�Bahri alang�is said to stand for Banarasis, and the way of feeling that underlies it is taken by Banarasis to be characteristic of them in general: mauj, or mast�. These terms are untranslatable, even into other Hindi terms. In the Bhojpuri of Banaras, another term used as synonym is phakkarpan: the special characteristic of Bhagwan Bholenath (�iva) of being �wild�, eccentric, untraditional, and unacountable. Intellectuals describe mauj and mast� as �a philosophy of pleasure moulded to the truth of social life�, or as the rasa (flavor) of life, or sometimes as the vigy�n, vidy� (the science, the wisdom) of life. Ordinary folk describe it with various figures of speech. Mauj-mast� is the sense of freedom and contentment that comes from the m�lish (oil massage) and sn�na (bath), the exercice, the safa �p�n�, the bhang and the outdoors;... it means to feel on top of the world, and also to feel intoxicated. The swaying walk of an elephant is mast�. To have your pan dissolve in your mouth and be able to squirt out a mouthful of juice is mast�. To have drip over your mouth and onto your clothes is even better. To wear a bright flower garland around your neck, a large x�k� on your forehead, kajal in your eyes, and perhaps itra (scent) liberally on yourself, is mast�. To forget time when at bahri alang, with friends, when listening to music, is what being mast� is all about... The literati speak of the effect of centuries of civilization, of the influence of all the saints and learned men who made Banaras their home, whose colors have dyed the place so strongly that everyone is tainted in those shades. Accordingly, everyone learns by sheer virtue of his birth there, a contentment, a balance, a joy of life, the ability not to be frustrated, or feel helpless and angry... Literati aside, all ordinary Hindus, whether rich or poor, learned or not, speak of the character of Bhagwan Bhole Viswanath as the moulder of the character of the city and of its people. �iva is the living ideal of phakkarpanmauj, mast�, and rasa Kumar�1988:99�100.
�Banaras becomes the essence of India, the history of Banaras the history of India.� Pandey�1990:28.
�K��y�w mara�aw mukti�
�Kashi is called Rudravasa not only because Rudra lives here, but because everyone who lives here is Rudra.� Eck�1983:32.
�B�nar�s�(aussi appel�e V�r��as�, K���), ville de p�lerinage, c�l�bre par ses palais, ses ghats et son activit� incessante, est renomm�e dans le monde entier comme la ville sacr�e des Hindous. On sait que cette ville est situ�e en Uttar Pradesh sur les rives du Gange�qui coule vers sa source (vers le nord donc),��ce qui est consid�r� tr�s propice��et que les Hindous pieux souhaitent y mourir. B�nar�s est une ville sacr�e depuis longtemps. Il est tr�s difficile d�en faire l�histoire, car les fouilles arch�ologiques ont �t� � peine commenc�es et depuis longtemps arr�t�es. �La date de fondation de la ville originelle est incertaine et le d�bat sur la localisation exacte de l�ancienne Kasi reste ouvert entre arch�ologues et historiens modernes. Les sources historiques ja�n font mention de la naissance � Kasi, au VIIIe si�cle av.J-C., du 23e T�rthankar, Parasvanath. Plus tard, le sermon de Bouddha � Sarnath est dat� du VIe si�cle av. J-C., et la visite d�Ashoka de 240 av. J-C. Des descriptions de la province de Kasi sont identifiables dans les r�cits des p�lerins bouddhistes, en particulier chez Fa-Hien au IIIe si�cle av. J.C. Il fait alors �tat d�une province de grande taille, d�une ville o� cent temples �taient pratiqu�s, et d�une propension extr�me des habitants � l��tude et � l�asc�se. Pour les arch�ologues, les ruines de l�ancienne ville seraient � rechercher aux alentours de l�actuel Raj Ghat; c�est l� du moins que les fouilles ont �t� engag�es. Les historiens �classiques�, suivant la g�ographie puranique, soutiennent que le Kasi Ksetra est rest� identique depuis la fondation de la ville, en particulier les seize circuits de p�lerinage codifi�s. Le principal d�entre eux est le Panc Kosi, situ� � l�ext�rieur de la ville actuelle� (Cout� 1989:11).
Kane�(vol.IV:618-642) r�sume ainsi ce que nous savons: Toutes les sources s�accordent � dire que K��� �tait l�ancien nom d�un royaume des tribus K����et que ce fut le roi Divod�sa�qui fonda V�r��as��comme capitale de leur royaume.[1] Dans le Sarv�nukrama, le �fi�auteur du �g-Veda�X, 179,2, est identifi� � Pratardana K���r�ja�(Kane�vol.IV:619). Pour une p�riode plus tardive, le K�lik�-Pur��a�nous apprend qu�un des rois fameux de B�nar�s, Vijaya �tait n� dans la famille de la dynastie appel�e Bhairava (Mani�1975:115). Selon ce m�me Pur��a ce roi Vijaya d�truit la ville de Kh���iv��qui devint la for�t Kh���ava. Mais aucune de ces informations ne peut �tre �labor�e s�rieusement.
Il y a un nombre imposant d�ouvrages, en langues vernaculaires[2] et depuis r�cemment en langues occidentales, consacr�s au caract�re unique de B�nar�s. Parmi les textes classiques en sanskrit figurent le K���-Kha��a�et le K���-Rahasya�qui sont class�s comme des M�h�tmya, hymne de louange attribuant toutes les qualit�s possibles � B�nar�s. Ces textes sont tardifs, ils datent du quatorzi�me si�cle. Certains chapitres du K���-Kha��a, se rapportent pr�cis�ment � Bhairava (le chapitre 28 concerne le brahmanicide, le chapitre 31 relate l�arriv�e de Bhairava � B�nar�s) mais n�offrent aucune information originale par rapport aux autres Pur��a�que j�ai d�j� mentionn�s dans la premi�re partie.
�Quoiqu�il en soit de l�histoire de B�nar�s, il est juste d�affirmer qu�elle demeure jusqu�� aujourd�hui la ville sacr�e pour les Hindous. �In nearly all ways the Banaras region has been a prototypical central-gangetic-plain tract dominated by a large urban center But at least two factors distinguished Banaras from its sister pilgrimage sites. First Banaras was centrally situated astride the Ganges and at the hub of an ancient subcontinental road network, within reach of western, central, and eastern India. More important, Banaras was perceived as the center of the world, the place of creation, the holiest spot of the earth, the ultimate destination for all Hindus. Endowed with such authoritative religious sanction, it easily surpassed other centers in importance. And benefiting from ecclesiastical supremacy, Banaras achieved secular prominence. From its alleged founding in the six century BC, the city grew to be one of northern India�s largest by the early nineteenth century. The Banaras region, moreover, was one of the most densely populated on the subcontinent, more than twice as dense as any European country� (Varady�1989:231).[3]
B�nar�s�est le t�rtha�arch�type,[4] l�endroit sacr�, le lieu de passage (t�rtha venant de la racine verbale T�, traverser) par excellence. On sait que B�nar�s est une des sept villes sacr�es de l�Inde qui sont Ayodhya, Mathura, Haridwar, K���, Kanchi, Ujjain�et Dwaraka. Ces sept villes sont dites �mokfada�, c�est � dire donneuse de lib�ration (mokfa). A B�nar�s on entend souvent dire que si on meurt dans une de ces villes, on obtient une certaine lib�ration dans le sens o� l�on rena�tra � B�nar�s pour obtenir la lib�ration finale. K��� renferme toutes ces villes (Eck�1983:284-285) et toutes ces villes sont calqu�es sur la g�ographie de K���.[5] Pour les Hindous, B�nar�s est le centre de la terre et contient la totalit� de l�univers. Mais K��� se tient pourtant au-dessus de la terre sur le sommet du trident de �iva-Bhairava, son protecteur. K��� est aussi la ville de la lumi�re qui apporte la sagesse; K��� est dans ce sens appel�e �j��na-svar�pa�.
Tout ceci souligne encore une fois le caract�re exceptionnel de B�nar�s. Mais qu�entendons-nous par ville sacr�e? Et qu�est-ce que cela signifie pour les Hindous? Eck�(1983:98) remarque avec justesse, �In the Hindu tradition, there are two kinds of sacredness:�the auspicious�, which sums up everything that is good and valuable, and the �holy�, which challenges and transcends the conventional distinctions of good and bad, valuable and valueless. Particularly this latter type of sanctity is Shiva�s.� Cette d�finition du sacr��dans la tradition hindoue aide � comprendre la th�orie de la �transgressive sacrality� qui seule permet d�expliquer pourquoi la ville sacr�e par excellence des Hindous est � la fois le �grand terrain de cr�mation� (Mah��ma��na)- et � B�nar�s le terrain de cr�mation est l�endroit le plus propice et est situ� au centre de la ville tandis qu�ailleurs en Inde, il se trouve en dehors des limites de la ville et est tr�s impur - et �la for�t de pl�nitude� (�nandavana). Ce qui explique que �iva-Bhairava y r�gne en ma�tre supr�me car cette divinit� � la beaut� terrible, orn�e de cr�nes et oint de santal ou de cendres trouv�es sur les terrains de cr�mation, d�fie les cat�gories ordinaires telles pur/impur, propice/n�faste etc.
Cela semble donc assez normal que Bhairava le K�p�lika�ait d� venir � B�nar�s afin d��tre absout de son brahmanicide. La puissance de puret� de cette ville sacr�e est telle que Brahmahaty��n�a pas pu y p�n�trer; purifi� par ses eaux, l�ex-criminel devient le magistrat divin charg� de la juridiction de cette ville de la d�livrance supr�me qui poss�de aussi une telle puissance de transformation que la terreur brahmanicide de K�la Bhairava�est maintenant celle inflig�e par un policier sur ceux qui enfreignent son caract�re sacr�.
[ A EFACER
----Finalement, dans le septi�me chapitre, je tente une explication��� partir
de l�id�ologie de la transgression qui animait le culte de Bhairava��de l�ethos
�populaire� (banarasipan) partag� par ses habitants hindous et musulmans.]
Selon le dicton populaire, �� B�nar�s�Vi�van�tha�est le roi, Annap�r���est la reine et K�la-Bhairava�est le gouverneur.� Apr�s que Bhairava ait expi� son brahmanicide, Vi�van�tha lui demanda de devenir kotv�l de K���. Il accepta mais K��� lui apparut comme un immense liqga, ne sachant pas o� aller il d�cida de prendre un chien pour v�hicule. Ou selon une autre version tout le monde le repoussa sauf un chien, c�est pourquoi il le prit comme v�hicule.
