui nous cherche et qui attend notre réponse. Ce faisant, et Ruth le dit très bien, cette réponse fait découvrir à celui ou celle qui l’énonce, des dimensions de son être qui ne lui auraient jamais été révélées sans elle. Cela signifie que l’acte de lire et d’interpréter ce livre de la Bible fut aussi pour elle un acte de lire et d’interpréter sa propre vie. Il faut bien en effet se laisser lire par ce qu’on lit pour que la lecture soit vivante aujourd’hui. Que nous importerait que Jonas, fils d’Amitaï, ait existé jadis, au 8e siècle avant l’ère commune, s’il n’était plus rien pour nous ? En quoi son aventure toucherait-elle la nôtre s’il s’agissait uniquement de la raconter comme celle d’un lointain ancêtre dont les faits et gestes étonnants - ou ce que la mémoire en a gardés - sont désormais consignés dans un livre pour devenir l’objet d’un savoir ?
La traduction et le commentaire proposés dans ce livre représentent donc aussi un risque pour leur auteure : celui d’exposer sa propre vie aux significations dégagées, de se laisser transformer par elles et, ce faisant, de faire grandir ces significations sans édulcorer leur violence. Mais cette violence n’est pas tant celle extérieure promise aux habitants de Ninive s’ils ne se repentent pas, que celle que l’on endure soi-même quand on consent à s’exposer au combat spirituel, à la lutte avec l’ange comme dit Ruth. Cette violence là est très forte alors puisque c’est aussi quelque chose de nous-même qui se trouve violenté, décisivement. On verra que pour Ruth ce combat avec soi-même est inséparable de celui d’Israël pour devenir Israël. C’est bien pour cela que, depuis si longtemps, les juifs lisent le livre de Jonas, l’après-midi du jour de Kippour, lorsqu’ils font eux-mêmes un voyage au plus profond d’eux-mêmes.
Selon le Midrach, cité par Ruth, Jonas serait le fils de la veuve de Sarepta ressuscité par le prophète Elie (I Rois 17, 24). Jonas aurait donc connu la mort puis serait ressuscité. Il aurait aussi appris que Dieu avait retiré la prophétie à Elie, en raison de sa trop grande sévérité envers Israël, pour la donner à Elisée. A l’époque de sa mission auprès de Ninive, dans le livre qui porte son nom, il serait déjà fort âgé. Quant à la ville de Ninive que Jonas est censé appeler à se repentir avant qu’il ne soit trop tard, elle aurait été fondée par Nemrod, le premier chasseur et le constructeur de la ville de Babel (Gn 10, 9-10). Malgré sa repentance probablement de circonstance, Ninive sera d’ailleurs détruite en 612, et « violemment rejetée dans les ténèbres » en raison du sang qu’elle fit couler, de ses mensonges et de ses turpitudes, mais aussi des séductions qu’elle exerçait sur les autres peuples, comme l’explique si fortement la prophétie de Nahoum (1, 8 ; 3. 1-4).
Selon Ruth, qui sollicite les sources traditionnelles pour éclairer son propos, Jonas ne voudrait pas se rendre à Ninive parce qu’il saurait que si Ninive se repent, il aurait ainsi contribué à sauver une ville ennemie d’Israël, une ville dont un des fils - Nabuchodonosor - détruira Israël et contraindra ses habitants à l’exil. C’est en effet ce qui adviendra. C’est aussi pourquoi, une fois que Jonas a fini par accomplir sa mission, il est amer de constater qu’elle a profité à des habitants qui, bénéficiaires de la miséricorde de Dieu, grâce à sa prophétie, se montreront plus tard sans miséricorde aucune pour Israël.
Jonas, explique Ruth, pose l’exigeante question de la justice, d’une justice qu’à l’instar d’Elie, il voudrait rigoureuse, mais il pose en même temps la question redoutable du pardon accordé aux méchants alors même que ceux qui se sont conduits de façon juste sont violentés, méprisés ou exposés aux brûlures d’une rigueur sans miséricorde. Jonas diffère d’Abraham qui osait plaider la cause de Sodome, malgré sa perversité car, insistait-il auprès de Dieu qui s’apprêtait à détruire cette ville, peut-être des justes y habitent-ils, des justes qui ne méritent pas de subir un tel châtiment (Gn 18, 23-32). Pourquoi en effet la colère de Dieu - si elle existe - devrait-elle s’abattre indistinctement sur les coupables et sur les justes ? Question, on le sait, qui très souvent dans l’histoire tenaille les hommes et revêt une intensité effroyable. Cependant, dans le livre de Jonas il semble que les rôles soient inversés : contrairement à de ce qui se passe entre Abraham et Dieu à propos de Sodome, dans le cas de Ninive, c’est Dieu qui veut exercer sa miséricorde, si les habitants font pénitence, et c’est Jonas qui veut que la sévérité de Dieu s’exerce sans délai aucun, sans nouvelle chance accordée grâce à la repentance. Jonas ne se demande pas s’il y a des justes à Ninive, il prend fait et cause pour un jugement sans miséricorde à l’égard de la ville. Ce n’est qu’à la fin du livre, lorsqu’une fois desséché le ricin à l’ombre duquel il s’abritait il se trouve exposé sans défense à un vent si brûlant qu’il voudrait mourir tant sa souffrance est intense, qu’il découvre l’impossibilité pour les hommes d’être exposés au soleil de plomb de la justice, sans ombre rafraîchissante. Cette ombre qui fait écran aux rayons trop ardents du soleil évoque en effet, selon Ruth, « l’introduction de la mesure de Miséricorde dans l’ordre de la justice sévère. »(p.145) Il faudrait donc considérer cette fin du livre de Jonas comme une révélation de la part de Dieu à son prophète : nul ne peut vivre dans la rigueur absolue, tout homme a besoin de miséricorde. Jonas ressent en cet instant, sur sa peau à vif, la brûlure insupportable qu’est - pour chaque personne humaine - l’absence de compassion et de pardon. Or on sait que c’est précisément cela qu’il a voulu refuser aux habitants de Ninive. Il ressent alors dans sa chair cette vérité profonde : aucune personne humaine, aucun peuple, n’ont la force de vivre constamment dans le plein jour de la justice, il faut toujours que soit accordée aux hommes - aussi justes soient-ils - un peu de cette ombre bienfaisante, ou de ce répit, en quoi consistent la compassion et le pardon. Pour intéressé et fragile qu’il ait été, le repentir de Ninive provoquera en tout cas un délai de grâce pour ses habitants, tandis que Jonas s’en affligera car, de son point de vue, il s’agit là d’un compromis avec le mal.
L’insoumission première de Jonas signifie cette difficulté pour ce prophète séduit par la justice stricte de consentir au report indéfini du jugement des méchants. Il veut une justice totale, un monde sans ombre et il estime, selon Ruth, que pardonner à Ninive c’est accepter l’échec de Dieu en ce monde (p. 202). Comment en effet penser que Dieu puisse se repentir d’une décision qu’il aurait prise ? Le Dieu qui viendrait à la pensée des hommes, si on leur faisait entendre qu’il arrive à ce Dieu aussi de se repentir de ses décisions, ne serait-elle pas dangereuse ? Mais pourquoi une telle radicalité de la part de Jonas ?
Ruth propose deux pistes de réflexion à ce propos. D’une part elle éclaire cette radicalité par le fait que Jonas aime son peuple Israël de façon extrêmement exigeante ; d’autre part, et cela est plus décisif encore, quoique plus énigmatique, par le fait qu’il a connu la mort et en est revenu et, cela, par deux fois. Voyons donc ces deux explications.