Le K���-Kha��a�(61:104-5) pr�cise que m�me les d�vots de Vi�van�tha qui ne v�n�rent pas Bhairava rencontrent � chaque moment de multiples obstacles � K���. C�est pourquoi selon la tradition locale, Bhairava doit �tre v�n�r� par tous ceux qui se rendent � K���. Cependant de nos jours ce temple, m�me s�il est toujours fr�quent� par les habitants du quartier de Kotwalpuri, n�est plus stricto sensu un arr�t obligatoire pour les p�lerins car les guides professionnels ne les y conduisent plus comme le voudrait la tradition. Comme c�est le cas pour d�autres divinit�s terribles, le huiti�me jour (afxam�) de chaque quinzaine sp�cialement la quinzaine noire est consacr� � Bhairava. Et durant la Bhairav�fxam�, les Hindous entrent en masse dans le temple de K�la-Bhairava.
Dans le premier chapitre de cette deuxi�me partie, je d�cris comment K�la Bhairava, le �magistrat� (kotv�l) de B�nar�s, sauvegarde l�orthodoxie�hindoue en d�l�guant son autorit� centrale et ses fonctions polici�res � huit manifestations de lui-m�me, les afxabhairava, strat�giquement d�ploy�s dans les directions cardinales. Je d�peins son culte dans ces huit temples ainsi que dans d�autres dans l�intention de montrer que pour ses d�vots, son importance exc�de celle d�une simple divinit� protectrice.
LI describe his worship in these and other temples today, with the
intention of showing that, in the eyes and hearts of his devotees, his
importance exceeds that of a mere guardian divinity. The nature of this
punishment suggests, however, that Bhairava is not merely the guardian of her
sanctity but is
La nature de sa punition
sugg�re, cependant, que Bhairava n�est pas simplement le gardien de son
caract�re sacr� mais
Reviewed against our
analysis of his myth of origin, the soteriological meaning of the �punishment
of Bhairava� leads us to the unavoidable conclusion that Banaras in fact owes
its supreme sanctity to Bhairava�s brahmanicide.
Puis en r�examinant mon
analyse du mythe d�origine, la signification sot�riologique de la �punition de
Bhairava� me conduit � cette conclusion in�vitable qu�en fait B�nar�s doit son
caract�re sacr� au brahmanicide de Bhairava.-----
LLLLLLle mythe�puranique, comme nous l�avons vu, atteste d�un lien particulier entre Bhairava et B�nar�s. Apr�s avoir �merg� d�un pilier de lumi�re[6] pour d�capiter violemment la cinqui�me t�te de Brahm�, Bhairava a d� errer pendant douze ans afin d�expier son brahmanicide�avec le cr�ne�de Brahm� comme bol d�aum�nes. Finalement Bhairava atteint B�nar�s o� le cr�ne de Brahm� tombe dans un �tang pr�cis�ment appel� Kap�lamocana�(lib�ration du cr�ne). Brahmahaty�, l�incarnation du brahmanicide, dispara�t avant d�atteindre B�nar�s. Apr�s son expiation, K�la-Bhairava�reste � Kap�lamocana comme mangeur de p�ch�s (P�pabhakfa�a),[7] il d�vore les p�ch�s des p�lerins. Paradoxalement, Bhairava, l�ex-criminel r�gne aussi comme le Magistrat Supr�me (Kotv�l) de B�nar�s. Il a la charge de maintenir le caract�re sacr��de cette ville en emp�chant ceux qui commettent des fautes d�y acc�der et en punissant ceux qui agissent mal alors qu�ils s�y trouvent. La �punition de Bhairava� (bhairav�-y�tan�) consume les fautes accumul�es par les p�lerins et est inflig�e le plus souvent au moment de la mort sur le �grand terrain de cr�mation� (Mah��ma��na). Ce ch�timent, dit-on, prenait place pr�s d�un pilier, associ� maintenant au L�x-Bhairava�(Kap�li-Bhairava) qui se trouve pr�cis�ment pr�s du r�servoir Kap�lamocana.
Puis, dans le deuxi�me chapitre, je d�montre que la �punition� (bhairav�-y�tan�) que Bhairava impose � tout p�cheur qui meurt dans cette ville de la lib�ration est dot�e d�une valeur proprement eschatologique qui d�rive du sacrifice brahmanique. Jouant sur la mise en �quation du policier et du criminel, j�approfondis l�identification du Bhairava K�p�lika�avec le sacrifiant v�dique �consacr� (d�kfita) en expliquant la signification �embryonnaire� de la ville sacr�e. B�nar�s sert aussi de mod�le pour les p�lerinages hindous comme � Vaif�o Dev��au Cachemire�que je pr�sente dans le troisi�me chapitre, ce qui permet aussi de mieux d�gager le r�le de la d�esse dans cette cosmogonie�sacrificielle. Dans le quatri�me chapitre, L�x-Bhairava�nous offre une clef, pour une reconstruction, encore sp�culative, de l�histoire bouddhiste et de l�arch�ologie pr�-aryenne de ce bastion de l�orthodoxie�hindoue. L�appropriation musulmane de ce pilier�du monde permettra de donner �galement quelques observations sur la contribution islamique � la signification de la ville sacr�e
K�la-Bhairava, la �Terreur Noire�, est donc connu sous le nom de kotv�l, le chef de police de K���, et la partie de la ville qui abrite son temple est nomm�e Kotwalpuri. Da��ap��i�dont on raconte qu�il �tait un yakfa�qui finalement d�cida de devenir un d�vot de �iva, est son huissier.[8] Dans ce premier chapitre nous verrons quelle est la fonction du kotv�l de B�nar�s�et comment les huit manifestations de Bhairava contribuent � l�explication de sa th�ologie.
Apr�s l�expiation de son crime, Bhairava re�oit la charge de kotv�l. Le terme kotv�l d�signe le Magistrat Supr�me de police.[9] L�utilisation du terme kotv�l est attest�e dans une source arabe de 1040 mais certains savants ont pourtant song�s � une origine dravidienne (Irwin 1983:351 note 83). Dans le dictionnaire Hindi �abdas�gar, kotv�l est d�fini comme un officier de police de haut rang. Dans le dictionnaire urdu de Platts, le mot est expliqu� comme suit: kotv�l (sanskrit= kota ou kostha + p�la), �le gardien d�un ch�teau�, �le chef officier de police d�une ville�, kotv�l� (f) �le statut et le bureau d�un kotv�l, le poste de police.� Kotta ou Kota �un fort, un mur d�un fort ou d�une ville, rempart, retranchement, un cercle magique trac� avec des cendres ou avec du sable.� Tous ces sens �clairent le statut de Bhairava en tant que kotv�l. Il faut aussi noter que le terme kotv�l d�signe une position hi�rarchique parmi les sawny�sin Da�an�mi�dans leur �kh����(Giri�1976:29; sur les �kh���, voir cinqui�me partie).
Les magistrats musulmans qui faisaient des rapports (au moins nominalement) � l�empereur Moghol et dont les services �taient maintenus � B�nar�s�et dans d�autres villes du nord de l�Inde par l�administration coloniale portaient aussi le nom de Kotv�l. Ce qu�il faut retenir ici, c�est que ce titre, de mani�re paradoxale, conf�re � Bhairava le brahmanicide le statut de responsable principal pour renforcer les lois sacr�es.
�The Kotwal, in particular, functioned as hinge figure in the political order. Responsible to the Mughal Emperor for maintening order and providing important information on the urban development of Banaras, he also had to command the confidence of all communities resident in the city in order to prevail on them to pledge �reciprocal assistance and [bind] them to common participation of weal and woe�. Evidence suggests, however, that in Banaras by the turn of the nineteenth century the preexisting relationship between Kotwal (as representative of the state) and communities had begun to erode� (Freitag�1989b:36-7). �The kotwal�s primary duty was the apprehension of criminals guilty or accused of murder, robbery, theft or any other acts of violence against the place, persons or property of the people in the city of Banaras and to deliver them over to the court of criminal justice. For the suppression of riots or other disturbances he was provided with two hundred badge-peons who patrolled the city after the manner of modern police� (Mishra 1975:29).
La co�ncidence des emplacements des temples de Bhairava et des postes de police est parfois frappante. Bhairava est, en effet, le �gardien de territoire� (kfetrap�la) par excellence dans la tradition hindoue. C�est ainsi qu�� B�nar�s�le temple de Kfetrap�la-Bhairava�est situ� � l�int�rieur m�me d�un poste de police et est v�n�r� principalement par des policiers. De mani�re g�n�rale l� o� se trouvent les temples de Bhairava, les postes de police ne sont pas loin et cela est aussi valable en dehors de B�nar�s. Ainsi le grand temple de Baxuka-Bhairava�au pied des collines de Vindhya (photo 32) � une centaine de kilom�tres de B�nar�s se trouve exactement en face d�un poste de police et ce sont les policiers qui ont pu me donner des renseignements sur le culte quotidien. Bhairava est aussi souvent d�crit comme un policier, comme eux il porte un b�ton (l�x, voir note infra).
Selon mes informateurs � B�nar�s, le Kotv�l�a la charge de huit postes (th�n�) de police tout comme K�la-Bhairava�a la charge des Afxabhairava. De m�me que Bhairava contr�le la ville enti�re de huit diff�rents endroits, de m�me l�officier de police le fait de huit postes de police localis�s ainsi: 1)Kotwali, 2)Adampura, 3)Jaitpura, 4)Sikraul, 5)Chetganj, 6)Chowk, 7)Da���vamedha, 8)Bhelupura.[10] Selon le sch�ma administratif de la municipalit� (nagara-mah�p�lik�), la distribution spatiale des temples de Bhairava � B�nar�s est r�partie de cette mani�re:
(i) Tableau 7-1: Correspondances entre emplacements de Bhairava et unit�s administratives
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Unit� administrative |
Temples de Bhairava |
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1) Adampura |
L�x-Bhairava |
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2) Bhelupura |
Ruru-Bhairava, Krodhana-Bhairava, Baxuka-Bhairava, �di-Bhairava�et Ca��a-Bhairava |
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3) Chetganj |
Bh�ta ou Bh�fa�a-Bhairava |
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4) Chowk |
�sa-Bhairava |
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5) Da���vamedha |
�nanda-Bhairava�(m�r gh�x) et� K�la-Bhairava�pr�s du temple de Vi�van�tha |
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6) Jaitapura |
�nanda-Bhairava�(en face de Sankax�-M�ta) |
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7) Kotwali |
K�la-Bhairava, Asit�qga-Bhairava, Kfetrap�la-Bhairava�et Sawh�ra-Bhairava |
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8) Sikaraula |
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9) Sarnath |
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10) �ivapura |
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Les deux derni�res divisions sont tardives, il n�y avait que huit divisions � l�origine.[11] �B�nar�s s�est �tendue essentiellement vers le sud et l�ouest, de fa�on r�v�latrice. Jusqu�� ces derni�res ann�es, le centre se trouvait vraisemblablement pr�s du Cauk, non loin du mohalla de Kashipura� (Kumar�1989b:32). Quoiqu�il n�y ait pas de correspondances entre les huit temples de Bhairava et ces unit�s administratives modernes, l�analogie est en elle-m�me significative et des recherches pouss�es plus loin pourraient peut-�tre d�montr�es si cela a une base historique impliquant une conception rituelle du m�tier de kotv�l traditionnel datant de la p�riode pr�-islamique.