Sachant que la ville de Ninive est animée d’intentions malfaisantes à l’égard de son propre peuple, Jonas ne voudrait pas contribuer à renforcer la menace qui pèse sur Jérusalem. Davantage, selon le Midrach, il saurait qu’en épargnant Ninive, c’est la destruction de Jérusalem qui se profilerait à l’horizon puisque Nabuchodonosor serait l’un de ses fils. « La Providence divine est en train de préparer le futur châtiment d’Israël. Et Jonas refuse d’être celui par qui le mal advient à ses frères. » (p.96) Dans cette perspective donc, contribuer à sauver Ninive serait aussi composer avec le mal, avec celui qui menace son propre peuple, y consentir par avance en quelque sorte, en prendre son parti, voire le justifier. Mais, comme le remarque Ruth, s’il ne s’agissait que de cela, il aurait suffi à Jonas de faire la sourde oreille et de rester chez lui. Or ce n’est pas le cas, il s’enfuit, va à Jaffa et s’embarque dans un navire en provenance de Tarsis et y retournant. Puis vient l’épisode de la tempête, les marins prennent peur et, contre leur gré il faut le souligner, jettent Jonas dans la mer pour apaiser cette tempête. On sait que Jonas est avalé par un gros poisson dans lequel il reste trois jours avant d’être rejeté sur la terre ferme. A nouveau Dieu lui demande d’accomplir sa mission auprès des habitants de Ninive, ce qu’il finit pas faire alors, avec les conséquences qui viennent d’être décrites.
Ruth déploie avec beaucoup de finesse la richesse de tous les symboles de cette aventure terrible, la mer, le poisson qui avale Jonas, poisson mâle ou femelle, puis qui le rejette sur le rivage, le nombre de jours (pourquoi trois jours) dans les entrailles de ce poisson etc., elle interroge aussi les significations que la lecture du livre, dans sa langue originale, permet de faire apparaître et, enfin, elle montre les relations qui unissent ce livre et la liturgie de Kippour. Sans entrer dans tous les détails de cette symbolique, souvent foisonnante et parfois mystérieuse par les correspondances qu’elle établit entre différents plans de la réalité, je voudrais souligner qu’elle incite en tout cas à penser que l’aventure décrite dans ce livre advient à chacun dès lors que, comme Ruth donc, il ou elle consent à déchiffrer un peu l’énigme de sa propre vie à son aune. Certes Jonas est un prophète qui a bel et bien existé - ce n’est pas une allégorie, un machal, comme Job dans le livre qui porte son nom - mais, en même temps, il faut se demander ce qu’est Jonas en nous, pour nous. Pas seulement parce que Jonas serait une mise en scène de l’histoire de l’âme humaine, comme le dit R.Isaac Louria, cité par Ruth, mais aussi peut-être parce que, comme y insistent tant de commentaires hassidiques, il s’agit de lire en se laissant éclairer intérieurement par ce qu’on lit et en découvrant alors quelle part de nous-mêmes est révélée par le récit.
Or cette entreprise est particulièrement difficile avec Jonas puisque ce prophète disparaît dans la mer pendant trois jours et semble donc connaître la mort avant de ressusciter. Comme déjà mentionné, le Midrach, dit qu’il a connu la mort enfant, puisqu’il est le fils ressuscité de la femme de Sarepta et voici donc que l’expérience se répète si l’on en croit ce récit. Comment penser cela ? Comment le penser relativement à nous ? Comment enfin comprendre qu’un tel récit doive être lu publiquement le jour de Kippour après l’évocation minutieuse du rituel du Grand Pardon dans le Temple de Jérusalem, à une heure très solennelle précisément, mais aussi à une heure où les effets du jeûne se font sentir et où la somnolence risque de gagner sur la vigilance ?