Selon mes informations, il y a trois Kotv�l�(comme il y a aussi trois inspecteurs de police) � V�r��as��pour les quartiers suivants; Kotwali, Cantonment et Da���vamedha. Tout comme un �tranger�doit pr�senter ses papiers devant le magistrat, de la m�me fa�on les p�lerins arrivant dans la ville sainte doivent d�abord avoir le dar�ana de Bhairava. De m�me qu�un criminel est libre de se pr�senter au poste de police de la m�me mani�re les personnes ayant commis des fautes sont libres d�aller dans les temples de Bhairava. Tandis que c�est Citragupta�qui �crit normalement les bonnes et mauvaises actions des mortels, c�est K�la-Bhairava�qui a cette charge � B�nar�s. Bhairava-Kotv�l�est la repr�sentation de la loi de la ville sacr�e de l�hindouisme, mais il est aussi un brahmanicide. Ce paradoxe fondamental, que nous expliquons par la dialectique de la transgression, appara�t clairement dans la mani�re dont les huit �manations �polici�res� du Kotv�l de B�nar�s retrouvent leur unit� originelle seulement pendant le jour de la Bhairav�fxam��consacr� � K�la Bhairava, le criminel par excellence.
Les temples de Bhairava � B�nar�s�sont group�s en huit, les afxabhairava. Quoique
K�la-Bhairava�soit le plus important temple de Bhairava � B�nar�s, il ne fait pas partie des afxabhairava qui sont: 1)Ruru-Bhairava�(�le chien�) � Hanum�n gh�x qui prot�ge le sud-est. 2)Ca��a-Bhairava�(�le terrible�) � l�int�rieur
du temple de Durg��qui prot�ge le sud. 3)Asit�qga-Bhairava�(�le noir�) dans le sanctuaire
du temple de V�ddhak�le�vara�pr�s du puits du nectar
d�immortalit� qui prot�ge l�est. 4)Kap�li-Bhairava�(�qui porte le cr�ne�),
maintenant identifi� � L�x-Bhairava, qui prot�ge le nord-ouest. 5)Krodhana-Bhairava�(�le col�reux�) dans le
sanctuaire de K�m�kf� Dev���dans le quartier de Kamaccha�qui prot�ge le sud-ouest. 6)Unmatta-Bhairava�(�le fou�) dans un petit
sanctuaire dans le village de Deurahana�sur la route de la pa�cakro���entre Kardame�vara et Bh�maca��� qui prot�ge l�ouest. 7)Sawh�ra-Bhairava�{�le destructeur�) dans un
petit temple � Patan Darvaza
qui prot�ge le nord-est. 8)Bh�fa�a-Bhairava�(�l�effrayant�) dans un autre
petit sanctuaire dans le sud-ouest de Maidagin qui prot�ge le nord. � part des
renseignements pr�cis sur le temple de K�la-Bhairava � B�nar�s,
on ne sait rien sur la fondation des autres temples. White (1991:102) affirme que certains
temples de Bhairava ont
�t� fond�s par des intouchables; il montre le lien des tribus �abara�avec Bhairava (ibid., note 68 p.258).
Dans le Stavacint�ma�i�de Bhattaran�r�ya�a, �iva�est d�sign� comme le ma�tre de huit manifestations qui sont aussi les d�signations de ses activit�s vari�es: quatre d�entre elles s�ment la terreur�(ghora), les quatre autres dispensent les b�n�dictions: �Rudra, le terrifiant, qui en tant que feu sacrificiel (Agni) consume les victimes; Ugra, le terrible, au moment de la destruction; Sarva, archer destructeur; Bh�ma�engendrant l�effroi chez les coupables; Bhava, le Substantiateur, cr�ateur de l�existence; Pa�upati, protecteur des ignorants; Mah�deva, le Dieu des dieux, aimable et lumineux; ��a, souverain de l�univers� (Silburn�1964:129). �iva fait comprendre � ses d�vots en leur accordant une gr�ce sp�ciale que ces manifestations sont identiques. Le qualificatif le plus souvent appliqu� � �iva est pr�cis�ment celui d�afxam�rti�car il a huit formes dans la manifestation cosmique (Brunner�1963:xi): �iva est Seigneur de l�espace (Bh�ma), de l�air (��vara), du feu (Pa�upati), de l�eau (Bhava), de la terre (Sarva), du soleil (Rudra), de la lune (Mah�deva) et de l��tman�ou Yajam�na�(Ugra). Il faut n�anmoins distinguer les notions d�afxam�rti�et d�afxabhairava. Ces notions bien que correspondantes n�en sont pas pour autant �quivalentes.
Les huit Bhairava sont aussi associ�s aux huit directions de l�espace m�me s�ils ne correspondent plus � celles-ci de nos jours, en tout cas � B�nar�s. Ces huit directions indiquent l�emprise, la ma�trise totale de l�espace. Shulman�(1980:81) rapporte aussi dans un des mythes qu�il a recueillis, cette explication: �The eight-fold form (of god: afxam�rti) is called K���; the world arose in an eight-fold form. The afxam�rti is a well-known symbolic set that appears already in Br�hma�as, and that expresses the god�s presence in (and perhaps identity with) the world.� Nous savons d�j� que K��� est consid�r�e comme l�origine du monde, comme le centre du monde avec pour axis-mundi�le liqga de lumi�re. Il est donc logique que les huit directions spatiales aient aussi leur origine � K���. Ce groupe de huit n�est cependant pas sp�cifique aux Bhairava. On sait que d�s les Br�hma�a�et plus tard, certains dieux sont les gardiens des huit directions de l�espace (Bhattacharji�1988:7). Il faut souligner un aspect important de cette organisation spatiale en huit: �Analysing the residences of the gods we see that while Indra and the Adityas command only one quarter, the seven other quarters are presided over by gods who somehow oppose the solar forces. What connects the other seven guardians of the quarters is their association with death, decay, destruction and the fathers. This is a vitally important characteristic of the Indian pantheon� (Bhattacharji�1988:8).[12] Bhairava dont les formes sont d�l�gu�es � ces huit directions, est aussi un dieu de la mort et de la destruction. Son lien intrins�que avec la ville de la mort et de la lib�ration, ne peut, par cons�quent, �tre r�duit � sa seule fonction de gardien. On peut tenter cette s�rie de correspondances:
(i) Tableau 7-2: Correspondances entre les 8 Bhairava et les 8 directions
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V�yu |
nord-ouest |
Kap�li (L�x)-Bhairava |
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Varu�a |
ouest |
Unmatta-Bhairava |
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Nir�ti |
sud-ouest |
Krodhana-Bhairava |
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Rudra-Kubera |
nord |
Bh�fa�a-Bhairava |
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Yama |
sud |
Ca��a-Bhairava |
|
���na |
nord-est |
Sawh�ra-Bhairava |
|
Indra |
est |
Asit�qga-Bhairava |
|
Agni |
sud-est |
Ruru-Bhairava |
Il est int�ressant de noter qu�� B�nar�s les divinit�s li�es aux huit directions ont leurs propres temples qui diff�rent des huit temples de Bhairava. Ces temples sont ainsi r�partis:[13]
(ii) Tableau 7-3: Correspondances entre les 8 Bhairava et les 8 gardiens des directions
|
Dieu |
Direction |
Temple |
Emplacement |
Afxabhairava |
|
�Indra |
est |
Indre�vara |
pr�s du temple de T�rake�vara�sur le gh�x de Ma�ikar�ik� |
Asit�qga-Bhairava |
|
�Agni |
sud-est (K���-Kha��a�10-11) |
Agn��vara |
au nord-est de V�re�vara |
Ruru-Bhairava |
|
�Yama |
sud (K���-Kha��a�78) |
Yame�vara |
au gh�x Yama�pr�s de Sankax� gh�x |
Ca��a-Bhairava |
|
�Nir�ti |
sud-ouest (K���-Kha��a�12) |
Nairrite�vara |
sud de Da���vamedha |
Krodhana-Bhairava |
|
�Varu�a |
ouest (K���-Kha��a�12) |
Varu�e�vara |
sud-ouest de Ma�ikar�ik��gh�x |
Unmatta-Bhairava |
|
�V�yu |
nord-ouest (K���-Kha��a�13) |
Pavane�vara |
pr�s du temple de Bh�ta-Bhairava |
(L�x) Kap�li-Bhairava |
|
�Kubera |
nord (K���-Kha��a�13) |
�Kubera |
dans le temple d� Annap�r���et un autre dans le temple de Vi�van�tha |
Bh�fa�a-Bhairava |
|
����na |
nord-est (K���-Kha��a�33.1-52) |
���ne�vara� |
Bans Phatak |
Sawh�ra-Bhairava |
On voit que la distribution spatiale ne correspond plus � la r�alit� et que les temples de Bhairava ont certainement d� changer de place. Mais ce n�est pas l�identit� particuli�re de chaque Bhairava qui est importante mais plut�t le groupe traditionnel de huit qui est distribu� dans l�organisation spatiale. C�est pourquoi, me semble-t-il, il ne faut pas attacher trop d�importance au fait que certains sanctuaires aient �t� d�plac�s comme celui de Kap�li ou Ruru (auparavant cette m�rt �tait sur le gh�x m�me devant l��kh���) et m�me K�la-Bhairava. Tous ces temples sont relativement r�cents (dix-huiti�me si�cle), l�iconoclasme islamique ayant fait ras� les temples hindous de B�nar�s�comme un devoir.[14] Les plus imposants, comme celui de Vi�van�tha, furent transform�s en mosqu�es pour des fins religio-politiques. Tous les temples � B�nar�s sont donc r�cents,[15] mais le culte de Bhairava est sans aucun doute tr�s ancien. Le d�veloppement des nombreux temples de Bhairava est form� sur le mod�le d�un syst�me th�ologique bas� sur le nombre huit ou soixante-quatre.[16] Ceci est encore soulign� dans les faits suivants: la f�te de Bhairava (Bhairav�fxam�) se d�roule le huiti�me jour de la quinzaine noire du mois de M�rga��rfa�(novembre-d�cembre) et durant les premiers jours les d�vots doivent visiter chacun des huit temples de Bhairava, pendant des jours diff�rents, selon l�ordre �nonc� ci-dessus de telle sorte qu�ils atteignent le temple de K�la-Bhairava�la nuit de la Bhairav�fxam�. La c�l�bration de K�la-Bhairava comme apog�e de cette s�quence durant la Bhairav�fxam�, souligne aussi qu�ils sont les huit manifestations d�une autorit� centrale repr�sent�e par K�la-Bhairava. L�inspiration derri�re cette organisation r�partie en huit dans l�espace rituelle provient sans doute de l�id�ologie tantrique plut�t que d�une quelconque organisation administrative. Ceci peut �tre prouv� par le fait que les Bhairav�fxaka[17] ont pour r�f�rence un ensemble de huit Bhairava Tantra, six de ceux qui pr�sident les Bhairava, appartiennent aux afxabhairava de V�r��as�. Les deux autres c�est � dire Sawh�ra et Bh�fa�a sont remplac�s par Svacchanda Bhairava�et Mahocchufma Bhairava.
C�est donc sous ces diff�rents aspects que Bhairava pr�side la ville sacr�e de B�nar�s. Il n�y est plus possible de reconstituer la distribution spatiale des afxam�t�k��qui ont sans doute �t� associ�es aux afxabhairava�comme elles le sont encore de nos jours dans la Vall�e de Kathmandou�(voir quatri�me partie). Mais si l�existence des afxam�t�k� au N�pal�est tr�s marqu�e dans le temps (f�te sp�cifique) et l�espace, les afxabhairava le sont moins � l�oppos� de B�nar�s o� j�ai pu facilement rep�rer ces huit temples du moins ce qu�ils en restent.[18]
(ii) Carte 7-1: Carte des Afxabhairava�� B�nar�s
[carte r�alis�e par Niels Gutschow]
L�ordre d��num�ration des afxabhairava�est celui donn� par le K���-Kha��a�(Sukul�1977:209-210): Ruru-Bhairava, Ca��a-Bhairava, Asit�qga-Bhairava, Kap�li-Bhairava, Krodhana-Bhairava, Unmatta-Bhairava, Sawh�ra-Bhairava, Bh�fa�a-Bhairava. On ne sait au juste sur quoi repose cet ordre mais on peut penser qu�il est en rapport avec les directions dans l�espace. Ce qui pourrait permettre de sugg�rer que le temple de Ruru-Bhairava se situait � l�origine � l�est puisqu�on sait qu�il existe un ordre traditionnel pour �num�rer les points cardinaux. Il faut, en effet, commencer par l�est car un des mots sanskrits pour d�signer l�est se dit p�rv�, ce qui est avant, ce qui est premier. Rappelons aussi que l�est est la r�gion des dieux favorables, le nord la r�gion sp�cifique des hommes, le nord-est la r�gion faste par excellence et le sud le royaume des morts.
Ruru Bhairava se trouve � l�int�rieur du Jun� �kh���, appel� aussi Bhairava �kh���. Un �kh��� est un endroit o� les lutteurs s�entra�nent.[19] Pr�cisons d�s � pr�sent que cet �kh��� abrite les Da�an�mi-N�ga sawny�sin et que cette organisation monastique a �t� fond�e par �awkar�c�rya. Le Jun�kh��� est particuli�rement int�ressant pour notre �tude puisque leur divinit� tut�laire est Bhairava. De m�me nous retrouverons � B�nar�s�le lien entre Bhairava et les Da�an�mi N�ga puisque le Nira�jan� �kh��� a la charge de Krodhana-Bhairava�dans l�enceinte m�me du temple de K�m�kf� Dev��et ce sont les asc�tes de cet �kh��� qui officient comme p�j�r�.
Ruru-Bhairava�a une moustache, deux yeux, une belle chevelure portant le croissant de lune. Assis sur un chien, il porte la peau d�un �l�phant, de larges boucles d�oreilles, des serpents, une guirlande de cr�nes comme ornements. Il a des scorpions sur ses bras.
D�apr�s Renou (1972:607), Ruru signifie une sorte d�antilope, d�animal sauvage. On peut aussi rapprocher �ruru� de la racine verbale RU (Renou 1972:606), crier, hurler, aboyer et par cons�quent du chien.
�C�est un petit sanctuaire situ� � l�int�rieur du temple de Durg�, appel� populairement temple des singes car ils y r�sident en grande quantit�. Selon les Mahant de ce temple, le mythe d�origine est comme suit. Raja Sudarshan �tait un prince. Son p�re s��tait remari�, parce que sa premi�re femme dont il e�t ce fils (Sudarshan), d�c�da. Sudarshan ��tait le fils a�n� et donc l�h�ritier du royaume. Mais la seconde femme voulait que son fils soit l�h�ritier du royaume. La famille de Sudarshan �tait des d�vots de la d�esse Durg�. Un jour, le p�re de Sudarshan partit � la chasse et fut attaqu� par un lion. Peu avant de mourir il demanda � son premier ministre de cacher Sudarshan car il craignait que sa seconde femme le tua. Le ministre pla�a Sudarshan dans un ermitage (��rama) pr�s d�Allahabad. La cachette fut d�couverte mais gr�ce au pouvoir de l�asc�te qui r�sidait dans un ermitage, l�arm�e fut repouss�e. Peu apr�s, le Mah�r�ja�de B�nar�s�(dynastie Ca���la?) annon�a le proche mariage de sa fille et selon la coutume invita les princes des alentours. L�asc�te de l�ermitage demanda � Sudarshan d�y aller. Puisqu�il n��tait plus prince et que cette qualit� �tait exig�e pour ceux qui voulaient �pouser la princesse, les tribus des environs le d�clar�rent leur prince. Entre-temps la princesse r�va de la Dev� qui lui ordonna de se marier avec Sudarshan et elle lui ob�it. Mais la deuxi�me femme du p�re de Sudarshan le reconnut et d�clara la guerre qu�il gagna gr�ce � l�intervention de la D�esse. Durg� demanda ensuite � rester � cet endroit de B�nar�s pour pouvoir prot�ger le sud. Dans une autre version du mythe, il s�agit de la rivalit� entre deux fr�res mais la structure du mythe est la m�me: l�intervention de Durg� fait gagner le royaume � l�a�n� (Sudarshan) contre son fr�re cadet (Yodha). Le Mah�r�ja�de B�nar�s va chaque ann�e dans le temple de Durg� le dernier jour de �r�va�a�(juillet-aout), date qui correspond � celle de la victoire de Sudarshan, pour avoir son dar�ana et pour lui demander de prot�ger son royaume. On sait aussi que pendant les Navar�tra, il envoie neuf pi�ces d�or comme offrande.[20] Signalons enfin que le temple de Durg� est un des rares temples � B�nar�s o� on continue � faire des sacrifices d�animaux. Le poteau sacrificiel au sud du temple est d�sign� comme Mu��a Bhairava. Le terme Mu��a d�signe �la t�te ras�e� offrir ses cheveux au dieu �quivaut souvent � une �d�capitation� (offrande volontaire de la t�te).[21] Les pr�tres du temple m�ont pr�cis�e que ces sacrifices �taient pour K�l��qui a aussi une m�rti dans ce temple. Cette forme de Durg� est dite K��m�nda, on la v�n�re la quatri�me nuit des Navar�tra.[22]
Il y a en r�alit� trois m�rti de Bhairava dans ce temple: l�une est donc Ca��a-Bhairava�toujours mentionn� dans la liste des afxabhairava, l�autre est Rudra- Bhairava. Cette m�rti est toute r�cente. Le p�re de l�actuel p�j�r� obtint des pouvoirs (siddhi) et d�cida d��riger cette m�rti en reconnaissance. La troisi�me est d�sign�e comme Kfetrap�la-Bhairava.
Ca��a-Bhairava est de couleur noire, il porte une guirlande de cr�nes, un b�ton (da��a) et un tambour (�amaru). Son v�hicule est le chien. Ca��a-Bhairava partage son sanctuaire avec deux d�esses, Guhak�l��et Bhadrak�l��(photos 43-44). Selon les pr�tres de ce temple, qui sont des brahmanes Tiwari, Ca��a-Bhairava est le fils de Bhadrak�l�. Quant � Guhak�l�, elle proviendrait d�un myst�rieux roi du N�pal. C�est peut-�tre une fa�on de la mettre en rapport avec la myst�rieuse d�esse Guhye�var��pr�s du temple de Pa�upatin�tha�� Kathmandou, la divinit� tut�laire des rois du N�pal�(Anderson�1975:32-3,144,190-3). Lors de la p�j�, c�est toujours � Durg� qu�on s�adresse en premier, ensuite � Ca��a-Bhairava. Les p�j� suivent le rythme normal de quatre: au lever du soleil, � midi, au coucher du soleil, tard la nuit. Il y a seize upac�ra�dans la p�j�.[23] Les jours favorables � Bhairava tout comme � Durg��sont les mardis, les afxam��et les caturda��.
Comme c�est le cas pour R�ma�et pour les fr�res P���ava�dans les �pop�es hindoues, la retraite de Sudarshan dans un ermitage et son adoption par les tribus sauvages pourraient �tre compris comme l�expression romanesque du symbolisme de la d�kf�. Dans le mythe de Vena, sur l�origine de la royaut�, la dimension impure du roi-sacrifiant est m�me projet�e sous les traits d�un chasseur intouchable (nisada) expuls� dans la for�t. Nous verrons, dans les quatri�me et cinqui�me parties, que des Bhairava particuliers sont souvent��comme la D�esse elle-m�me��d�origine tribale malgr� leur relation �troite, voire indispensable, avec la conception brahmanique de la royaut�.
(i) Carte 7-2: Carte du Temple de Durg��� B�nar�s
[mise � ma disposition par Klaus Rotzer: reproduite depuis in Cout� et L�ger 1989:94]
L�gende de la carte du temple de Durg�
(1) Image de Durg��qui est, en fait, un �b�s yantra�, c�est � dire une figure g�om�trique compos�e de 20 �l�ments.
(2) Ca��a Bhairava avec deux bras
(3) Balisth�na, endroit o� des animaux sont sacrifi�s durant la Durg� p�j�, sacrifices d�di�s � Bhadrak�l�.
(4) Rudra Bhairava
(5) Bhairava Kfetrap�la
L�orientation de ce temple est anormale mais
elle est due au r�servoir d�eau plac� au nord.
La m�rti tr�s ab�m�e d�Asit�qga-Bhairava (photos 40-41) se trouve dans une partie du temple de V�ddhak�le�vara. �Vriddhak�leshvara, the �Old Lord of Death� and Mrityunjaya, the �Death Conqueror�. Approaching this temple coumpound through the streets north of Maidagin, one first sees the small, streetside temple of Mrityunjaya, thronged with worshippers who press toward its doors for darshana. In its position and popularity, this temple of Mrityunjaya Shiva is the one that has inherited the ancient mantle of Omk�ra�as the spiritual anchor of the northern sector of K�sh� (Eck�1983:262).