Mort et résurrection donc, le lien entre ces vocables n’a rien d’incongru ou de scandaleux pour un juif, contrairement à l’avis de nombreux lecteurs qui, sous prétexte que ce lien a reçu dans le Christianisme l’importance remarquable que l’on sait, voudraient y renoncer, le lui abandonner en quelque sorte. En tout cas il ne m’a pas semblé que c’était le point de vue de Ruth puisqu’elle insiste sur ce lien pour ce qui concerne la personne même de Jonas. Revenir à la vie - après avoir été englouti dans la mer, être resté enfermé dans le ventre du poisson - ressemble, dit-elle, à une renaissance, mais à une renaissance où l’on n’est plus le même qu’auparavant. Trois jours ont passé qui ont tout changé, trois jours de mort à ce monde, de mort à ses propres plaintes et à ses propres douleurs aussi. Il y aurait, au cours de certaines vies, des expériences extrêmes qui font toucher la mort afin de renaître en sachant ce que tant d’autres hommes ignorent, à savoir, dans le cas de Jonas, la nécessité de la compassion. Jonas aurait, en quelque sorte, fait l’expérience d’un retour à la matrice (rehem) pour apprendre la miséricorde (rahmanout ).
Le magnifique poème de Jonas au chapitre deux exprime en tout cas son sentiment d’être descendu dans le Chéol - le lieu des morts - et d’avoir crié vers Dieu qui l’a secouru. Certaines des phrases qu’il prononce alors qu’il est retenu dans le ventre du poisson proviennent des Psaumes, en particulier celle-ci : « J’ai crié vers l’Eternel dans ma détresse et Il m’a répondu » (Ps 120, 1). Des phrases prononcées, au cours des siècles, par des multitudes de personnes, juives et non juives, des phrases dont on ne sait pas bien, sauf à les faire siennes, c’est-à-dire à les éprouver dans sa chair et dans son âme, de quelle expérience elles témoignent. Or voici qu’il s’agit de les laisser nous toucher, au plus secret de nous, en remarquant aussi que c’est au Temple que Jonas pense lorsqu’il se trouve au plus profond de ce lieu mystérieux qu’est le Chéol, c’est le Temple qu’il craint de ne plus revoir : « Que monte ma prière jusques à toi, dans le Sanctuaire de Ta sainteté (hékhal qodchekha) » (2, 8). Ce chant de Jonas fait écho au chant du psalmiste qui nous incite à penser (18, 6-7) que, dans l’angoisse, lorsque les cordes du Chéol nous entourent et que les pièges de la mort nous enserrent, il reste encore possible d’appeler l’Eternel, de se plaindre et, depuis son palais (mihékhalo) Il entend alors notre voix.
C’est sans doute là l’essentiel : comment, quand l’angoisse risque de nous engloutir dans ses tourments sans consolation, garder vivante en soi cette force de penser à la vie d’avant, dans ce qu’elle a de plus haut et de plus précieux (avoir vu le Temple ici) sur le mode de l’espoir (je le verrai encore) ? Comment résister à l’appel des ténèbres et ne pas céder aux pièges tentateurs de la mort ? Bien que, selon un autre psaume (6, 6), il n’y ait pas de souvenir de l’Eternel dans le Chéol et que personne ne Lui rende grâce, Jonas S’en souvient pourtant et il aspire à revoir le Temple. Du « ventre du Chéol » il se souvient du Temple, et cela symbolise très fortement dans son chant le passage de la mort à la vie.
Faut-il, comme ce fut le cas de Jonas dans son enfance selon ce qui est, à mon sens, une intuition très forte du Midrach, avoir une première fois touché la mort de très près, au point même de s’être confondu avec elle, ou d’avoir été confondu avec elle, et en être sorti vivant par la grâce d’une parole vivifiante (en l’occurrence celle du prophète Elie le Tisbite, I Rois 17, 21), pour garder ensuite cette force étonnante en quoi consiste le refus de céder à l’attrait grandissant des ténèbres ? Une insoumission qui prend sa source dans le souvenir d’une parole plus forte que la mort, une parole qui tient sa force d’avoir été transmise de génération en génération. Ruth dit en effet que Jonas symbolise le peuple juif, or il semble que, si l’on considère d’une part cette longue entente avec la souffrance que fut si souvent le destin de ce peuple à travers l’histoire et, d’autre part, son refus de disparaître ou de pactiser avec les forces qui font aimer la mort, ce peuple ressemble bien à Jonas.