Les p�j�r��de ce temple sont maintenant des brahmanes Dikfit[24] de Mirzapur, village aux environs de B�nar�s�mais dans le pass� c��tait des Gosvami. Ils font la p�j��� Asit�qga-Bhairava�uniquement le soir. Parfois les p�j�r� du temple de K�la-Bhairava�viennent faire la p�j�.
La bhairav�-y�tan��c�est-�-dire la punition inflig�e (voir infra) par Bhairava br�le en quelque sorte les fautes des d�vots qui cherchent � obtenir la lib�ration et est inflig�e sur le grand terrain de cr�mation (Mah��ma��na). Cette punition �tait surtout impos�e pr�s d�un pilier (l�x) dont le vestige, maintenant appel� �L�x-Bhairo� est pr�s du r�servoir Kap�lamocana�et v�n�r� comme la repr�sentation phallique (liqga) de Bhairava. Ce pilier fut le point n�vralgique de violences fanatiques entre les Hindous et les Musulmans pendant ce qui a �t� appel� �Les �meutes de L�x-Bhairo�de 1809. Ce temple-pilier (photos 6 � 22) de Bhairava a une histoire fascinante que je r�sume ici.[25]
Le temple de L�x-Bhairo��pilier haut de dix pieds incrust� dans du cuivre et recouvert de vermillon��est situ� maintenant au nord-est de la ville � la jonction de la route �Grand Trunk� et de la route qui m�ne � Sarnath, dans le quartier de B�nar�s�appel� Adampura. Ce temple est aussi � une distance de deux kilom�tres � l�ouest de la confluence des deux rivi�res sacr�es, la Vara���et le Gange. Quoique totalement inconnu dans les Pur��a, L�x-Bhairava�est maintenant assimil� � Kap�li-Bhairava�qui �tait � l�origine dans l�aire g�ographique de N�g-Kuan (puits des serpents) dans le nord de B�nar�s. Le Kap�lamocana��tait, semble-t-il, plus au sud (Sukul�1977:250, Eck�1983:196).
En dehors de l�enceinte du temple et sur le c�t� nord se trouve un puits, �le puits de Bharata��(Bharat K�pa), le jeune fr�re de R�ma. Au sud se trouve le r�servoir d�eau appel� Kap�lamocana. Les Hindous se baignent dans ce r�servoir r�put� pour soigner la st�rilit� des femmes et pour �carter la l�pre si le bain est pris quotidiennement pendant quarante jours. Il y a aussi plusieurs arbres: la branche de tuls� qui est le vestige d�un arbre tuls� beaucoup plus important mais qui fut d�racin� pendant les �meutes de 1809, un arbre pippal et un arbre n�m dont le �mariage� dans toute l�Inde est la prolongation hindoue du symbolisme v�dique et sacrificielle de (l�union) des arbres A�vattha�et �am�. L�espace ouvert de pri�res pour les musulmans, �dg�h, est ferm� � l�ouest par un petit mur sur lequel se trouve la niche (mihrab) indiquant l�orientation (qiblah) de la Mecque. Pr�s du sommet de ce qui reste du pilier, on a pos� aussi un masque de Bhairava (voir photo 7).
Le temple de Mah�rudra�pr�s du Mah��ma��na-stambha�semble avoir �t� un endroit privil�gi� pour les K�p�lika�et les P��upata. Durant la p�riode post-islamique ce temple a �t� entre les mains de N�tha�(Jogi), ensuite de Gosain�et finalement de brahmanes. Selon la g�n�alogie que j�ai pu �tablir, � partir du 17�me si�cle les rituels �taient sous la responsabilit� de ma�tres de maisons Gosain. Les mouvements migratoires des Gosain(Gos�v�), marchands et banquiers aux 18�me et 19�me si�cles, �taient aussi li�s � la vente du b�tail et ont servi � r�pandre le culte de K�la-Bhairava. Ces mendiants � la fois soldats et marchands qui �taient �galement les plus grands propri�taires � B�nar�s�au dix-huiti�me si�cle, servaient aussi de boucliers � la politique des Bhumihar, caste � laquelle appartenait le Mah�r�ja�de B�nar�s. Les Gosain apparent�s au L�x-Bhairava�ont des liens avec les K�nphax�-Yogi�qui �taient auparavant les gardiens de ce temple, car tous leurs noms se terminent par N�tha. L�enqu�te fut difficile car il n�y a plus aucun survivant parmi ces Gosain qui ont sans doute vendu leurs droits � des brahmanes, il y a trente ans. Ce fut la veuve d�un Gosain, Bhagavati Devi qui eut pour la derni�re fois cette charge. Mais elle ne s�en acquitta pas bien et fut aussi �trop amicale avec ses voisins musulmans.� C�est sans doute pourquoi un �Committee� fut form� en 1958 et que sa direction a toujours �t� aux mains de brahmanes. Ce d�veloppement sociologique correspond aussi � une purification progressive du culte hindou qui ne contient plus de sacrifices animaux mais seulement des offrandes v�g�tariennes. Laissant aux musulmans le soin d�accomplir les sacrifices d�animaux durant leurs f�tes de Id que les Hindous �brahmanis�s� n�appr�cient pas (Kumar�1989a:157-8). C�est ainsi que Robinson�(1877:114) rapporte: �Near the Laut of Eedgah there is a peepul tree, and under this tree the Hindus put some idols and made it a place of their idolatry. When the Musulmans gathered together for the purposes of praying at the Eed, the Brahmins on the spot remove the idols. If there happened to be any which could not be conveniently taken away they were carefully concealed with grass. The faithful on the day of Eed used to perform the sacrifice there and never met with any interruption from the Hindoos�.
Le �Committee� est maintenant un conseil de huit membres nomm� �L�x Bhairo Prabandhak Samiti� inscrit dans le �Registration of Societies Act n. XXI de 1860�. En 1985 ce conseil �tait dirig� par Bhageluram Tokedar, riche marchand et propri�taire de deux grands march�s � B�nar�s. Le temple est bien administr�, les rituels quotidiens et les f�tes y sont r�guli�rement c�l�br�es. Les d�vots sont de toutes castes mais la plupart r�sident dans cette partie de la ville. Il y a aussi un groupe de sept hommes d�vots de Bhairava qui participent tr�s activement � ce culte et qui sont ravis par la pr�sence de �Baba� (photos 13-14). Selon mes informations le petit mur s�parant l��d�gh et le temple est d�origine r�cente (1965). Quoiqu�il en soit, l�atmosph�re reste tr�s tendue. A la suite des �meutes de 1809�le puits avait �t� d�truit, ce n�est qu�en 1895 que la Cour ordonna aux musulmans de reconstruire ce puits et de payer une amende de 100 roupies (Upadhyaya sawvat 2028:5). L�eau de ce puits, suppos�e diff�rente de l�eau du Gange et de la Varu�a, est utilis�e pour laver les ustensiles rituelles mais aussi pour laver le l�x�m�me (Upadhyaya�sawvat 2028:52). Selon le mythe�local, Dakfa�vint � ce �puits de S�t�� (la femme de R�ma) pour donner sa fille � �iva. Ce puits est appel� �Bharat K�pa Janan��, �la m�re (sous forme du) puits de Bharata�, nom qui provient de son r�le durant le festival de la R�ml�l��quand les eaux (maternelles) de ce puits sont apparemment utilis�es pour le rituel de couronnement de Bharata. Pour de nombreux d�vots, ce puits est seulement �K�pa Janan�� (m�re sous l�aspect d�un puits) qu�ils associent � la m�re divine, ce qui rappelle les eaux maternelles du �g-Veda. Bharata r�gna � la place de son fr�re a�n� R�ma�pendant son exil, il semble que la dimension royale de la cosmogonie archa�que ait �t� int�gr�e au culte du L�x dans le cycle de la R�ml�l�.[26] Pendant la mise en sc�ne de la r�union de R�ma et de Bharata (Bharat-Mil�p) pr�s du temple de L�x-Bhairava, le Mah�r�ja�de B�nar�s est non seulement identifi� � R�ma mais aussi � Bharata, � son royaume et � sa population.[27]
Les rituels quotidiens accomplis pour L�x-Bhairava�sont similaires � ceux des autres temples de �iva�� B�nar�s. Le L�x et les autres m�rti sont lav�s avec l�eau du puits adjacent et l�adoration avec le feu (�rati) est accompli devant le L�x, le puits et finalement devant le r�servoir de Kap�lamocana. On offre du yaourt, des lentilles (substitut pour la viande dans les rites fun�raires), du vin et parfois du poisson. On r�cite ensuite des pri�res � L�x-Bhairava, K�la-Bhairava�et � Baxuka-Bhairava�et enfin les 108 noms de Bhairava. Les jours sp�ciaux sont les mardis et les dimanches ainsi que le huiti�me et quatorzi�me jours de la quinzaine noire.
Les principales f�tes sont: Le mariage de L�x-Bhairava�avec le puits c�l�br� chaque ann�e le
quinzi�me jour (pleine lune) du mois de Bh�dra�(ao�t-septembre) que j�analyserai dans la
quatri�me partie de cet ouvrage. Le jiotiya (J�vaputrik�-Vrata), f�te c�l�br�e pendant le huiti�me jour de la quinzaine noire du mois
d���vina (septembre-octobre) par les
femmes pour la bonne sant� de leurs fils (photo 21). Cette f�te prend place
aussi pr�s du r�servoir d�eau de Lakfm� sur la route de Luxa (Eck�1983:267, voir aussi quatri�me partie). On
c�l�brait autrefois la f�te qui remettait en sc�ne le combat entre les Kols et
les Bhils pendant le quatorzi�me jour de la quinzaine noire du mois d���vina�(septembre-octobre), cette f�te
n�existe plus (Scherring�1868:195). Enfin toutes les autres f�tes du
calendrier hindou telles �ivar�tri, Navar�tra, etc.
Le K���-Kha��a�(97:64-6) qui refl�te les adaptations post-islamiques de la moiti� du quatorzi�me si�cle, indique que Mah�rudra�r�sidait avec sa par�dre Um��dans le pilier�m�me, pr�s du �Ma�tre du cr�ne� (Kap�le�a) et fait aussi r�f�rence au Kap�lamocana. Les K�p�lika�qui �taient des adeptes de la doctrine Soma�(de nos jours compris comme l�union de �iva�avec Um�) avaient l�habitude de hanter les terrains de cr�mation et pratiquaient des sacrifices humains. Des histoires circulent parmi les musulmans des alentours, relatant l�h�ro�sme de Gh�z�-M�y��[28] qui aurait fait supprimer les sacrifices humains au temple de Soman�tha�qui aurait exist� � la confluence de la Varu�a�et du Gange. Sans doute ce temple de Somn�tha indique en fait le temple de Mah�rudra qui selon Sukul�(1977:346-348) �tait adjacent au pilier. Ce temple a d� �tre d�truit comme le reste de la ville par Qutb-ud-din Aibak, g�n�ral en chef de Muhammad Ghori � la fin du douzi�me si�cle. Nous savons que Tavernier�avait pu voir ce pilier en 1665 pendant le r�gne d�Aurangzeb�dans un jardin cl�tur� d�une mosqu�e.