La justice de Dieu que Jonas voulait tant sauvegarder, au prix même de lui désobéir, trouverait ici à s’éclairer. Jonas connaît le prix vertigineux de la souffrance et il n’éprouve aucune indulgence pour les méchants qui la provoquent et jouissent, de surcroît, d’une réussite imméritée. Jonas voudrait ne pas avoir à composer avec ce mal là et pourtant c’est ce que Dieu lui demande et qu’il finit par faire. Son désespoir soudain, à la fin du récit, lorsqu’ il implore la grâce de la mort, alors qu’il lui a toujours résisté au point de revenir du Chéol à la vie, surprend en effet le lecteur. Pourquoi cet accablement ? Est-ce seulement parce qu’il sait que les habitants de Ninive ne se sont repentis que par peur pour eux-mêmes mais qu’ils restent en vérité une menace terrible pour Israël (ce que la suite de l’histoire prouve en vérité) ? Il lui serait alors insupportable (physiquement intolérable et moralement insoutenable) d’avoir contribué à cette réussite et à ce malheur futur pour son peuple. Selon l’interprétation audacieuse de Ruth, ce serait aussi parce qu’il prendrait alors sur lui tout le poids de la rigueur en devenant celui sur qui elle s’exerce (p. 207). Il aurait découvert la miséricorde, mais du sein d’une exigence absolue de justice, les dernières paroles de Jonas à Dieu ne sont-elles pas pour Lui dire sa colère « juste jusqu’à en mourir (ad mavet) » (4, 9) d’avoir été privé de la protection du ricin ? Dieu lui montre alors la vanité de sa colère au regard de ce ricin qu’il n’avait ni planté ni fait croître et qui s’est desséché. Mais Il lui enseigne surtout qu’Il devait épargner une ville qui porte en son sein « douze myriades d’hommes qui n’ont pas su (lo iada) distinguer leur droite et leur gauche, et de si nombreuses bêtes » (4, 11). Tout être humain - Jonas y compris bien sûr - a besoin de l’ombre rafraîchissante de la compassion, et il faut aussi penser aux bêtes qui ne sont en rien responsables des turpitudes humaines. Pourquoi devraient-elles périr ? Mais il est essentiel de savoir tout ceci à partir de l’exigence de justice. Il faut commencer par la justice pour pouvoir aller à l’amour en vérité.
C’est aussi sur cette leçon que la lecture du livre de Jonas, le jour de Kippour, veille encore. La grâce de la miséricorde et du pardon - l’amour - est nécessaire à tous les êtres humains sans exception, mais elle n’a de sens qu’à être reçue sur la base d’une exigence profonde de justice. Les Ninivites ont cru à une compassion sans justice, ils disparaîtront bientôt. Jonas a cru à une justice plus forte que la compassion et il a du apprendre que la justice aussi a besoin de compassion mais que c’est à l’aune même de la justice que la compassion prend tout son sens. Comme la tradition mystique d’Israël l’enseigne, le mal profite toujours de la dissociation de ce qui n’a de sens qu’à rester uni, en l’occurrence la justice et la miséricorde. La justice absolue finit par faire désirer la mort (Jonas), la miséricorde sans justice finit par donner le sentiment qu’on est autorisé à donner la mort à autrui (Ninive). Jonas - et, avec lui, le peuple d’Israël et chaque personne humaine - apprend et nous apprend l’unité de la justice et de la miséricorde en Dieu Lui-même.