L�x-Bhairava�semble �tre l�ancien Kula-stambha, pas diff�rent du Mah��ma��na-stambha�o� originellement K�la-Bhairava�avait l�habitude de d�vorer les p�ch�s des p�lerins mais aussi d�administrer �la punition/souffrance� de Bhairava (bhairav�-y�tan�) donnant la lib�ration (mokfa) m�me aux plus grands p�cheurs (Sukul�1977:103-5,114,247-8). Le magistrat supr�me, Kotv�l, pr�sidait les ex�cutions publiques rituelles des criminels[29] dans ce qui devait �tre un terrain de cr�mation. Ceci expliquerait aussi le caract�re terrible dans sa transposition m�taphysique.[30]
Selon Sukul�(1974:201), les deux piliers �taient plac�s � c�t� l�un de l�autre. Le Mah��ma��na stambha a �t� d�truit et ses morceaux sont v�n�r�s comme Cakrap��i-Bhairava (dans une maison adjacente au temple de K�la-Bhairava) et Da��ap��i�(petit sanctuaire pr�s du temple de Vi�van�tha) aujourd�hui quoique les pr�tres actuels de ces sanctuaires ignorent totalement ce fait. Le Kula stambha est celui qui ressemble au pilier d�A�oka�et qui fut d�truit durant les terribles �meutes de 1809. Ce qui en est rest� est toujours v�n�r� comme L�x-Bhairava�(Sukul�1977:120-121, Eck�1983:196,389 note 63).
Tout comme les policiers en Inde ont un b�ton de m�me Bhairava est repr�sent� avec un b�ton.[31] Les asc�tes sivaites P��upata�portaient aussi des b�tons � l�imitation rituelle de leur fondateur l�gendaire Lakul��a�(lakula, l�x, mots d�riv�s sans doute du mot laguda signifiant b�ton). Les K�p�lika�criminels devaient �galement porter le khaxv�qga�(b�ton surmont� d�un cr�ne) � l�imitation rituelle de leur divinit�, Bhairava, qui erre avec un cr�ne � la main et un gourdin de l�autre ou avec un cr�ne pos� sur le b�ton m�me (Lorenzen�1972:2,5,75,177).
Cette fonction de policier portant un b�ton est sp�cialement soulign� dans K�la-Bhairava�ainsi que dans Da��ap��i. Ce dernier est d�ailleurs assimil� � Bhairava. Da��ap��i partage les t�ches de K�la-Bhairava en aidant la d�esse Annap�r���dans la distribution des aum�nes et en expulsant ceux qui sont indignes de s�installer et de mourir � B�nar�s. Quoique le K���-Kha��a�le place dans le sud de Vi�van�tha,��son sanctuaire �tait incorpor� dans le grand temple de Vi�van�tha tout comme celui de K�la-Bhairava,��aujourd�hui le sanctuaire de Da��ap��i se trouve dans les ruelles adjacentes au temple de Vi�van�tha � l�ouest de la mosqu�e de J��na-V�p� qui se dresse sur les ruines du premier temple de Vi�ve�vara�(Vi�van�tha).
Mais L�x-Bhairava, non seulement tient le l�x, il est, en fait, lui m�me le l�x�sp�cialement quand il assume la forme du pilier cosmique ou stambha. Le pouvoir magique des K�p�lika�est parfois dit r�sid� dans leur khaxv�qga�comme dans les histoires de Somadeva dans le Kath�sarits�gara(Lorenzen�1972:63) et la valorisation rituelle du b�ton obligatoire, sa transformation en un pilier, une forme de Bhairava, ne peut �tre expliqu� qu�en trois termes��l�x, pilier et Bhairava, �tant �galement identifi�s � l�axis-mundi. A ma connaissance le culte de Bhairava sous la forme d�un pilier n�est pas un ph�nom�ne commun dans le nord de l�Inde, et le m�t �rig� pour repr�senter l�axis-mundi�durant les festivals de la Nouvelle ann�e �tait plut�t identifi� avec le dhvaja�d�Indra�ou Indra�lui-m�me. Mais, nous l�avons vu, �iva, appara�t aussi � B�nar�s�comme liqga de lumi�re (jyotirliqga), le symbole phallique qui est l�image de la supr�matie de �iva. C�est ce que Mircea Eliade�a appel� axis-mundi, le pilier comme centre du monde, provenant des r�gions infernales, craquant la surface de la terre et d�chirant le toit du ciel. Et c�est aussi dans K��� que Rudra assume la forme d�axis-mundi pendant la dispute entre Vif�u�et Brahm��afin d�engendrer par sa col�re le terrible Bhairava.
La repr�sentation iconographique de �iva-Lakul��a, �with his penis erect, and with a citron (m�tuliqga) in his right hand and a club (da��a) in his left� (Lorenzen�1972:177) correspond � celle de Bhairava. L�identification des deux est possible seulement � partir de l��quation de l�axis-mundi�avec le phallus ou le liqga. �In some versions, it is Shiva�s castrated linga which is the linga of fire. In the versions treated here, however, the fiery� linga� is not a part of Shiva but rather Shiva is a part of it� (Eck�1983:107). Cette assimilation de la dimension phallique du culte de Bhairava a �t� envisag�e parce que le pilier cosmique �tait d�j� identifi� universellement avec le phallus procr�ateur dans un contexte sp�cialement cosmogonique. Nous verrons dans la quatri�me partie de ce travail qu�apr�s que le stambha soit devenu le L�x-Bhairava, le mariage cosmogonique continue � �tre accompli dans le mariage annuel entre L�x-Bhairava et le puits adjacent qui est d�ailleurs compris dans l�espace rituel du rite quotidien (photos 15-20).
C�est une m�rti noire avec un chien pour v�hicule. Cette m�rti est dans l�enceinte du temple de K�m�kf� Dev��qui est dirig� par les membres du Nira�jani �kh���. Il y a quatre principales p�j��aux heures habituelles: 5h30 du matin��offrande de sucreries; 12h��bhoj, riz, lentilles; 19h30���rati, jus de canne � sucre; 21h��autre repas; 23h��dernier rituel. On offre aussi du lait � Krodhana-Bhairava�pour l�apaiser. La p�j� est toujours offerte d�abord � la d�esse ensuite � Krodhana-Bhairava qui est consid�r� comme son fils. On a d�j� remarqu� cette relation maternelle dans le cas de Ca��a Bhairava et Durg�, et on la retrouvera surtout chez Baxuka Bhairava.
La m�rti d�Unmatta Bhairava�a la particularit� de se trouver en dehors du kfetra�proprement dit de B�nar�s, son sanctuaire (photos 45-47) se trouve, en effet, sur la route de la pa�cakro��.[32] En Inde ancienne, les mesures �taient en kro�a, un kro�a est � peu pr�s �gal � deux milles. La pa�cakro�� y�tr��est le p�lerinage des cinq kro�a, faire ce p�lerinage c�est faire la pradakfi�a de la ville de B�nar�s. Cette pa�cakro�� repr�sente aussi les limites du kfetra de B�nar�s. Il y a d�autres repr�sentations de ce dieu kfetrap�la�sur ce p�lerinage telles L�l Bhairava�et K�la Bhairava dans le village de Rame�vara, un autre K�la-Bhairava�dans le village de �ivpur. Une fa�on tr�s simple d�entreprendre ce p�lerinage est d�aller au temple de la pa�cakro�� qui se trouve dans la ville de B�nar�s m�me dans le nord (photos 48-49). Dans ce temple sont repr�sent�s toute sorte de Bhairava, par exemple �nanda-Bhairava, �sa-Bhairava, Ca��a-Bhairava, �di-Bhairava, Kaqk�la-Bhairava, Ruru-Bhairava, Asit�qga-Bhairava, Kap�li-Bhairava, K�la-Bhairava, Sawh�ra-Bhairava, Bh�fa�a-Bhairava. Les pr�tres de ce temple sont des brahmanes Dikfit�qui c�l�brent la Bhairav�fxam�.
Ce temple est tr�s petit, il est adjacent � un temple d�di� � Hanum�n�et d�une pierre � Sat� (voir photo 46). Unmatta-Bhairava�se dresse sur une jambe, dans la posture de la danse t���ava, souriant et portant de larges boucles d�oreilles comme en ont les N�tha, il a aussi une guirlande de rudr�kfa. Sa �folie� est indiqu�e par la salive qui coule de sa bouche. Unmatta-Bhairava dans mes manuscrits (Chalier�1981) est tr�s souvent qualifi� de �lalajjihv��. Il serre dans ses mains une mangue sur sa poitrine.[33] Ses cheveux sont ramass�s en tresses (jax�).
Muli Baba de la caste Gosvami�est le p�j�r��de cette m�rti. Cette charge de p�j�r� est h�r�ditaire. Il n�accomplit qu�une seule p�j��sattvique (v�g�tarienne) le matin. Durant �ivar�tri, les d�vots offrent des feuilles de bilva (aegle marmelos) et du bhang. Ce sont surtout les p�lerins de la pa�cakro�� qui v�n�rent Unmatta-Bhairava�car le culte reste minime m�me durant la Bhairav�fxam�. Les habitants de B�nar�s�accomplissent ce p�lerinage le plus souvent durant les mois d���vina�(sept-octobre), de Phalguna�(f�vrier-mars) et d�adhim�sa, mois ajout� tous les trois ans pour r�gulariser le calendrier hindou. Ce mois est consid�r� funeste c�est pourquoi les p�lerins entreprennent ce p�lerinage.[34]
L�image noire de Sawh�ra Bhairava�est accompagn�e de son chien (photos 24-25). Il y a des empreintes de pieds d�un asc�te d�vot � l�entr�e de son temple qui contient aussi les images d�Hanum�n�et de Baxuka-Bhairava. Le pr�tre de ce temple est Sunu Maharaja, un brahmane Up�dhy�ya dont la kuladevat��est Durg�.
Bh�ta ou Bh�fa�a Bhairava est une large m�rti de couleur rouge, recouverte le plus souvent d�un tissu rouge, visage souriant avec une moustache imposante (photo 23). Il y a quatre p�j��dirig�es par des brahmanes Dubey. Ces p�j� sont tr�s simples et ne semblent pas vraiment suivre quelques paddhati. On c�l�bre la f�te annuelle (��ng�r) du temple comm�morant sa construction et la Bhairav�fxam�. Durant la Bhairav�fxam�, une couronne (c�est ce qui se passe pour L�x-Bhairava�mais plut�t pendant son mariage) est d�pos�e sur la t�te de Bh�ta Bhairava � qui on pr�sente des offrandes non v�g�tariennes.
Les noms des d�esses afxam�t�k�, associ�es avec les afxabhairava, sont pris de Sukul�(1977:83,105)
Le temple de K�la-Bhairava�ne fait pas partie des afxabhairava, il en est pourtant le centre. Le temple de K�la-Bhairava est plut�t connu sous le nom de Bhairon�tha. Il est maintenant situ� entre Chaukhamba et le parc de Maidagin. Ce temple �tait auparavant un centre spirituel des asc�tes comme les K�p�lika�et leurs successeurs les N�tha�et les K�nphax�-Yogi. Ces asc�tes avaient choisi cette forme terrible de �iva�parce qu�elle concr�tisait l�aspect anti-conventionnel d�une soci�t� r�gie par les castes. Comme on l�a d�j� mentionn�, la premi�re manifestation de K�la-Bhairava s�est effectu�e dans le huiti�me jour (afxam�) de la quinzaine noire du mois de M�rga��rfa�quand, � la suite de sa col�re contre Brahm�, �iva cr�a K�la-Bhairava qui d�capita la cinqui�me t�te de Brahm�.
(i) Tableau 7-4: Les temples des Afxabhairava � B�nar�s. Tableau r�capitulatif
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nom des temples |
emplacement actuel |
emplacement ancien |
d�esses, afxam�t�k� |
nom des mahant |
nom des p�j�r� |
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1. Ruru |
sud-est (Agni)/ Hanum�n gh�x |
? |
Adhak���, �ikhica���, Indr�ya�� |
N�ga (N�tha) sawny�sin, Jun� �kh��� |
idem |
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2. Ca��a |
Sud (Yama), dans le temple de Durg� |
? |
Durg�, Mahe�var� |
Maharaja Dubey |
3� p�j�r�, Ramprasad, Ravindra Tiwari, K. Dubey |
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3. Asit�qga |
Est, dans le temple de V�ddhak�le�vara |
Antake�vara |
Bhadrak�l�, Brahm�ya�� |
Kedarji Diksit (de Mirzapur) |
idem |
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4. Kap�li (L�x) |
Nord-ouest (Vayu)/Adampura |
V�suki�kund, N�g Kuan |
Bh�smaca���, V�r�h� |
Shambunath Upadhyaya |
|
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5. Krodhana |
Sud-ouest (n�ti), K�m�kf� Dev��(Kamaccha) |
? |
Aqg�re�var��Kaum�r� |
Nira�jani �kh��� |
Krsnananda Giri |
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6. Unmatta |
Ouest (Varu�a) sur la route de la pa�cakro�� |
? |
Uttare�var�, Vaif�av� |
Murli Baba Gosvami |
idem |
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7. Sawh�ra |
Nord-est (���na), Patan Darvaza |
pr�s d' �dike�vara |
Mah�mu����C�mu��� |
Sharad Malhotra |
Maharaja Upadhyaya |
|
8. Bh�fa�a |
Nord (Kubera), K��� Pur, Sud-ouest Maidagin, n.63/28 Chetganj |
Jyefxhi�v�ra |
Mah�lakfm� |
Radha Mohan Pandey |
idem |
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8+1 = K�la Bhairava |
Nord-est. Kotwali |
Kap�lamocana�t�rtha, Owk�re�vara, nord de Maidagin |
Citragha�x� |
Kailashnath Dubey |
K Dubey, Gosvami, Somanatha Dubey, Shankar Pandey, les p�j�r� du temple de Vi�van�tha |
Selon Sukul, l�emplacement originel de ce temple se trouvait pr�s du temple d�Owk�re�vara��(voir note supra). K�la Bhairava aurait �t� re-consacr� dans son emplacement actuel au treizi�me si�cle quand, apr�s la conqu�te musulmane, les sanctuaires du quartier d�Owk�re�vara ont �t� d�truits. Ce temple n��tait, en fait, qu�une simple hutte jusqu�en 1825 o� elle fut remplac�e par le temple actuel (Sherring 1868:64). Ces deux emplacements sont mentionn�s dans le K���--Kha��a�(31:38-40 et 67:56). Le temple actuel est tr�s r�cent puisqu�il a �t� construit au dix-neuvi�me si�cle. D�apr�s Kailashnath Dubey (photo 37), un des p�j�r��du temple, c�est le roi de Gwalior qui a fait construire ce temple il y a 550 ans. Le temple actuel de K�la Bhairava aurait pu �tre selon Sukul�(1977:203-4), le site avant la p�riode musulmane d�un liqga d�di� au Seigneur Bhairava (Bhairave�vara) qui �tait adjacent au �puits de Bhairava� (Bhairava-k�pa); c�est exactement la configuration maintenant reproduite au L�x. Cependant ces deux sites ont d� �tre d�plac�s et transform�s pendant la p�riode post-islamique, la relation rituelle entre K�la Bhairava, le magistrat de B�nar�s, et le pilier�du monde, encore hant� par Bhairava portant le cr�ne (Kap�lin), a �t� retenu avec t�nacit�. Cette relation peut se r�duire � une seule identit�.
La porte principale de l�entr�e, face � l�ouest du sanctum- sanctorum de K�la-Bhairava�est gard�e par son propre v�hicule le chien. Le masque d�argent de K�la Bhairava (photos 34-35) d�pos� dans le sanctum-sanctorum est orn� avec des fleurs. Cette statue de K�la Bhairava est, en fait, un yantra�qu�on ne voit pas car elle est compl�tement recouverte d�un tissu. D�apr�s mes informations, l�image originelle de K�la Bhairava est noire, mais elle appara�t rouge car elle est couverte de vermillon. Tous les vingt-ans, semble-t-il, on enl�ve le vermillon. La m�rti-yantra serait petite et donc de couleur noire. Les d�vots font sonner quatre cloches dans le temple pour pr�venir K�la Bhairava qu�ils sont l�. La circumambulation de l�int�rieur du temple (photo 36) inclut bon nombre de sanctuaires auxiliaires consacr�s � K�l�, Hanum�n, Ga�e�a, K�f�a, R�dh�, K�rttikeya, les neuf plan�tes (navagraha) et plusieurs liqga. Le temple est couvert d�inscriptions et de tableaux en couleurs relatant le mythe d�origine de Bhairava donn� dans les Pur��a.
Ce temple aujourd�hui n�est plus dirig� par des asc�tes mais par des brahmanes�(Pandey, Dubey) qui se partagent � tour de r�le la fonction de Mahant.[35] Chacun a un tour pr�cis r�gl� sur le syst�me bien connu du p�r��en Inde du Nord. Dans ce temple, le syst�me du p�r� s�articule autour de trente-six jours. Vingt et un jour appartiennent � la famille Dubey, puis deux jours � la veuve du Mahant Caitanath Gosvami. Ensuite trois jours reviennent � la famille de Somnath Dubey. Quatre jours appartiennent � Shankar Pandey, puis de nouveau une journ�e � la veuve de Caitanath Gosvami. Finalement cinq jours sont � la charge des Mahant du temple de Vi�van�tha, ce qui souligne bien le lien entre ces deux temples. Mais depuis le vol r�cent dans le temple de Vi�van�tha, ce p�r� est assur� par un N�tha�ma�tre de maison. Ce qui est int�ressant puisque d�apr�s Kailashnath Dubey, les N�tha�� la fin du dix-huiti�me si�cle ont vendu leur droit aux brahmanes. Sans doute ce N�tha fut choisi parce que c�est lui qui garde le chapiteau (cakra) du Mah��ma��na-stambha�(voir L�x-Bhairava�ci-dessus) dans sa maison adjacente au temple de K�la-Bhairava, o� il est v�n�r� comme Cakrapa�i Bhairava. Malgr� le processus de �brahmanisation� constat� dans presque tous les temples majeurs dans l�Inde du nord, l�arri�re-plan symbolique qui lie le culte de Bhairava toujours aux courants antinomiens de la tradition hindoue a souvent permis que les lieux retombent entre les mains de ses anciens propri�taires.
Les p�j��sont de deux cat�gories: on distingue les p�j� sattviques et les p�j� tamasiques.[36] Pendant les p�j� sattviques, on offre des guirlandes (m�la) de fleurs, du b�tel (tambula), de l�encens tandis que durant les p�j� tamasiques on pr�sente du vin, du yaourt, une noix de coco, du camphre, du b�tel, de l�ail. Les p�j� sont accomplies quatre fois par jour, � cinq heures du matin, midi, huit heures du soir et minuit. Les d�vots de K�la Bhairava viennent dans ce temple les mardis, les dimanches et chaque afxam��sp�cialement de la quinzaine noire, ainsi que durant les Caturda���et l�am�vasy��de cette m�me quinzaine. La lampe � �rati�pour la Bhairav�fxam��est une lampe sp�ciale qui p�se pr�s de vingt-sept kilos, seul celui qui je�ne peut la soulever. La p�j� du soir, la �ayana-�rati, est consid�r�e le moment le plus favorable pour recevoir le �dar�ana� de K�la-Bhairava.
Les pr�tres du temple donnent leur b�n�diction aux d�vots en les frappant d�un b�ton fait de plumes de paon (Eck�1983:194), en leur appliquant de la cendre (vibh�ti) sur le front et finalement en leur mettant autour du cou un collier de fil noir b�ni par Bhairava ou en l�attachant autour de leur poignet. Les plumes de paon servent � exorciser les mauvais esprits: �Some Yog�s in B�nar�s and elsewhere carry a fan made of peacock feathers (han mocal) used to keep off flies, and also in exorcism, to keep off evil spirits, and to relieve children suffering from the effects of the evil eye� (Briggs�1982:23). Mais ce coup est sans doute li� aussi � la �punition� salvatrice que Bhairava est normalement cens� conf�r�e plut�t � L�x Bhairava: �A black piece of thread is sold at the Bhairava temple at Banaras which ensure the same result to a person dying elsewhere as if he was breathing his last in the holy city� (Diehl�1956:249). Presque tous les p�lerins � B�nar�s �taient autrefois oblig�s de d�filer devant K�la Bhairava avant d�avoir le �dar�ana� de K��� Vi�van�tha, comme s�ils pouvaient b�n�ficier de la bhairav�-y�tan��� f�t-ce que sous cette forme att�nu�e��autrement r�serv�e aux vrais �Banarasi�.
Il faut aussi remarquer que la principale offrande pr�sent�e � K�la Bhairava par les d�vots sont de petits chevaux en sucre. A l�origine, semble-t-il, les d�vots offraient de vrais chevaux aux N�tha�qui habitaient dans ce temple. Une autre l�gende explique que chaque p�lerin avant d�entreprendre la pa�cakro�� devait venir au temple de K�la Bhairava pour se recueillir. D�sirant obtenir la v�locit� du cheval pour accomplir ce p�lerinage, il lui offrait un cheval en sucre. Par ailleurs Bhairava est aussi appel� �v��va��celui qui se sert d�un chien comme d�un cheval�(Briggs�1982:160; Crooke 1926:96). Selon Kailashnath Dubey ce �ghore k� d�n� n�avait pas pour but le sacrifice d�un cheval. On peut toutefois remarquer que le grand Sacrifice du Cheval (A�vamedha) comportait l�immolation d�un cheval pr�c�d�e par celle d�un chien noir. Le cheval repr�sentait son chevalier, le roi triomphant, et on pourrait croire que cela valait aussi pour le chien mais par un autre biais: le lien intime entre Bhairava et le roi est � expliquer par la dimension transgressive de la royaut� hindoue (voir la quatri�me partie ).
Selon le Mahant de ce temple, on c�l�bre les f�tes d�Annak�xa�(photos 38-39).[37] Le Ratha y�tr��est aussi c�l�br� car, il y a trente six ans, les forgerons avaient fini le masque de K�la-Bhairava�le deuxi�me jour du Ratha y�tr� � Puri.[SV1] Ceci pourrait aussi �tre une fa�on de souligner l�identit� de Bhairava et de Jagann�tha. Marglin�(1985:197) l�indique clairement en �crivant �The r�jagurus of Puri were my informants on the sh�kta tradition. In that tradition, the evening ritual represents the union of Lord Jagann�tha, conceived of as Bhairaba, the terrible aspect of Shiva, and Bhairab�, the terrible aspect of the goddess. The devadasi is then Bhairab�.� Selon Kailashnath Dubey, on ne c�l�bre qu�une fois par an la p�j��tamasique durant la Bhairav�fxam�, c�est � dire durant l�afxam� de la quinzaine noire du mois de M�rga��rfa. Mais ce brahmane s�empresse de pr�ciser qu�il s�agit en fait d�une p�j� rajasique et que les tantriques�seuls accomplissent une p�j� tamasique (offrande de viande). C�est pendant cette f�te qu�on change les v�tements de K�la Bhairava et qu�il est montr� nu, portant le collier de cr�nes. �On this day alone the cloth apron that covers all but K�la Bhairava�s face is removed. He is garlanded with a necklace of solid silver skulls. People crowd in for the darshana of his complete image on this day� (Eck�1983:274). Malgr� le processus de �brahmanisation� constat� dans presque tous les temples majeurs dans l�Inde du nord, l�arri�re-plan symbolique qui lie le culte de Bhairava � la dimension antinomienne de la tradition hindoue��son ancrage dans le mythe d�origine et son identit� v�ritable de K�p�lika��est toujours r�affirm� pendant le �jour de sa naissance� dans le panth�on hindou.
Bien que le temple de Baxuka Bhairava�ne fasse pas partie des afxabhairava, c�est un temple important dans l�univers de B�nar�s. Son Mahant, Bhagavan Puri (photo 26), est fort connu et il est tr�s actif.[38] Il a compos� lui-m�me un hymne � Baxuka-Bhairava en sanscrit le �Baxukabhairavastotram�. Il participe � la c�l�bration de la Bhairav�fxam�, au mariage de L�x-Bhairava, etc. Le Mahant semble bien repr�sent� le �Banarasipan�, ce mode d��tre sp�cifique aux habitants de B�nar�s. J�eus le privil�ge de pouvoir l�accompagner avec un groupe de d�vots, constitu� de cinquante hommes, alors qu�il se rendait dans les for�ts de Vindhyachal�pour restaurer un temple consacr� � Bh�ta-Bhairava (photo 33). Cette exp�dition dura toute une journ�e[39] et une partie de la nuit, elle se termina par un repas (bhoj) de deux sortes, v�g�tarien et non-v�g�tarien, ce qui souligne encore une fois les tensions qui demeurent dans le culte de Bhairava.[SV2]
Le temple de Baxuka-Bhairava�(photos 26-28) est devenu tr�s important et il joue, en quelque sorte, le r�le traditionnel de Krodhana-Bhairava, un des afxabhairava, plut�t n�glig� dans le temple avoisinant de la d�esse K�m�khy� dont le Mahant du Nirva�i �kh����est assez souffrant. Baxuka-Bhairava est, en fait, le double sattvique du moins imposant mais �original� (�di) Krodhana-Bhairava�qui est dans un temple s�par� mais dans la m�me enceinte que Baxuka-Bhairava. Krodhana Bhairava ne re�oit que des p�j��tamasiques chaque soir sur le mod�le des pa�camak�ra�accompli par un des plus fervents disciples du Mahant, Motiji (photos 29-31), avec du poisson, du vin, de la viande, des graines (mudr�) et des galettes rondes (vada) � forme d�anneaux qui symbolisent le mithuna. Le Mahant de ce temple accompagne parfois un de ses adeptes pour une k�mya p�j� sur les terrains de cr�mation de Hariscandra gh�x sur les rives du Gange, en versant du vin sur le �iva-liqga etc.
Le mythe�d�origine de ce temple racont� par le Mahant nous explique qu�un guru asc�te nomm� Baxuka ou encore Shiva Ram Puri, s��tant querell� avec son disciple � Allahabad, d�cida de s�installer dans la partie de B�nar�s�appel�e Kamaccha�avec l�image de Krodhana-Bhairava�afin de continuer sa s�dhan�. Sa renomm�e attira le roi de B�nar�s Balavant Singh (18�me si�cle) qui n�avait pas d�enfants. Le roi re�ut de ce guru un fruit b�ni, responsable de la naissance de son successeur Raja Chet Singh. Balavant Singh le r�compensa en lui donnant des terres et des propri�t�s. En apprenant ces nouvelles, son disciple vint rejoindre son guru. Celui-ci dans un acc�s de col�re abandonna son enveloppe corporel, et son sam�dhi est suppos� �tre sous le sanctuaire d��di-Krodhana Bhairava, qui semble �tre en quelque sorte l�hypostase de la col�re du guru. Le disciple prit en charge ses propri�t�s et dans un r�ve il lui fut r�v�l� l�emplacement de la m�rti de Baxuka-Bhairava. Le disciple fit alors creuser cet endroit avec l�aide du roi Balavant Singh[40] qui fit construire le temple actuel en 1743 pour comm�morer la naissance de son fils. La naissance du prince est ainsi mis en rapport avec la d�couverte de Baxuka Bhairava, dont l�image est toujours celui d�un enfant (Baxuka).
Descendants de ce disciple en r�bellion, l�actuelle lign�e des Mahant ne trouva la paix qu�apr�s avoir observ� une s�dhan��rigoureuse pendant sept g�n�rations devant� (�di ) Krodhana-Bhairava. Le Mahant m�a racont�e aussi cette version mythique de la d�esse Ca����ayant d�couvert Baxuka-Bhairava�comme un enfant au fond d�un lac durant la dissolution universelle (pralaya). Elle l�adopte avec compassion. Le Mahant attribue incorrectement cette version au M�rka��eya-Pur��a, en confondant sans doute cette version avec l�histoire suivante: durant le pralaya, le b�b� K�f�a�avala le sage (�fi) M�rka��eya qui jouit d�une jeunesse �ternelle. Baxuka, est, en fait, consid�r� l�enfant de Sahasraca��� dont la m�rti se trouve dans le sanctum-sanctorum de Baxuka-Bhairava. Nous retrouvons la m�me relation privil�gi�e avec la D�esse (Durg�) dans le cas de Ca��a Bhairava. La naissance naturelle du futur roi, Chet Singh��(par) le fruit b�ni de Shiva Ram Puri��est en quelque sorte assimil�e � une �renaissance� mystique de l�homme-dieu lui-m�me sous forme de (l�image de) Baxuka Bhairava. La m�rti de �di Krodhana Bhairava est v�n�r�e aussi comme (l�union de?) �nanda-Bhairava�et �nanda-Bhairav�.
Le temple ouvre � six heures, le p�j�r��baigne la divinit�, l�habille en mettant un morceau de tissu sur la m�rti, accomplit l��rati�et pr�sente des offrandes v�g�tariennes et des sucreries. A 12 heures le p�j�r� donne le bhoj�� la divinit�. De 12 heures � 13 heures le temple est ferm�. A trois heures on offre des fleurs � Baxuka et � �di Krodhana Bhairava. A 20 heures se d�roule l��rati principal avec offrandes de fruits, de sucreries et de vin (seulement le soir) pour les deux divinit�s Baxuka et �di. A la suite de l��rati du soir, les disciples du Mahant accomplissent la pa�camak�ra-p�j��devant �di Krodhana Bhairava. Les ustensiles pour accomplir la p�j� varient selon la nature de la p�j�: pour la sattva-p�j� on utilisera des ustensiles en cuivre et en argile, pour la p�j� rajasique on utilisera des ustensiles en or et en argent, pour la p�j� tamasique li�e aussi � l�acquisition de pouvoirs (siddhi) le choix du mat�riau n�est pas important. Pour la p�j� ordinaire (s�m�nya-p�j�) on utilisera toujours des ustensiles en argile. La p�j� de la Bhairav�fxam��peut rev�tir les trois formes de p�j�. Nous reprendrons les rituels de Baxuka-Bhairava�dans la troisi�me partie de ce travail.
A part ces huit Bhairava r�pertori�s et K�la-Bhairava, il y a beaucoup d�autres m�rti �parpill�es ici et l� dans B�nar�s, � l�int�rieur de maisons ou dans d�autres grands temples. Ses temples abritent souvent des repr�sentations de Ga�e�a, K�l�, Hanum�n�ou des �ivaliqga. Tr�s souvent aussi Bhairava appara�t sous la forme modeste d�une pierre recouverte de vermillon. Remarquons aussi le temple de Tripura Bhairav� (voir cinqui�me partie) pr�s de Da���vamedha. Dans le coin sud-ouest � l�ext�rieur du temple de Vi�van�tha, on trouve une image de Bhairava dont le p�j�r��est un V�ra�aiva. Pr�s du deuxi�me temple de Vi�van�tha sur M�r gh�x, on peut voir un petit sanctuaire consacr� � Yakfa -Bhairava, dat� du dix-huiti�me si�cle. Le Ked�ra gh�x est un microcosme de K���, microcosme de l�univers-m�me, il est donc normal de trouver dans le temple tamoul de Ked�rn�tha�les repr�sentations noires de Da��ap��i�et de K�la-Bhairava gardant l�int�rieur de ce temple. Parmi les petits temples d�di�s � Bhairava, il faut signaler: