�The mysteries of Nepal Mandala have only begun to be explored by means of a hitherto neglected but major source, the oral traditions and customs of the Newars themselves.� Slusser�1982:122-3.
�In the centre of the cyclical regenerations of the universe, set in motion and regulated by the ritual proceedings at the place of sacrifice, stands the king. When, standing with raised arms, he receives the unction, the king manifests himself as the cosmic pillar, the path between heaven and earth along which the fertilizing unction waters take their circular course from sky to earth and back again. The king is, however, not only the centre and pivot of the universe, he is the universe itself; he has been seen to encompass, like the cosmic man Praj�pati, the universe in respect both to space and time. He is not conceived of as a static image of the cosmic structure, he impersonates the cosmic tide of regeneration and decay.� Heesterman�1957:223-224.
�Mitra est le souverain sous son aspect raisonnant, clair, r�gl�, calme, bienveillant, sacerdotal; Varu�a est le souverain sous son aspect assaillant, sombre, inspir�, violent, terrible, guerrier.� Dum�zil�1948:85.
Malgr� la position supr�me qu�il occupe dans certains courants tantriques��y compris le courant tr�s �brahmanis� et prestigieux du Sivaisme du Cachemire��le dieu Bhairava�semble tenir � premi�re vue un rang assez modeste par rapport aux grands dieux de la bhakti�dans le panth�on�hindou. Mais au N�pal, o� le substrat tribal est encore tr�s visible dans l�organisation sociale des N�war, cette divinit� est sans doute la plus populaire et omnipr�sente du panth�on. Parmi ses manifestations singuli�res, Pacali Bhairava est non seulement la plus importante mais aussi celle qui illustre le mieux le caract�re indig�ne du culte et sa p�n�tration dans la culture n�palaise. Sa f�te annuelle, c�l�br�e pendant le Dasain, est calqu�e sur le sch�ma sacrificiel hindou avec des variantes locales. La trame historique de la lutte pour le pouvoir politique s�est traduite dans les niveaux hi�rarchis�s de la f�te actuelle, dont la structure englobe la plupart des castes n�war. La f�te de tous les douze ans qui a lieu le jour de la Vijayada�am�, juste apr�s la f�te annuelle, se caract�rise par un �change d��p�es entre le roi�hindou et un jardinier�bouddhiste poss�d� par Bhairava. Le dieu de la transgression�permet au souverain de transcender non seulement les distinctions sectaires mais aussi l�opposition du pur et de l�impur. Lieu de contestation perp�tuelle, la figure du roi est surtout le noeud symbolique o� s�articulent l�unit� sociale et le renouvellement du monde.
Le r�le primordial de la divinit� Bhairava�dans les f�tes cosmogoniques a sa contrepartie dans le fait que l�Indra�v�dique, �le roi des dieux�, a toujours conserv� ses anciens privil�ges dans la religion n�war. Disparu de l�Inde, le festival d�Indra est toujours c�l�br� dans la Vall�e de Kathmandou�o� il est �troitement li� au culte plus r�cent de Bhairava. La manifestation la plus �vidente de la r�interpr�tation tantrique de la cosmogonie v�dique est l�identification par la tradition n�war du m�t (dhvaja) d�Indra et du m�t (liqga) de Bhairava avec le pilier�cosmique. J�ai montr� ailleurs (Chalier-Visuvalingam 1989) que ces manifestations et ces transformations du poteau sacrificiel r�pondaient � une logique pr�cise: le sacrifice royal au poteau v�dique (y�pa) est symboliquement mis en �quation avec la mort int�rioris�e de l�adepte tantrique alors que ses �nergies vitales doivent forcer la colonne vert�brale le long de la sufum��.[1] Le mythe d�origine de Bhairava donn� dans les Pur��a�traduit cette �quation du sacrifiant et de la victime en faisant �merger Bhairava du pilier cosmique (jyotirliqga) pour d�capiter la cinqui�me t�te de Brahm�. Dans le �sacrifice original� (�diy�ga)��par lequel Abhinavagupta�r�alisa son identit� avec Bhairava comme le feu de la Conscience��la sufum���(et finalement le corps entier) est identifi�e avec le liqga, car cette ascension se r�alise surtout dans une union sexuelle, le plus souvent transgressive. C�est parce que le bouddhisme�tantrique, dans lequel le motif du liqga-yoni�est remplac� par la foudre et la cloche (vajra-gha�xa), a facilit� et m�me servi de catalyseur dans ce processus de r�interpr�tation qu�il est encore possible d�observer les pr�tres bouddhistes (Vajr�c�rya) jouer un r�le important dans les f�tes N�war de nouvel an.
Dans cette quatri�me partie[2] qui permettra de d�gager la fonction royale de Bhairava�en articulant les donn�es de terrain recueillies dans la Vall�e de Kathmandou�parmi les N�war et � B�nar�s, j�essaye de montrer comment l�ethnographie n�war peut �tre utilis�e pour �laborer un cadre sot�riologique qui comprenne la cosmogonie�v�dique et l�eschatologie hindoue. Dans le premier chapitre, je montre que d�un point de vue s�miotique le culte de Pacali-Bhairava�peut �tre compris comme une transformation syst�matique du paradigme v�dique sacrificiel de mani�re � int�grer des populations pr�-aryennes tout en conservant leurs infrastructures sociales. Dans le deuxi�me chapitre je d�cris les �l�ments non-v�diques dans la f�te d�Indra�que j�ai observ�s � Kathmandou, et je sugg�re que ces �l�ments aident � rendre encore plus explicite ce paradigme sacrificiel de la cosmogonie v�dique. Dans le troisi�me chapitre, en pr�sentant le festival de Bisket�� Bhaktapur, j�interpr�te cette cosmogonie sacrificielle elle-m�me comme la projection sociale d�une exp�rience int�rieure��avec une dimension sexuelle inh�rente��de l�adepte tantrique. Dans le quatri�me chapitre, les donn�es de la f�te de Bhairav��� Nuwakot�m�aident � comprendre comment ce paradigme tantrique peut avoir facilit� l�assimilation des �l�ments tribaux�centr�s sur une possession chamanique. Dans le cinqui�me chapitre, j�utilise ces mat�riaux ethnographiques pour reconstruire la dimension royale et cosmogonique de la f�te du mariage de L�x Bhairava�dans la ville sainte de B�nar�s que les N�war eux-m�mes identifient comme lieu d�origine de Bhairava. Finalement, dans la conclusion, les faits observ�s et analys�s dans cette partie m�am�nent � r�examiner la conception de la royaut� dans la tradition n�war, et � proposer une fa�on nouvelle d�aborder le panth�on�hindou.
Les repr�sentations de Bhairava, forme terrible de �iva, sont nombreuses dans la Vall�e de Kathmandou, o� son culte est beaucoup plus vivant et important qu�en Inde aujourd�hui. On trouve des images ou des sculptures de Bhairava aussi bien dans les monast�res bouddhistes que dans les temples hindous. Bhairava r�side �galement dans les maisons, les champs, les terrains de cr�mation, les puits, les croisements de rue et m�me sur les roues des v�hicules.[3] Bhairava est �galement invoqu� dans tous les moments importants de la vie (naissance, mariage, etc.). Une nouvelle maison ne peut �tre construite sans que le nom de Bhairava soit prononc� (Bernier�1979:225). Une femme st�rile honore tout sp�cialement Unmatta Bhairava�dans le temple de Pa�upatin�tha�� Kathmandou. La configuration octogonale des Bhairava connue sous le nom des �huit Bhairava� (afxabhairava) li�e aux �huit (d�esses) m�res� (afxam�t�k�), son importance dans les rituels, a d�j� b�n�fici� d��tudes d�taill�es.[4] Les sp�cialistes du N�pal ont remarqu� cette omnipr�sence de Bhairava, l�ampleur de ses f�tes et parfois aussi les particularit�s de son culte par rapport � l�Inde.[5] A l�abri des invasions d�vastatrices de l�iconoclasme musulman � partir du 12�me si�cle et de l�influence occidentale � dater du 17�me si�cle, le N�pal�a conserv�, jusqu�� maintenant, certaines dimensions du culte perdues depuis longtemps en Inde. Le g�nie n�war a aussi su �laborer le culte de Bhairava en tenant compte de son propre contexte culturel. La dimension royale de Bhairava dans la civilisation n�war illustre d�une fa�on concluante ces remarques.[6]
L�identification de Bhairava�avec le roi hindou existe d�j� en Inde (Sontheimer�1976), mais elle semble avoir �t� �clips�e par sa fonction de gardien de territoire (kfetrap�la) et par son r�le oppos� de dieu transgresseur parmi des sectes extr�mes comme les K�p�lika�ou les Kaula. Dans sa terre natale, ce dieu �populaire� a �t� d�fini surtout par rapport au brahmanisme classique. Le mythe puranique relatant la d�capitation de Brahm��par ce dieu �criminel� qui est le mythe d�origine de Bhairava par excellence en Inde, ne rev�t pas la m�me importance dans la tradition n�war.[7] Ce qui explique aussi que la Bhairav�fxam�, f�te glorifiant cette apparition du dieu brahmanicide, ne soit pas c�l�br�e.[8] Par une lente �volution��qui a �t� sans doute aid�e d�abord par les valeurs de la non-violence (ahiws�), puis par le puritanisme islamique et enfin par l�influence occidentale��le culte de Bhairava en Inde a �t� progressivement r�cup�r� par des brahmanes soucieux de puret�. Ainsi ses principaux temples dans les villes saintes comme B�nar�s, Ujjain�et Haridwar�sont presque tous entre les mains de pr�tres brahmanes. Ce sont eux, on l�a vu, qui dirigent les huit temples de Bhairava � B�nar�s et le temple de K�la Bhairava�� Ujjain. Dans ces temples, ils ne font que des offrandes v�g�tariennes et, parfois et par exception, des offrandes carn�es provenant d�animaux qui ont �t� sacrifi�s ailleurs. La plupart des d�vots de Bhairava viennent � titre individuel l�adorer et chanter ses louanges comme ils le font devant n�importe quel autre dieu de la bhakti. C�est, en effet, cette religion de bhakti qui est la cause de la �normalisation� du culte public de Bhairava.
L�importance accord�e au culte royal au N�pal va de pair avec la conservation d�une �infrastructure� sociale qui d�rive du substrat autochtone de la culture n�war (Toffin�1984:585-93). Nepali�(1988:173-4,299,304) remarque, par exemple, que les Du(n)yeeya(n) [D�y�y�], consid�r�s comme des intouchables�et � peine civilis�s, qui vivent aux marges g�ographiques de la culture n�war, ont �k��a Bhairava�pour divinit� principale. Ils l�appellent �Savva-Dya� ou �dieu des communaut�s tribales� et ce sont eux qui jouent le r�le des danseurs (Sawo Bhaku) pour incarner Bhairava pendant l�Indra Y�tr�, la f�te royale par excellence au N�pal. De telles consid�rations ont amen� ce grand pionnier de l�ethnologie n�war��avec qui j�ai �tudi� cette f�te en octobre 1988��� affirmer que Bhairava est un dieu tribal. Il a raison, si cela signifie que Bhairava a jou� un r�le primordial dans l�hindouisation des divinit�s tribales. Mais ce processus a tellement r�ussi en Inde que les �tapes ant�rieures n�y sont gu�re reconnaissables, au moins dans l�organisation sociale, m�me l� o� la tradition affirme explicitement que le dieu��comme le Jagann�tha�pan-hindou�� est d�origine tribale. Par contre, le syst�me de clans dirig�s par des �a�n�s� (Thak�li) existe toujours parmi les N�war et Bhairava est surtout le �dieu anc�tre� ou �grand-p�re� (�ju-Dya). Il est tout � fait probable que plusieurs dynasties de rois n�war, malgr� leurs noms � r�sonance aryenne, soient d�origine tribale. Ils auraient adopt� la religion (et les moeurs) �aryenne� non seulement � cause de son prestige culturel mais surtout comme le moyen d��tendre et d�affirmer leur pouvoir politique bien au-del� de leurs propres communaut�s d�origine.
Les chroniques n�palaises attestent plusieurs identifica�tions pr�cises entre des rois et Bhairava.[9] Le roi �ivadeva�(1099-1126)��fils de �aqkaradeva�1069-1083 A.D.) qui a restaur� le rituel v�dique de l�Agnihotra�� Patan��est dit �tre l�incarnation d�un Bhairava venu d�Assam. Le roi le plus illustre de la p�riode Licchavi, Aw�uvarman�(605-621 A.D.), dont la ma�trise de la culture brahmanique �tait renomm�e dans l�Inde lointaine, est d�j� cens� avoir br�l� de la chair humaine comme encens devant un Bhairava particulier (Slusser�1982:25-7,337,339). Dans le contexte n�war, le roi est le centre de gravit� de la communaut� socio-religieuse et le c�t� sanglant du sacrifice�repouss� par le brahmanisme classique y est manifeste. Les f�tes de Bhairava dans la tradition n�war sont intimement li�es � la royaut� et impliquent la participation de toute la communaut�. La participation n�est pas � titre individuel mais en fonction de la caste,[10] du savoir-faire ou de d�l�gation royale. Le culte public de Bhairava est surtout entre les mains de pr�tres tantriques, qu�ils soient �aristocrates� (kfatriya), bouddhistes, paysans ou m�me de basses castes comme les Kusle. Quant aux R�jop�dhy�ya�(�brahmanes�de cour�), ils ont une influence beaucoup plus importante que ne pourrait laisser croire leur petit nombre. La valeur de puret� rituelle qui fonde leur rang au sommet de la hi�rarchie n�war hindoue ne les emp�che pas de manger de la viande. Ils sont, en effet, les d�positaires � la fois du tantrisme et du v�disme, et leurs guru r�unissent les deux traditions dans leur personne (Toffin�1989:19-34). �On s�lectionne de pr�f�rence pour cette charge, le thak�li, c�est-�-dire le doyen de l�unit� de parent�, personnage central de la vie socio-religieuse des N�war, li� � la couche profonde du substrat non-indianis� de cette population, peut-�tre un ancien pr�tre tribal� (Toffin�1989:33). Ils ont sans doute jou� un r�le primordial dans l��laboration des cultes royaux o� se trouvent ces deux p�les de la religion hindoue. Apr�s tout, m�me le brahmane �rotriya�n�est pas seulement l��tre pur par excellence, il est surtout celui qui incarne le savoir rituel du sacrifice�v�dique. C�est en raison de cet arri�re-plan sacrificiel, peupl� de tous les grands dieux de l�hindouisme, que les f�tes royales n�war restent profond�ment brahmaniques et m�me v�diques.
Le bouddhisme, la plus grande contestation du mod�le brahmanique, est encore une composante majeure de la soci�t� n�war,[11] � l�oppos� de l�Inde d�o� il a disparu depuis des si�cles. Le Tibet�a adopt� le bouddhisme tantrique de l�Inde et (Vajra-) Bhairava est particuli�rement v�n�r� surtout par la secte des Gelugpa�qui repr�sente l�orthodoxie. L�influence tib�taine, renforc�e par l��change commercial entre Kathmandou�et Lhasa, a jou� un r�le d�terminant dans l�efflorescence du culte de Bhairava au N�pal. En t�moigne la �confusion� entre l�iconographie�des divinit�s bouddhistes comme Mah�k�la�ou Sawvara�et celle du Bhairava hindou (voir cinqui�me partie). Le Vajray�na��tait d�j� l� sous le r�gne d�Am�uvarman�et Vajra Bhairava, autre nom pour Yam�ntaka, est mentionn� dans une inscription Licchavi�de �ivadeva�II (circa 694-705 A.D.).[12] Parmi les tribus en voie d�assimilation aux �grandes traditions�, des Lama�concurrencent des officiants brahmanes pour prendre place � c�t� du pr�tre chaman. Mais le bouddhisme�n�war, qui se d�marque ainsi du Lama�sme, n�a gu�re conserv� les valeurs du renoncement et s�int�gre plut�t � une vie sociale r�gie par des normes hindoues et le souci de puret�. En raison de leur pass� monastique et surtout de leur ma�trise du tantrisme Vajray�na, les pr�tres Vajr�c�rya�jouissent d�un prestige religieux (presque) �gal (m�me parmi les hindous) aux brahmanes R�jop�dhy�ya. Tandis que ceux-ci craignent d�afficher trop ouvertement leur connaissance du tantrisme�radical��ce qui ne ferait que confirmer leur perte de statut par rapport aux brahmanes Parbatiy��(Indo-N�palais)��les Vajr�c�rya, pour qui la d�kf��tantrique reste le point central et culminant de leur vie religieuse, apparaissent comme les vrais d�tenteurs des secrets royaux de Bhairava. D�autre part, m�me � l�int�rieur de la communaut� hindoue il y a une forte concurrence entre Karm�c�rya et R�jop�dhy�ya pour officier dans le culte tantrique (Toffin�1981). Mais qu�il s�agisse des Karm�c�rya ou des Vajr�c�rya, nous assistons ainsi au spectacle d�un tantrisme qui s�ins�re dans le cadre sacrificiel venu de l�Inde classique tout en gardant une certaine autonomie � l��gard des brahmanes eux-m�mes. Il y a une collaboration de facto entre ces sp�cialistes rituels dans le maintien d�un mod�le brahmanique de la soci�t�, face aux tendances centrifuges de ses composantes communautaires. Et malgr� l�opposition entre brahmanisme et bouddhisme sur le plan religieux, ces ph�nom�nes n�war ont beaucoup � nous apprendre sur le vrai r�le culturel du bouddhisme dans le grand processus d�acculturation qui a donn� naissance � la civilisation indienne.
C�est ainsi que les N�war�de la Vall�e de Kathmandou, y compris les bouddhistes, expliquent avec une remarquable unanimit� que Bhairava�est (un roi) venu de Lhasa, mais le plus souvent de B�nar�s�� tel point que Bhairava est souvent appel� K���-Vi�van�tha. L�axe B�nar�s-Kathmandou-Lhasa est une constante dans l�ethnographie de Bhairava au N�pal et, pour en d�montrer la valeur sur le plan conceptuel, je me suis m�me servie du tantrisme tib�tain afin d�interpr�ter la signification de Bhairava dans le grand �terrain de cr�mation� qu�est B�nar�s (voir cinqui�me partie). Le culte royal est encore si vivant parmi les N�war que l�on a pu reconstruire��gr�ce � cette �tude globale de leurs f�tes cosmogoniques��la dimension royale du culte de Bhairava dans sa ville natale au bord du Gange. Bien plus, en confrontant la place de Bhairava dans le panth�on hindou avec le paradigme sacrificiel v�dique, avec la structure du Mah�bh�rata, et avec d�autres donn�es plus g�n�rales de l�anthropologie de l�Inde, j�ai �bauch� un mod�le ambivalent de la royaut� hindoue fond� sur une th�orie de la transgression (Chalier-Visuvalingam 1989:199-205). L��tude ethnographique, que je pr�sente maintenant, aura l�int�r�t suppl�mentaire d�illustrer les m�mes th�ses, cette fois-ci � partir de l�analyse globale et d�taill�e d�un seul culte n�war centr� sur le temple de Pacali Bhairava�pr�s d�un terrain de cr�mation dans le sud de Kathmandou.[13]
Le mythe classique de la d�capitation de Brahm�, canonis�e par les �crits hindous comme les Pur��a, nous a r�v�l� l�essence transgressive du dieu brahmanicide. Les mythologiques de Bhairava, racont�es de vive voix dans chaque ville et village de la Vall�e de Kathmandou�par des N�war provenant de toute strate de la soci�t�, nous fournissent maintenant la clef pour la compr�hension de ses rites et de son emprise sur l��me des n�palais.
Pacali Bhairava, roi de Pharping�(ville au sud de Kathmandou), a
l�habitude de s�enfermer dans une pi�ce de son palais pour manger la tr�s
grande quantit� de nourriture qui lui est n�cessaire, du riz et un bouc. Sa
femme insiste pour venir partager son repas. Le roi accepte mais pr�vient sa
femme qu�il aura une toute autre apparence et qu�elle devra lancer des grains
de riz sur lui pour qu�il retrouve une apparence humaine. Sa femme est
terrifi�e � l�apparition de Pacali Bhairava et s�enfuit.
Bhairava, craignant que ses sujets
le d�couvrent, se r�fugie � l�endroit o� se trouve le temple actuel de Pacali Bhairava. Sa femme tr�buche un peu
plus loin pour devenir Lumarh�-Ajim�, la
dangereuse d�esse Bhadrak�l� dont le temple se trouve sur le bord est du champ de Tundikhel.
Dans une autre version, Pacali Bhairava a l�habitude de quitter Pharping le matin pour aller prendre son bain dans le Gange � B�nar�s et de venir ensuite sous l�apparence d�un beau jeune homme � Kathmandou. C�est ainsi qu�il s�duit une jeune fille de la caste des bouchers (n�p. K�sai), qui gardait sa troupe de cochons pr�s du sanctuaire actuel de Pacali Bhairava. Dans certaines variantes, il est plut�t un agriculteur de caste Jy�p��qui ainsi brise toutes les r�gles de caste. Apr�s quelques temps, celle-ci veut conna�tre l�identit� de son amant. Malgr� sa r�ticence, celui-ci accepte mais il lui demande de jeter imm�diatement des grains de riz d�s qu�elle sera confront�e � sa v�ritable identit�. La jeune fille donne son accord mais oublie quand elle se trouve en face de Pacali Bhairava qui est, en fait, son amant. Elle a peur et fuit. Bhairava la poursuit. Tout ceci se passe la nuit mais le jour commence � poindre et Pacali Bhairava cherche � se dissimuler. Il arrive sur un terrain de cr�mation et s�enveloppe dans une natte de bambou (n�w. pulu) que les N�war utilisent pour mettre leurs morts. Celle-ci avait en effet servi � porter un cadavre aux gh�x de cr�mation. Il n�a pas le temps de dispara�tre totalement sous terre et la pierre qu�on v�n�re aujourd�hui encore est son post�rieur! Une variante explique pourquoi la caste des K�sai�a une relation privil�gi�e avec la divinit� Ga�e�a. En effet, dans cette version, la jeune femme K�sai�s�duite devient enceinte. Sa frayeur � la vue de la forme grotesque de son amant cause la naissance subite de l�enfant, qui est recueilli par les K�sai. Cet enfant se r�v�le �tre, en fait, Ga�e�a qui est v�n�r� par les K�sai du sud de Kathmandou�sous la forme d�une petite statue de bronze attach�e sur l�un des tambours que ces bouchers jouent pendant diff�rentes c�r�monies.
Punya Ratna Vajracarya m�avait racont� une des variantes o� Bhairava�n�est plus un roi mais un agriculteur de caste Jy�p�: Bhairava se prom�ne accompagn� de sa fille Kum�r��et de son fils Ga�e�a durant la f�te de l�Indra Y�tr�. La femme de Bhairava, Ajim��(de caste Jy�p�), est jalouse car elle n�est pas avec eux, elle demande � Bhairava de la promener, elle aussi, autour de Kathmandou. Il y consent mais pas pendant l�Indra Y�tr�. C�est pourquoi durant le Pacali Bhairava Y�tr�, Bhairava se prom�ne avec Ajim� dans Kathmandou. Pendant l�Indra Y�tr�, la Kum�r� est en fait accompagn�e de Ga�e�a�et de Bhairava mais, dans ce contexte, Bhairava (comme Ga�e�a) est un petit gar�on de la caste bouddhiste ��kya, �lu � l��ge de cinq ans (jusqu�� 12 ans). Cette famille ��kya envoie r�guli�rement un plateau d�offrande dans le sanctuaire ouvert de Pacali Bhairava. Nous apercevons d�j� le lien �troit au niveau symbolique entre l�Indra Y�tr� et la f�te de Pacali Bhairava.
Le mot pacali�pourrait �tre une forme corrompue du mot pa�caliqga. A l��poque des Malla�(13-18�me si�cle), cette divinit� �tait connue sous le nom de Pa�caliqge�vara�(ma�tre des cinq liqga) ou Pa�cam�rti Liqge�vara. On suppose m�me qu�il y a cinq liqga cach�s sous la pierre qui est actuellement visible sur l�autel. Le premier guthi�du temple de Pacali Bhairava�dont nous avons connaissance fut constitu� en 1724.[14] Mais pour Slusser�(1982:235,239), Pacali Bhairava aurait �t� plut�t le dieu d�un pa�c�l��de Dakfi�akol�gr�ma, village qui correspondrait en gros � la partie sud de Kathmandou. L�institution pa�c�l� ou pa�c�lik� des Licchavi�(3-9�me si�cle)�� pr�curseur des pa�c�yat�modernes���tait une division administrative dont les membres festoyaient ensemble au nom de leur divinit�. Cette pratique est toujours conserv�e par des associations contempo�raines appel�e pa�ci guthi qui ont la charge de certains Bhairava. Les conceptions socio-rituelles sous-jacentes ne semblent donc pas limit�es au culte de Pacali Bhairava, ni m�me � Bhairava en tant que dieu particulier. Or la �royaut� l�gitime dans le Mah�bh�rata�s�exprime par la structure hi�rarchique interne des cinq fr�res P���ava�dont l�union est symbolis�e par leur femme commune Draupad�-P��c�l��Au N�pal, cette h�ro�ne �noire� (K�f��) est clairement identifi�e avec la d�esse Bhadra-K�l�, l��pouse de (Pacali) Bhairava. Son �poux pr�f�r� est Arjuna, le roi mod�le et fils d�Indra. Il incorpore la totalit� des cinq fr�res, ce qui s�exprime aussi par le fait que sa conque porte le nom de �P��cajanya d�riv� de �cinq tribus� (pa�ca-jana). Le paradigme rituel peut remonter aux origines tribales de la culture v�dique, quand les cinq tribus avaient encore une r�alit� sociale.
L�opposition entre la partie basse (sud) Yaqgala�et la partie haute (nord) Yambu�de Kathmandou�remonte au temps des Licchavi�v�diques, quand le village de Dakfi�akol�gr�ma��tait encore distinct, apparemment plus important et plus peupl�, que le village rival de Kol�gr�ma�au nord (Slusser�1982:87-95). La premi�re r�f�rence � Pacali Bhairava�est une inscription datant de 1333 A.D. qui a �t� d�couverte dans le Maru Sattal ou K�fxha�ma��apa�au centre m�me de Kathmandou (Slusser�1982:147). Ce b�timent en bois, qui marquait l�extr�mit� nord de Yaqgala, y appara�t comme la salle du conseil royal et le temple de Pacali Bhairava. Le dieu est invoqu� comme t�moin d�un trait� politique et comme gardien des fonds d�pos�s en gage dans ce temple. Vers le d�but du 12�me si�cle, on commen�ait d�j� � appeler Yaqgala��ou au moins sa partie nord��K�fxhama��apa d�o� le nom Kathmandou est d�riv�. En 1379, le roi Jayasthiti Malla�fit don de ce Sattal aux asc�tes�N�tha�tr�s li�s au culte de Bhairava (Slusser 1982:367). Leurs descendants, les K�p�lika�ou Kusle�Yogi ont v�cu dans cet endroit jusqu�en 1966, ann�e durant laquelle ils furent expuls�s pour qu�on puisse entreprendre la restauration de ce b�timent. Le K�fxhama��apa abrite toujours une statue de Gorakhn�tha�et est encore associ�, comme on le verra, au culte de Pacali Bhairava. Locke�(1980:434) ajoute que, �Customs still current among the Buddhist Newars of Kathmandu indicate that the building also had Buddhist associations.�
Le sanctuaire ouvert, l�un des plus anciens temples de Bhairava�� Kathmandou, est situ� au sud de la ville moderne pr�s de Tekudoban au confluent des rivi�res B�gmat��et Vif�umat�. Il est tout pr�s du gh�x de cr�mation sur la B�gmat���le Gange de la Vall�e de Kathmandou��et entour� par d�autres terrains de cr�mation non riverains. A l�ombre d�un grand arbre pippal, sur l�autel du sanctuaire ouvert, se trouve une pierre repr�sentant Pacali Bhairava autour de laquelle sont d�autres pierres symbolisant sa suite (photos 59-63). En face de l�autel se trouve le Vet�la�� forme humaine sur lequel les sacrifices sanglants sont effectu�s (photo 64). A cause de la ressemblance de Pacali Bhairava�avec les post�rieurs humains, les gens venus des plaines de l�Inde se moquaient des pratiques sacrificielles des N�war. C�est ainsi que le roi Prat�pamalla aurait fait couvrir la plus grande partie de l�embl�me original ne laissant que cette pierre � la vue des d�vots. Ce qui est ainsi soulign� c�est que Bhairava repr�sente l�impuret�, surtout l�impuret� de la mort.
(i)
Carte 15-1:
Plan du p�xha de Pacali Bhairava
[r�alis� par Niels Gutschow]
1. Bhairava P�xha
2. Vet�la
3. Kfetrap�la
4. Ajim�
5. Raktak�l�
6. Bhairava
7. Kum�ra
8. Ga�e�a
9. Kum�r�
10. �k��a Bhairava
11. Bhelu
12. Mah�k�l�/Mahe�var��(alternativement �veta [Seto] Bhairava�/ Rato Bhairava)
13. �efa N�ga
14. Feu perp�tuel
15. V�suki N�ga
16. Jage��l��[aire sacrificielle]
17. Lakfm� N�r�ya�a
18. Satya N�r�ya�a
a. piliers avec cloches et �p�es (offrandes votives)
b. pilier avec l��p�e de Bhairava
c. tri��la
d. cloches
e. lion
Phalc��1 indique l�endroit o� est tout d�abord d�pos� le vase repr�sentant Pacali Bhairava.
(i) Tableau 15-1: Les diff�rents participants au culte de Pacali Bhairava
Participants
(selon les castes): |
culte quotidien (Pacali Bhairava�p�xha) |
f�te annuelle Pacali Bhairava Y�tr� |
f�te de tous les 12 ans Kha�gasiddhi |
r�sidence � Kathmandou |
|
Maharjan (Jy�p�) agriculteurs hindous douze familles de la
sous-caste Dangol: gardiens � tour de r�le du p�xha�et du dyahche |
L�ain� (Thak�li) du clan est pr�tre (�c�ju) du temple pendant un an |
Son neveu incarne Ajim� Jour quand la famille
change et que les enfants se font ras�s |
Le vase de Bhairava�a �t� alternativement dans
les douze familles Jy�p� |
Jaisideval |
|
M�nandhar (Salmi) �presseurs d�huile� Bouddhistes hindouis�s |
[ont sans doute particip�
auparavant] |
Ils �rigeaient un m�t avant
et portent encore des torches. Leurs enfants se faisaient tondre les cheveux. |
|
|
|
��kya, caste bouddhiste d�orf�vre, etc. qui ont re�u leur premi�re
initiation. Envoie un gar�on �g� de cinq ans repr�sentant Bhairava�pour le festival royal d�Indra |
nettoie le vase de Pacali Bhairava trois fois durant l�
ann�e. La famille envoie r�guli�rement des offrandes. |
|
|
|
|
Juju��roi� (descendant des anciens
Vai�ya�Th�kur�) M. Man Singh |
Envoie seulement le samedi
un plateau de p�j�. [propri�taire du temple de Bhimsen] |
Patron de la f�te annuelle:
il vole le vase de Pacali Bhairava des Jy�p�, accomplit la kasi p�j�, m�ws�huti�etc. |
porte l��ventail pour le
roi de la dynastie Shah |
Kva B�h� Bhimsentol |
|
Karm�c�rya pr�tre tantrique �refxha�(division Chathar�ya) |
|
Il (son r�le �tait avant
assum� par un Jo�i) dirige toutes les p�j��pour le Juju� |
t�moin |
Kohiti (ou Jaisideval) |
|
Sth�pita�(sous division de la caste
commer�ante des Tul�dhar, bouddhiste) Ratna Panna |
|
assistant du Juju�et du Karm�c�rya/ co-patron? |
t�moin |
Makhan tol |
|
Kum�r� �d�esse vierge� de la caste bouddhiste ��kya |
|
Observe impassible un
sacrifice de buffle devant le palais royal |
|
Kum�r�ghar Hanuman Dhoka |
|
Citrak�r�3 groupes de peintres
bouddhistes |
� |
tous les 3 participent: le
vase de Pacali Bhairava est envoy� � Jaisideval.
Lave le vase avec des fruits s�ch�s, nourrit Bhairava�et repeint les yeux de Pacali Bhairava sur le vase |
Prem Citrak�r pr�pare les masques pour les danseurs M�l�k�r�neuf mois avant. |
a) Jaisideval b) Votu tol |
|
M�l�k�r�(Gathu) �jardiniers� |
|
jouent de la musique
sp�ciale sacr�e � Bhairava�durant les rituels et suivent
la procession du vase de Pacali Bhairava jusqu�� la porte du palais royal |
Le danseur Bhairava�(ou K�l�) �change une �p�e avec le roi. Ils accomplissent des danses de Navadurg��pendant neuf mois. |
Bhurunkela ( au pied du st�pa de Svayambh�n�tha) |
|
K�sai(Kha�gi) �bouchers�. Hindou. Purna Bahadur Ganesha |
Participe dans les rituels
du temple de Bhimsen�appartenant au Juju. |
incarne Ga�e�a�et d�coupe les victimes
sacrificielles dans ses bras. Entre en transe avec Ajim�. |
N�accomplit plus de
sacrifices |
Hyumat |
|
R�jop�dhy�ya��brahmane de Cour�
(originellement de Bhaktapur�(hindou) habite maintenant
dans le Brahma tol
(quartier). |
|
|
Subventionne la danse
comique du dieu v�g�tarien �veta Bhairava |
Brahm��tol |
|
Vajr�c�rya�(Gubhaju) pr�tres bouddhistes a) Badri Ratna Vajracarya |
accomplit une p�j��tous les jours |
accomplit des p�j��pour des familles |
dirige la kha�gasiddhi |
Mah�bauddha Mus� B�h� (Brahm� tol) |
|
Dynastie
royale des Shah Gorkha r�gnant depuis la conqu�te de la Vall�e de Kathmandou�des Malla�par Prithvi Narayan en 1769. Birendra
Bikram Shah (1972 jusqu�� maintenant). |
|
Envoie une �p�e royale de
l�ancien palais Malla�� Hanuman Dhoka et
fournit un jeune buffle pour le sacrifice |
Subventionne les danses Navadurg��et �change d��p�es avec Bhairava�ou Bhadrak�l� |
|
(i) Carte 15-2: Principaux lieux se rapportant au culte de Pacali Bhairava
[carte r�alis�e par Niels Gutschow]
��A Kathmandou, les agriculteurs Jy�p� qui repr�sentent encore presque un tiers de la population de la vieille ville sont r�partis spatialement en quatre secteurs associ�s chacun � un temple particulier: Svayambun�tha (Simbu) et Lutimaru Ajim� au nord-ouest, Bhadrak�l� au sud-est et Pacali Bhairava au sud� (Toffin�1984:485). Les principaux d�vots de Pacali Bhairava sont les Jy�p� de sous caste Dangol�et les presseurs d�huile (M�nandhar) qui habitent le sud de Kathmandou. A un niveau quotidien les Jy�p� sont les plus impliqu�s puisqu�ils gardent le sanctuaire ouvert. Le pr�tre �tantrique� (�c�ju) qui officie � ce niveau quotidien n�est autre que l�a�n� (Thak�li) de la famille actuellement en charge du sanctuaire ouvert. �Dans les zones urbaines ou semi-urbaines de la Vall�e de Kathmandou, le mot �c�ju�d�signe soit une sous caste n�war de haut statut (= les Karm�c�rya), soit certaines sections de Jy�p� ayant re�u une cons�cration tantrique�� (Toffin�1984:82, note 12). Les rituels quotidiens sont accomplis, matin et soir, par les gardiens agriculteurs et par un pr�tre bouddhiste.[15] On offre, entre autres, surtout des oeufs, des volailles et m�me des boucs � Pacali Bhairava, mais les animaux ne sont jamais sacrifi�s sur son autel mais seulement par l�interm�diaire du Vet�la�(Slusser�1982:337,362). Les samedis, un plateau d�offrande de la maison du Juju�est apport� dans le sanctuaire ouvert pour le rituel quotidien. Des rituels sp�ciaux sont aussi c�l�br�s durant le huiti�me jour de Dasain�(Mah�-Afxam�) et pour la P�care�ou Pi��ca-caturda��, f�te de trois jours commen�ant le quatorzi�me jour de la quinzaine noire du mois de Caitra�(mars-avril).
Dans la tradition n�war, les divinit�s ont, en g�n�ral, deux temples. L�un est situ� en dehors de la ville, la divinit� est alors v�n�r�e dans un sanctuaire ouvert appel� p�xha. L�autre se trouve � l�int�rieur de la ville, la divinit� est honor�e dans un sanctuaire ferm� appel� en n�wari dyahche�(Slusser�1982:326). On verra que Pacali Bhairava�est repr�sent� par un vase (n�w. tepa ou kom) contenant une boisson enivrante dans le sanctuaire ferm� (photo 67-69). Son gardien doit faire un rituel chaque cinqui�me, sixi�me et septi�me jours du mois et aussi durant le Tih�r, f�te de cinq jours commen�ant le treizi�me jour de la quinzaine noire du mois de K�rttika�(octobre-novembre). Les ��kya�(caste bouddhiste) ont la charge de nettoyer le vase trois fois dans l�ann�e pendant les f�tes Tih�r, Gha�xakar�a�et P�care. A c�t� du vase de Bhairava, un bol ovale en argent appel� p�tra khola, qui repr�sente sa femme Ajim�, est aussi ador� par la m�me famille. Le dyahche�qui abrite la repr�sentation de la divinit� pour un temps limit� est, parfois, confondu avec l��g�che.� L��g�che est aussi un sanctuaire ferm� � l�int�rieur de la ville o� est gard�e la kuladevat��ou divinit� lignag�re mais pour une dur�e illimit�e. �La seule diff�rence entre �g�che et dyahche, c�est que dans le premier cas la divinit� ne sort pas de son temple, alors que dans le second elle est expos�e aux yeux de tous une fois l�an pendant son transport en procession jusqu�� un temple (p�xha) situ� en dehors de la localit�.�[16] L��g�che de Pacali Bhairava se trouve, en fait, dans la maison du Juju�(photo 66).
Selon Babukaji Vajracarya de Mus� B�h�, l�actuel pr�tre bouddhiste, l�instauration de son rituel est tardive. Elle remonterait seulement au r�gne de Juddha Samser de la dynastie R��� 1934). Il me semble n�anmoins que la relation des bouddhistes avec le sanctuaire ouvert de Pacali Bhairava�est beaucoup plus ancienne. Badri Ratna Vajracarya m�a confirm�, en effet, qu�ils associent cette divinit� � Svacchanda (Lalita) Bhairava. Ayant pr�cis� que les Tantra�du Mantra-p�xha soulignent le cot� masculin tandis que ceux du Vidy�p�xha favorisent le cot� f�minin, Sanderson�(1988:669) explique: �The basic cult of the Mantr�p�xha is that of Svacchanda-Bhairava (�Autonomous Bhairava�) also known euphemistically as Aghora (�the Un-terrible�). White, five-faced (the embodiment of the five Brahma mantras) and eighteen-armed, he is worshipped with his identical consort Aghore�var�, surrounded by eight lesser Bhairavas within a circular enclosure of cremation grounds. He stands upon the prostrate corpse of Sad��iva, the now transcended �iva-form worshipped in the �aiva Siddh�nta.� De nos jours, ce pr�tre bouddhiste (photo 65) accomplit seulement le rituel quotidien du matin apr�s celui des agriculteurs. Babukaji �n�a aucun r�le durant la f�te annuelle. Pendant la f�te de tous les douze ans, les M�l�k�r�viennent n�anmoins danser autour de sa demeure.
Malgr� le fait que le culte r�gulier soit surtout l�affaire des agriculteurs Jy�p�, Pacali Bhairava jouait un r�le important dans la vie rituelle de ces (anciens) presseurs d�huile. Ils sont bouddhistes et emploient un Vajr�c�rya�comme pr�tre, ce qui ne les emp�che pas d��tre fortement hindouis�s et de rendre un culte � toutes les divinit�s hindoues (Nepali�1988:171). Jusqu�� assez r�cemment, ils rasaient encore les cheveux de leurs fils dans le p�xha�le cinqui�me jour de la f�te annuelle, rite de passage par lequel ils devenaient adultes pour �tre int�gr�s � leur caste. Ratna Bahadur Manandhar m�a expliqu� que les M�nandhar�portent toujours les torches pour �clairer la route de la procession annuelle de Pacali Bhairava. Selon toffin (1984:580), un masque de Bhairava, leur �g� dya ou divinit� lignag�re v�n�r�e seulement par les initi�s, change de r�sidence tous les ans, passant successivement dans la maison des membres de guthi. Cela correspond bien avec ce qui ce passe pour le vase de Bhairava chez les Jy�p�. Jusqu�en 1885, les presseurs d�huile �taient une caste impure et leur propre version de l�histoire associe leur m�tier avec la mise � mort (accidentelle) d�un enfant. Il n�est donc pas �tonnant qu�ils soient invit�s � jouer de la musique pendant des processions fun�bres (Toffin�1984:160, note 36). Ce sont les M�nandhar�qui �l�vent le m�t d�Indra�� Kathmandou�pendant la f�te royale d�Indra Y�tr��et ce sont eux, aussi, qui le tra�nent apr�s la f�te au gh�x de cr�mation tout pr�s du p�xha�de Pacali Bhairava.
Durant cette f�te annuelle, le vase repr�sentant Pacali Bhairava gard� dans le sanctuaire ferm� sera d�plac� le quatri�me jour jusqu�au sanctuaire ouvert (p�xha). A la fin de la f�te, la nuit du cinqui�me jour, Pacali Bhairava�sera d�pos� dans un sanctuaire ferm� diff�rent o� il restera une ann�e. En effet, il y a douze sanctuaires ferm�s (dyahche), tous appartiennent � des agriculteurs (Jy�p�) du sud de Kathmandou. Sur une rotation de douze ans, les Jy�p� sont, d�abord, des gardiens du sanctuaire ouvert de Pacali Bhairava pendant une ann�e. Ensuite, ils prennent la charge de garder le vase repr�sentant Pacali Bhairava dans le sanctuaire ferm�. Ce vase sur lequel est incrust� une repr�sentation de Bhairava est en bronze, tr�s lourd � porter, mesurant un m�tre vingt de diam�tre (photos 68-69). L�a�n� (Thak�li) de la famille Jy�p� qui le garde doit accomplir le rituel quotidien dans le sanctuaire ferm� pendant une ann�e.
La f�te annuelle de Pacali Bhairava commence pendant la premi�re journ�e de la quinzaine claire du mois d���vina�(septembre-octobre).
Premier jour: D�part du vase repr�sentant Pacali Bhairava�(photo 67) du sanctuaire ferm� pour la maison des peintres (Citrak�r). A la tomb�e de la nuit, on assiste au rituel pour prendre cong� de la divinit� (skt. visarjana-p�j�) dans le sanctuaire ferm� dans le quartier de Jaisideval. Les Jy�p��transportent le vase chez les peintres de ce quartier, o� il restera jusqu�au quatri�me jour.
Troisi�me jour: Rituel d�invitation (skt. nimantra�a-p�j�) (photo 70). Tard dans la soir�e du troisi�me jour, le Juju�accompagn� par le Karm�c�rya et le Sth�pita, quitte sa maison pour le sanctuaire ouvert de Pacali Bhairava. Le Karm�c�rya, avant d�y p�n�trer, accomplit des rituels pour inviter les divinit�s environnantes en commen�ant par Ga�e�a. Ensuite il va dans l�enceinte m�me du sanctuaire ouvert et invite �veta Bhairava�(voir plan du temple). Puis il fait un rituel d�invitation � l�endroit (n�w. phalc�, abri) o� sera d�pos� tout d�abord le vase. Le Karm�c�rya� continue ces rituels d�invitation en se d�pla�ant dans l�aire sacrificielle, puis arrive � l�autel o� il proc�de � un rituel plus �labor� auquel le Sth�pita et le Juju doivent participer. Le Sth�pita doit, entre autres, laver � l�aide de trois citrons (n�w. tasi) les divinit�s situ�es sur l�autel. Le Karm�c�rya trace avec de la farine color�e (n�w. potai) un diagramme. Ensuite il d�pose autour de celui-ci des galettes de riz (n�w. chatamari) et des c�nes de farine (n�w. goja) sur l�autel. Puis le Karm�c�rya accomplit l�offrande de feu (�rati). La partie centrale de l�autel est couverte de fleurs (n�w. kanasva). Les offrandes pr�sent�es sur l�autel sont ramass�es par les gardiens du sanctuaire. Ceux-ci offrent du b�tel au Juju. Ensuite le Juju, le Sth�pita, le Karm�c�rya s��loignent du sanctuaire ouvert (direction nord) et accomplissent le rituel de cong� (skt. visarjana p�j�) pour terminer le rituel d�invitation.
Ce rituel doit se d�rouler dans l�enceinte du Macal�-p�xha. Macal��est, en fait, Matsye�var��ou �Ma�tresse des poissons� identifi�e aussi
� l�une des trois Siddhilakfm�. Au N�pal, il y a trois Siddhilakfm�, celle-ci donc, puis une � Bhaktapur�pr�s du temple d��k��a Bhairava�et enfin la troisi�me, P�r�aca����� Patan. �The
Newars, who maintain the early traditions of the region, preserve [Guhyak�l��s] link
with the Northern Transmission. For them Guhyak�l� is the embodiment of that branch of Kaulism. Linked with her in this
role is the white Goddess Siddhalakfm� (always written Siddhi-Lakfm� in
Nepal) one of the apotropaic deities (Pratyaqgir�) of the Jayadrathay�malatantra and the patron goddess of the Malla Kings (1200-1768) and their
descendants� (Sanderson�1988:684).
Pendant la pleine lune du mois de M�gha�(janv�f�vrier), les M�nandhar�du sud de Kathmandou�ainsi que le Juju�font la p�j��aux anc�tres (div�l�) dans l�enceinte du temple de Macal�. Il y a sans doute une relation
�troite��que j�esp�re pouvoir approfondir ult�rieurement��entre Macal� et Pacali Bhairava, d�autant plus que le
manuel de p�j� (paddhati) utilis�e par le Karm�c�rya s�intitule �Macal� Pacali Yaj�a Vidhi.� Selon Sanderson,
le culte de Pacali Bhairava/Ajim�/Macal�-Siddhilakfm� serait un culte
exot�rique � l�oppos� du culte �sot�rique de Svacchanda Bhairava/Aghore�var�.[17]
Quatri�me jour: Au d�but du si�cle��et peut-�tre m�me plus tard (Nepali�1988:347)��la f�te annuelle de Pacali Bhairava proprement dit commen�ait apr�s ces pr�parations par l��l�vation d�un m�t (liqga) �norme �rig� par les peintres, plus tard par les agriculteurs, dans l�enceinte du sanctuaire ouvert. Ceci a maintenant disparu. Le vase est d�abord transport� dans la maison du Juju, puis jusqu�au sanctuaire ouvert.
Vers sept heures du soir, le vase a �t� apport� de la maison des peintres chez le Juju. On dit que le Juju�a �vol� ce vase. Il proc�de � une c�r�monie de bienvenue � son arriv�e. Plus tard, le Juju quitte sa demeure en compagnie de son Karm�c�rya� et d�un assistant qui tient un grand parasol rouge, attribut royal du Juju, et d�un autre assistant qui porte le mat�riel du rituel. Ce groupe se dirige vers le temple d�Axko N�r�ya�a�au sud du K�fxhama��apa.
Ce temple est ferm� et le rituel est accompli par le Karm�c�rya� devant les grilles du temple (photo 71). Le mythe d�origine de ce temple est le suivant: La femme du roi �iva Malla�I voulait visiter les quatre temples de N�r�ya�a�de Kathmandou�mais c��tait trop difficile pour elle. Elle r�va de N�r�ya�a qui lui ordonna de b�tir un nouveau temple d�di� � N�r�ya�a, celui d�Axko N�r�ya�a. Ce temple symboliserait ainsi les quatre autres temples de N�r�ya�a. Axko signifierait en n�wari �nouveau� (?). C�est le temple de N�r�ya�a le plus important dans le sud de Kathmandou. Exactement au moment de l��rection du m�t d�Indra�� Hanuman Dhoka, le Juju�faisait �riger un m�t��le m�me qui sera �rig� dans l�enceinte de Pacali Bhairava��dans l�enceinte d�Axko N�r�ya�a. Il a arr�t� cette pratique depuis une vingtaine d�ann�es. On dit aussi qu�Axko N�r�ya�a est le fils de Pacali Bhairava. Le vrai pr�tre du temple, Narayana Gopal Rajopadhyaya, ne joue aucun r�le et ne participe pas au culte r�gulier de Pacali Bhairava. N�r�ya�a est, en effet, la forme pure et brahmanique de Vif�u�(Toffin�1984:424).
Quand ce rituel est termin�, le Karm�c�rya et le Juju�se dirigent vers l�autre c�t� de la rue, en face du temple d�Axko N�r�ya�a. Deux hommes de la caste des porteurs (bhamba) apportent un grand r�cipient en cuivre appel� kasi�(photos 72-73) �a small earthen pot used for storing grain or various kinds of food� (Manandhar 1986:27). Le Karm�c�rya trace alors un diagramme sur lequel il d�pose le kasi (qui appartient au Juju) et accomplit un rituel durant lequel les K�sai�jouent de la musique. Ensuite, le kasi�est port� par les deux porteurs vers le K�fxhama��apa, ils doivent faire trois fois la circumambulation autour de Bh�te�vara. Ce �Ma�tre des esprits� est une pierre (photo 95) qui se trouve en face du K�fxhama��apa et consid�r�e comme une manifestation de Pacali Bhairava. Puis avant de parvenir au sanctuaire ouvert de Pacali Bhairava, ils doivent aussi faire la circumambulation de �veta Bhairava�dans le Brahm� tol, pr�s de Lagan (voir carte supra.). Avant d�atteindre Hyumat, le Juju�doit s�arr�ter � un endroit particulier jusqu�� ce que les porteurs du kasi�le rejoignent. C�est l� que s��tait bris�e la jarre en argile de Pacali Bhairava, que le roi �ivasimha Malla�a fait refabriquer en bronze. Ensuite le Juju, avec son assistant qui tient le parasol, marche vers le sanctuaire ouvert.
La seule description de cette kasi p�j��est donn�e par Nepali�(1988:347�8): �But the actual festival starts on the fifth, with the ritual of Ka(n)-Joshi-Bwake-gu, in which a copper vessel kasi, large enough to accomodate four persons, is worshipped by an Achaju priest. In the former days there was a strange custom of selecting a Joshi who was one-eyed. The Joshi was carried in the copper vessel to a place known as Bhutisa, near the Gorakh-n�tha temple, in the heart of the city. From Bhutisa, the one-eyed Joshi was carried to the temple of Pacali Bhairava at the southern end of Kathmandu town. Now a days only the copper-pot is worshipped during which streams of water are kept flowing into it from four clay vessels called Ampah.�
Quand le Juju�arrive dans le sanctuaire ouvert, le vase de Pacali Bhairava�a d�j� �t� d�pos� sous un abri (n�w. phalc�, voir carte du temple). En effet, pendant que le Juju�accomplit le rituel � Axko N�r�ya�a�et au kasi, les Jy�p��restent seuls dans sa maison et �volent� ce vase. Apr�s l�arriv�e du Juju, les porteurs avec le kasi�surviennent et le jettent tr�s brutalement sur le Vet�la�� forme humaine. Ce kasi est ensuite mis de c�t� et redonn� au Juju. Sous l�abri du temple se trouve donc le vase de Pacali Bhairava�et � sa gauche (si on regarde en face du vase) est plac� le petit bol en argent (p�tra-khola) repr�sentant Ajim�.
Ensuite le Juju�doit attendre l�arriv�e du Sth�pita�et des M�l�k�r. Tout d�abord le Sth�pita arrive oscillant sous le poids de deux gros paniers qu�il porte aux extr�mit�s d�un balancier sur son �paule. A l�arriv�e des M�l�k�r, le Karm�c�rya, assis en face de l�autel, commence un rituel. A sa droite se tient le Sth�pita, � sa gauche le Juju. Le Sth�pita lave toutes les divinit�s autour de l�autel avec trois pots diff�rents, et la troisi�me fois il introduit un citron (tasi) dans le pot.[18] Les musiciens M�l�k�r jouent sans cesse. A la fin de ce rituel, le vase repr�sentant Pacali Bhairava est retir� de l�abri et apport� sur l�autel ainsi que le petit vase repr�sentant Ajim��transport� par le Thak�li�des gardiens du sanctuaire. Le Vet�la�sauf la t�te est recouverte de fleurs kanasva On chante en l�honneur de Pacali Bhairava. Il y a un r�pertoire bien d�fini de chants consacr�s � Bhairava qu�il faudrait pouvoir �tudier. C�est � ce moment-l� que le changement de gardiens s�effectue. Les gardiens, qui ont gard� le sanctuaire ouvert pendant toute l�ann�e, prennent alors en charge pour une ann�e le vase de Pacali Bhairava. Tandis que d�autres gardiens sont charg�s du sanctuaire ouvert. C�est le Sth�pita�(photo 74) qui doit placer rituellement le vase sur l�autel. Nepali�(1988:348) remarque bien que Pacali Bhairava doit attendre l�arriv�e de la procession de Ka(n)-Joshi-Bwake-gu avant d��tre install� sur son autel.
Apr�s le rituel sur l�autel du sanctuaire ouvert sans le vase de Pacali Bhairava, le Karm�c�rya en pr�sence du Juju�et du Sth�pita�accomplit un rituel avec le vase sur l�autel. A la fin de celui-ci, les nouveaux gardiens du sanctuaire installent du bois dans l�aire sacrificielle pour le homa. Auparavant le Sth�pita doit remplir ce vase de bi�re et d�un m�lange de riz et de viande (n�w. samay). Selon Slusser�(1982:238), le contenu de l�ann�e pr�c�dente a �t� vid� � Pa�canad� (litt�ralement �cinq fleuves�), un des neufs endroits auspicieux sur la rive de la B�gmat��o� les p�lerins se baignent pendant le Dasain. Le vase de Pacali Bhairava est, ensuite, scell� par le Sth�pita. Toutes sortes de vertus sont attribu�es � ce m�lange.
C�est le tout d�but de la matin�e maintenant, il y a une foule consid�rable. Le Sth�pita�allume le feu du homa. Ganesha Purna Bahadur (K�sai) qui incarnera le soir m�me Ga�e�a, fils de Pacali Bhairava�et d�Ajim�, commence � sacrifier des boucs. Il doit les sacrifier dans ses bras (photo 75) et la musique (Nepali�1988:245) est alors jou�e par les K�sai. Ganesha Purna Bahadur, l�animal dans ses bras, coupe d�abord la veine jugulaire de l�animal et, ensuite, tranche la t�te. Celle-ci est donn�e au Sth�pita�qui la d�pose sur un plateau plein de riz pr�s du Karm�c�rya. Deux boucs sont, en fait, sacrifi�s, il y aura donc deux t�tes d�pos�es pr�s du Karm�c�rya. Mais selon les d�vots de Pacali Bhairava��qui ne peuvent me l�expliquer��il y aura en r�alit� trois t�tes de victimes sacrificielles. Ces t�tes sont jet�es en dernier dans le feu. Le Sth�pita, au fur et � mesure du d�coupage effectu� par le K�sai�(photos 76-77) jette les morceaux des victimes sacrificielles dans le feu; ce qui explique pourquoi ce homa est appel� M�ws�huti�(offrande de viande). Le Juju�ne lance que des grains de riz. Le Karm�c�rya (photo 78) en m�ditant sur les instruments du homa, le termine et d�pose une x�k� faite de la suie de la cuill�re sacrificielle sur le front du Juju, du fils de celui-ci, du Sth�pita�et de l�ethnologue! Les cendres du homa sont jet�es dans la B�gmat�. Simultan�ment des sacrifices sanglants sont accomplis par les nouveaux gardiens sur le Vet�la. Le Juju donne alors une dakfi�� au Karm�c�rya. Le Sth�pita donne des galettes de riz au Juju�et au Karm�c�rya. Selon Ganesha Purna Bahadur, le feu du homa est �vol� par les Jy�p��pour �tre apport� dans le temple de S�k�l� � Khokana�pr�s de Patan.
Selon Anderson�(1975:160),
il s�agissait d�un buffle dont le sang �tait vers� sur le vase, sur l�aire
sacrificielle, et tout autour de l�autel, comme offrande � Pacali Bhairava. La t�te
coup�e �tait offerte � Agni, le dieu
du Feu v�dique, et les autres morceaux �taient jet�s dans le feu, un par un, au
nom des autres dieux. J�ai pu observer qu�il ne s�agissait que de boucs. Selon
un informateur, le guthi�qui devait fournir un buffle au moment de
l��rection du m�t autrefois n�existe plus. Le feu perp�tuel pr�s de l�autel de Pacali Bhairava doit �tre reli� au r�le
jou� par le Bhairava tantrique dans l�Agnihotra��v�dique� � Patan�(Slusser�1982:266).
Contrairement � la M�ws�huti, ce feu
sacrificiel du pr�tre R�jop�dhy�ya, qui est plut�t l�incarnation de Mitra-Varu�a, ne
re�oit que des offrandes pures (v�g�tales). Le Prof. Witzel, � qui je dois ma
connaissance de l�Agni��l�,
explique aussi qu�on a d� b�tir une barri�re pour emp�cher B�gh Bhairava�de Kirtipur�d��teindre, par son regard f�roce, le feu
b�n�fique de l�Agnihotra. Agni�est toujours ador� sous forme
d�une image d�moniaque � Svayambh�n�tha, o� un feu perp�tuel �tait aussi maintenu au d�but du 19�me si�cle.
D�autre part, l�Agnihotrin�de Patan, quand
il est sur le point de mourir, est encore apport� dans son Agni��l��pour y rendre son dernier souffle. Bhairava repr�senterait ainsi
l�aspect funeste du feu sacrificiel, celui qui se manifeste, entre autres,
comme mangeur de cadavres. Apr�s tout, le �deux fois n� (se) sacrifiait
r�guli�rement au feu v�dique afin de pouvoir rena�tre apr�s sa mort du b�cher
fun�raire. Il y a encore un demi-si�cle un feu perp�tuel �tait maintenu dans le
palais royal de Hanuman Dhoka�d�o� les citoyens pouvaient
emprunter sa flamme, et Aw�uvarman�nous parle d�j� d�une Agni��l��dans le palais M�nag�ha. (Pacali) Bhairava��comme nous le verrons � la
fin de l�Indra Y�tr���est le feu (de la Conscience)�d�o� rena�tra le roi
sacrifiant.
Le matin du cinqui�me jour, les Jy�p��(photos 80-81) vont avec leurs enfants, surtout avec leurs fils, dans le sanctuaire ouvert. Il s�agit du m�me rite de passage, conduisant � l��tat d�adulte, que j�ai d�crit pour les M�nandhar. Ceux-ci ont cess� de le faire depuis une dizaine d�ann�es. Ils pr�sentent diff�rentes offrandes � Pacali Bhairava, demandant protection pour leurs enfants. Les gardiens Jy�p� de Pacali Bhairava sacrifient sur le Vet�la�des volailles offertes par les d�vots. Les K�sai�continuent � sacrifier des boucs.
Dans la nuit du cinqui�me jour, une foule nombreuse se trouve dans le sanctuaire ouvert quand arrive un groupe d�infanterie Gorkha, escortant l��p�e du roi, gard�e normalement dans le palais des Malla�� Hanuman Dhoka. Ensuite le groupe des musiciens M�l�k�r, dirig� par Laksmi Narayana Malakar, arrive. Plus tard les musiciens K�sai�surviennent. Ils accompagnent Ga�e�a, le fils de Pacali Bhairava et de N�y Ajim��(N�y n�w. = K�sai n�p.), incarn� par Ganesa Purna Bahadur. On d�signe aussi Ga�e�a�sous le nom de N�y Ajim�, la concubine de Pacali Bhairava. Ajim� est le terme g�n�ral, en n�wari, pour d�signer l�aspect f�minin de la divinit� (Toffin�1984:chap. XVII). La procession K�sai s�arr�te avant d�entrer dans le sanctuaire et attend le moment astrologiquement auspicieux pour la r�union p�re-fils. Le moment venu, les musiciens M�l�k�r vont accueillir les K�sai�et accompagnent Ga�e�a�aupr�s de son p�re. La manifestation rituelle de jalousie entre la �vraie�(P�tra Khola) Ajim�, v�tue de noir,[19] et N�y Ajim�, v�tu de blanc, s�exprime par des altercations entre le groupe des Jy�p��et des K�sai, suivies de l�in�vitable r�conciliation. On remue violemment le vase de Pacali Bhairava�quand la petite statue de Ga�e�a prend place � son c�t�, signe que Ga�e�a�(ou N�y Ajim�) est enfin arriv�(e). �Purna Bahadur s�assoit pr�s de Bhairava sur l�autel � c�t� de la pierre qui est la repr�sentation permanente de Ga�e�a (voir carte du temple).
Apr�s quelque temps l��p�e du roi est plac�e pr�s de l�autel, l�a�n� (Thak�li) des Jy�p��re�oit une x�k� du repr�sentant du roi, puis tous les membres du guthi. Ajim�, les yeux mi-ferm�s et �videmment en �tat de transe, est ensuite emmen�e��plut�t port�e��d�un b�timent voisin jusqu�� l�autel. Les gardiens Jy�p� qui ont pris la veille la charge du sanctuaire ouvert pour une ann�e mettent un m�lange de riz et de viande (n�w. samay) sous les aisselles d�Ajim��et de Ga�e�a qui entre alors en transe. On r�p�te qu�Ajim��n�est pas la v�ritable m�re de Ga�e�a, mais seulement sa belle-m�re.
La procession dirig�e par le groupe d�infanterie Gorkha�(photo 88), suivie du repr�sentant du roi portant l��p�e (photo 82), de Ga�e�a�(photo 83), d�Ajim��(photo 84) tenant le p�tra-khola�et enfin du vase de Pacali Bhairava port� par des Jy�p�, s��branle vers Hanuman Dhoka. C�est le groupe des M�l�k�r�(photo 87) qui termine cette procession. Ils ne cessent de jouer. Leur musique fait partie du rituel et elle est indispensable � Pacali Bhairava. La route de cette procession est celle repr�sent�e sur la carte de la page suivante. Durant celle-ci, les M�nandhar�et les Jy�p� du sud de Kathmandou�disposent devant leur maison des statues de Bhairava faisant h�thuhayegu, acte rituel pour faire couler de la bi�re de riz de la bouche de Bhairava. Ceux qui attrapent les petits poissons mis auparavant dans la bi�re sont consid�r�s particuli�rement b�nis par le dieu (Nepali�1988:368; Anderson�1975:135). Les Jy�p�, K�sai�et M�nandhar�boivent en effet d��norme quantit� d�alcool pendant toute la dur�e de la f�te. Les participants sont tr�s ivres et agressifs.
La procession arrive � Hanuman Dhoka o� se trouve le palais
des Malla. On note l�arriv�e discr�te de la d�esse Kum�r�, incarnation de la divinit� tut�laire des anciens rois Malla�(Allen�1975;
Toffin�1984:474) (photos 91-92). Ajim��et Ga�e�a�s�arr�tent un long moment
devant les portes closes du palais. Finalement un tr�s jeune buffle est offert
de la part du roi. Les gardes du palais le jettent brutalement par la porte du
palais qu�ils referment aussit�t. Le buffle est imm�diatement sacrifi� par les K�sai�et le sang gicle sur Ajim��(photo 90). Il y a alors une
dispute violente entre les K�sai�et les Jy�p��au sujet de l�acquisition de la victime
sacrificielle. Ce sont les Jy�p� qui l�emportent, ils retiennent la t�te et tra�nent ce buffle sur le
sol jusqu�au nouveau sanctuaire ferm�. Les Jy�p� se servent de cette occasion
pour r�gler impun�ment leurs comptes � leurs ennemis. Ensuite les Jy�p�, transportant le vase de Pacali Bhairava�(photo 89), s�arr�tent un
moment devant la Kum�r� et la v�n�rent. Puis la Kum�r�, la �fille� de Bhairava, retourne dans sa demeure. Le vase de Pacali Bhairava est lentement amen� vers sa
nouvelle demeure (dya�che) o� l�a�n� de la famille des agriculteurs qui a la charge de ce
sanctuaire ferm� pour une ann�e, accomplit le rituel d�accueil quand il re�oit
le vase et le p�tra-khola�(photo 94).
Anderson�(1975:163)
d�crit une grande p�j��avec sacrifice de plusieurs boucs et de
buffles, donn�s par le roi du N�pal, au moment de l�arriv�e du vase � Hanuman Dhoka. Le sang de ces
victimes sacrificielles �tait bu par des danseurs habill�s en Bhairava, Kum�r�, etc. Je n�ai pas observ� de choses semblables. Il est difficile de
comprendre comment les M�l�k�r�auraient pu jouer ce r�le, m�me l�ann�e
durant laquelle on c�l�brait aussi la f�te de tous les douze ans, car leur
masques ne sont consacr�s que quatre jours plus tard durant la navam�.�Rappelons toutefois qu�il y a un rituel
sp�cial dans le sanctuaire ouvert (p�xha-p�j�) chaque
ann�e le huiti�me jour de Dasain�(Mah�-Afxam�). Chacun
des premiers huit jours de Dasain�sont consacr�s � une des huit d�esses-m�res (Afxam�t�k�) et les
c�l�brations comportent souvent des danses locales, comme celles qui se
d�roulent devant le palais royal � Patan�(Anderson�1975:145-6).
Il est donc probable qu�il s�agissait d�une autre troupe. Le fait confirmerait
toutefois qu�il n�y a pas de rupture sur le plan rituel entre la f�te annuelle
et la f�te de tous les douze ans.
(i) Carte 15-3: Routes des processions pendant la f�te annuelle de Pacali Bhairava
[carte r�alis�e par Niels Gutschow]
1) maison du Juju�[quartier de Bhimsen]
2) sanctuaire ouvert de Pacali Bhairava
a) sanctuaire ferm� de Pacali Bhairava 1975-1976
b) sanctuaire ferm� de Pacali Bhairava 1976-1977
La ville de Kathmandou�est divis�e en trois parties bien d�limit�es sur les plans historique, spatial et surtout rituel. Chaque partie a une f�te principale que je pr�sente sous la forme du sch�ma suivant.[20]
(i) Tableau 15-2: F�tes principales des trois parties de Kathmandou
|
Partie: |
nord (n�w. thane) |
centre (n�w. dathu) |
sud (n�w. kone)[21] |
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F�te: |
f�te d� Indr�ya�� |
f�te pa�care |
f�te de Pacali Bhairava |
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Responsable: |
Thakur Juju�du nord |
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Thakur Juju du sud |
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P�riode: |
quinzaine noire du mois de M�rga��rfa |
quinzaine noire du mois caitra�(mars-avril), quatorzi�me jour |
quinzaine claire du mois d� ��vina, cinq premiers jours |
Man Singh Malla�appartient � la sous-caste des Thaku-juju, descendants des anciens rois Vai�ya Th�kur�, qui habitent surtout le Bhimsen-th�n et Thamel � Kathmandou.[22] Le Juju�est le descendant direct de Gopushya Th�kur�. Le r�le (de l�anc�tre) du Juju�au temps des Malla�devait �tre probablement tr�s semblable � son r�le actuel pendant la dynastie des Sh�h. �Du XIe au XIII si�cles, trois dynasties distinctes, qui portent toutes le nom Th�kur��se succ�dent. Ce sont d�abord ceux qui se pr�tendent les descendants d�Aw�uvarman�et qui r�gnent jusque vers 1050. Ensuite viennent les Vai�ya Th�kur� de Nuwakot, qui se maintiennent sur le tr�ne jusqu�en 1082. Sous ces deux premi�res dynasties fonctionne l�institution du �royaume d�doubl�, dvair�jya ou ubhayar�jya. Le royaume est une entit� unique, mais il est divis� en deux parties administr�es chacune par un roi diff�rent. Les deux rois �taient unis par un lien de parent�: c��tait deux fr�res, un fils et un p�re, ou un oncle maternel et un neveu ut�rin. Cette institution, qui est bri�vement mentionn�e dans l�Artha��stra�(VIII.2), n�est historiquement attest�e qu�au N�pal. Elle doit sans doute �tre rattach�e � la division entre un royaume du Nord et un royaume du Sud de l��poque Licchavi. Peut-�tre survit-elle aujourd�hui encore, sous une forme d�tourn�e, dans la structure dualiste des agglom�rations n�war de la vall�e de Kathmandou� (Toffin�1984:35-6). Ce n�est qu�en 1200, que �le roi d�origine Th�kur��Ari Malla�fonde une nouvelle dynastie: les Malla, qui vont r�gner dans la vall�e de Kathmandou�jusqu�en 1769� (ibid.).
Le sud ou la partie basse de la ville (n�w. kotva) s�oppose ainsi � la partie haute (Toffin�1979:69). Le juju�du Nord n�a aucun lien avec le culte de Pacali Bhairava. A l��poque des Malla, les Thaku-juju�exer�aient encore une influence puissante sur la politique de la Vall�e. Apr�s l�unification du N�pal par les Gorkha, ils ont perdu tout leur pouvoir. Man Singh a n�anmoins re�u de Prthivi Narayana Shah l�autorisation de continuer cette f�te. Le Juju tient encore le r�le du sacrifiant ou patron du sacrifice (skt. yajam�na) dans la f�te annuelle, r�le essentiel dans lequel il est second� par Sthapita Panna Ratna. Pour les Th�kur�, qui affirment que leurs anc�tres ont fond� le culte de Pacali Bhairava, le dieu est aussi leur Aju Dya (�grand-p�re�). Man Singh Malla habite le Kva B�h� pr�s du temple de Bhimsen dont il est propri�taire. Dans ses temples, Bhimsen est flanqu� de son fr�re cadet, Arjuna, et de leur �pouse commune Draupad�-Bhadrak�l�. Tandis que le �roi id�al� ne re�oit que des offrandes v�g�tariennes, Bhimsen, que les N�war�identifient explicitement avec Bhairava, re�oit surtout des sacrifices sanglants (Chalier-Visuvalingam 1984). Le culte de Bh�masena, si cher aux Thaku-juju�mais aussi populaire parmi des tribus�(Nepali 1988:322), n�est donc pas �tranger au culte de Pacali Bhairava et � la dimension royale de celui-ci.
Sthapita Panna Ratna (photo 96) re�oit, le premier jour de la f�te, les agriculteurs du sanctuaire ferm� pour leur donner la permission d�enlever le vase de ce sanctuaire et pour le transporter chez les peintres. Ces Jy�p��doivent apporter des cadeaux au Sth�pita. Il a la t�che de pr�parer tout le mat�riel du rituel pour la f�te annuelle de Pacali Bhairava. C�est lui qui est responsable de la M�ws�huti. Il doit, entre autres, placer rituellement le vase de Pacali Bhairava sur l�autel. Cette charge de participer � la f�te annuelle lui a �t� attribu�e par les Malla. C�est une charge h�r�ditaire, de p�re en fils, qui n�engage que lui-m�me et non sa communaut�. Son r�le d�passe celui d�un simple assistant du Juju, et on a souvent l�impression que ce bouddhiste de la sous-caste de marchands Tul�dhar�est autant le patron de la f�te annuelle que le Juju lui-m�me. Et cela malgr� le fait que Pacali Bhairava n�est pas sa divinit� lignag�re ni sa divinit� personnelle.
Son r�le aupr�s de ces Dangol�pourrait bien �tre en fonction des notations rituelles attach� � son m�tier, qui est celui du charpentier (n�w. S�ka�mi). L�importance de manipuler les objets et de mesurer la terre est tr�s li�e aux pr�occupations rituelles du sacrifice v�dique. Les Dangol eux-m�mes sont une sous-caste des Jy�p� dont le m�tier sp�cifique �tait de mesurer les champs. Le Dh�mi�de Nuwakot�(voir infra.) qui incarne Bhairava�tout en portant les insignes de la royaut� conf�r�s par le roi�de Kathmandou, est un Dangol. Punya Ratna Vajracarya m�avait racont� comment les rois Malla de Patan�se seraient li�s au culte de Pacali Bhairava�apr�s la tentative orgueilleuse mais futile de leur anc�tre de remplir le vase de pi�ces d�or. Dans le �sacrifice� appel� tul�d�na, qui �tait populaire jusque dans la p�riode Malla, le patron offrait son propre poids en or et en joyaux � la divinit� (Slusser�1982:74,217).[23] Ce Tul�dhar�(lit. �celui qui tient une balance�) aurait pu facilement �tre l�interm�diaire pour peser le roi pour un tel �sacrifice de soi�(�tmayaj�a).
Lava Ram Karmacarya, le pr�tre tantrique, se pr�pare en je�nant et en se rasant la t�te pour participer � cette f�te. Il appartient � la division Chathar�ya, un haut rang de la caste �refxha�qui avait d�anciennes fonctions royales ou gouvernementales. Auparavant c��tait les Jo�i�qui assumaient la charge qu�il d�tient, ce qui semble confirm� par le r�le du Jo�i borgne dans la kasi p�j�. Les Jo�i sont des astrologues de caste Chathar�ya aussi. Ils sont compos�s d�un m�lange d��l�ments brahmane et agriculteur (vai�ya), et se consid�rent comme des �brahmanes d�chus�(Nepali�1988:156-7). Il n�y a plus de Jo�i � Kathmandou�pour officier � la f�te annuelle et c�est pourquoi le Juju�fait appel au Karm�c�rya.
Le cinqui�me (Pa�cakom), qui est le jour du changement de famille parmi les gardiens (dya�-p�l��), est aussi l�occasion pour l�initiation des enfants Jy�p��� la vie adulte de leur communaut�. Kula Bahadur Maharjan, le gardien (1988) du nouveau sanctuaire ferm�, m�a expliqu� que la famille qui re�oit le vase dans le sanctuaire ferm� doit donner du vin aux M�l�k�r�et du riz au Sth�pita, quatre jours apr�s la f�te. Ajim��est le fils de la soeur (n�w. bhincha), c�est � dire le neveu, de l�a�n� (Thak�li) du Pacali Bhairava Guthi. S�il n�y a pas de neveu, la charge revient au mari de la fille de l�a�n�. Il faudrait pouvoir analyser plus pr�cis�ment les liens de parent� qui unissent ces douze familles Jy�p� (Dangol) li�es au culte de Pacali Bhairava. La personne qui incarne Ajim��doit je�ner toute une journ�e d�s le d�but du cinqui�me jour pour pouvoir entrer en transe. Son corps est enti�rement ras�, on lui coupe les ongles, et il prend un bain purificateur. Il doit tenir fermement le p�tra-khola, qui semble �tre symboliquement assimil� � un cr�ne�(kap�la), contre sa poitrine et devient ainsi poss�d� par la d�esse K�l�.
Ganesha Purna Bahadur, qui incarne le �fils� de Pacali Bhairava, a le r�le principal. Il participe aussi � certains rituels du temple de Bhimsen�qui appartient au Juju. A la diff�rence du sanctuaire ferm� de Pacali Bhairava qui change tous les ans, le sanctuaire ferm� de Ga�e�a reste le m�me dans le quartier de Hyumat, o� sont rel�gu�s cette caste de bouchers. Tandis que le Ga�e�a�indien reste un dieu auspicieux et brahmanique, le Ga�e�a n�war re�oit des sacrifices sanglants, r�guli�rement et en public, pendant les f�tes. Toutefois, le fait qu�il soit incarn� par un K�sai�trouve sa justification d�j� dans la mythologie hindoue o� la naissance du dieu � trompe d��l�phant est g�n�ralement marqu�e du sceau d�impuret�.[24] Comme nous le montre leur mythe d�origine, c�est l�impuret��du K�sai��la cons�quence de sa profession de verser du sang��qui lui conf�re le privil�ge de tuer la victime sacrificielle (Nepali 1988:175-7). Les K�sai, qui �taient connus autrefois sous le nom de �porteurs d��p�e� (Kha�gi), se proclament des descendants des Sh�h Th�kur�, clan auquel appartient la famille royale actuelle du N�pal. Auparavant les K�sai faisaient des sacrifices pendant la f�te de tous les douze ans, mais maintenant ils n�en font plus.
Ces peintres sont tous bouddhistes � Kathmandou. Pendant le premier jour, le vase de Pacali Bhairava�est transport� chez les peintres de Jaisideval. Le troisi�me jour viennent les peintres de Votu Tol qui ont la charge de nettoyer le vase avec un fruit s�ch� (n�w. phaka). Le quatri�me jour, les peintres du quartier de Bhimsen�viennent chez les peintres de Jaisideval pour nourrir le dieu. Ensuite le rituel qui consiste � offrir du vin et de la bi�re (n�w. galpay thanegu) est fait par le Juju. Il y a donc trois groupes de peintres impliqu�s dans cette f�te annuelle de Bhairava. Le r�le le plus important revient aux peintres du quartier de Bhimsen�qui doivent faire ou refaire les yeux (n�w. d�fxikam negu) de la divinit� incrust�e sur le vase (Slusser�1982:237). Ils ont aussi la charge de d�corer la porte du nouveau sanctuaire ferm�.
Ces jardiniers bouddhistes r�sident au pied de Svayambh�n�tha�(Burunkhela). Leur musique est essentielle au rituel de Pacali Bhairava. Les M�l�k�r�ont un r�le fondamental dans la f�te de tous les douze ans que je pr�sente maintenant.
La derni�re a eu lieu le 2 octobre 1987 (��vina�16, Bikram Samvat 2044).[25] Contrairement � ce qu��crit Slusser�(1982:238), cette f�te se d�roule donc une fois tous les douze ans apr�s la f�te annuelle. Le fait le plus important se passe durant le Dasain�pendant la nuit de navam��� Vijayada�am��du mois d���vina�(septembre-octobre) pendant la quinzaine claire. Le roi �change son �p�e avec un des M�l�k�r�qui incarne Bhairava. Ce rituel de la Kha�gasiddhi�est accompli par un pr�tre bouddhiste Badri Ratna Vajracarya. Les participants de cette f�te sont essentiellement les M�l�k�r�de Kathmandou.
Tout commence durant la f�te de Gha�xakar�a[26] pendant le quatorzi�me jour de la quinzaine noire du mois de �r�va�a�(juillet-aout). Ce jour-l�, les M�l�k�r�se rendent au palais royal et offrent au roi�du b�tel et de l�argent, puis ils vont au sanctuaire ouvert de Pacali Bhairava. Le guru des danseurs, Laksmi Narayana Malakar, accomplit alors un rituel avec les membres du guthi�et les danseurs. Il y a en tout treize danseurs: Bhairava (toujours en bleu), Siwhin�, Vy�ghri��, Ga�e�a, Kum�r, C�mu����(Ajim�), V�r�h�, Indr�ya��, Vaif�av�, Kaum�r�, Mah�lakfm�, Brahm�ya�i�et Rudr�ya��. Cette troupe est d�sign�e en n�wari par le terme g�n�ral de gaxh� (jardinier) py�kh� (danse). Le danseur qui incarne Bhairava devient le guru des danseurs pour la prochaine f�te de tous les douze ans. Apr�s Gha�xakar�a, l�enseignement des danses est quotidien, � raison de deux heures dans le sanctuaire ferm� o� se d�roule des rituels le samedi et le quatorzi�me jour de chaque quinzaine. Gha�xakar�a est le d�mon dont les effigies grotesques servent � expulser le mal de tous les quartiers des villes n�war (Nepali�1988: 377-9; Anderson�1975:72-6; Toffin�1984:518). C�est aussi une des trois f�tes quand le vase de Pacali Bhairava�est nettoy� dans son sanctuaire ferm�. Au carrefour d�Asan tol, c�est le masque d��k��a Bhairava�qui tenait la place du bouc �missaire�temporairement avant de rejoindre son temple. Le r�le symbolique de la �victime �missaire�, qui est si �troitement associ� au roi divin, semble inscrit dans le calendrier m�me de la Kha�gasiddhi.
Pendant le neuvi�me jour (navam�), quinzaine claire du mois d���vina, les M�l�k�r�sacrifient un buffle � Pacali Bhairava�dans le sanctuaire ferm�. Ensuite les danseurs se rendent au sanctuaire ouvert pour accomplir un rituel sur l�autel. Ils sont accompagn�s par les pa�cakany� ou cinq vierges qui sont, en fait, les femmes du guru des danseurs, par Bhairava, par Kaum�r�, et par deux musiciens. Ces femmes doivent porter une partie du mat�riel rituel. Au cr�puscule ils se rendent chez les peintres du quartier de Bhimsen�pour recevoir leurs masques. Puis ils retournent au sanctuaire ouvert et d�posent les masques sur l�autel. Tard dans la nuit intervient alors Badri Ratna Vajracarya qui dirige le rituel suivant.
Badri Ratna Vajracarya proc�de d�abord � la cons�cration des masques puis � la purification des danseurs. Les masques plac�s sur l�autel restent couverts sous un tissu. Ensuite ce pr�tre bouddhiste fait un homa dans l�aire sacrificielle du sanctuaire ouvert. Apr�s ce homa, il place un vase �p�r�akala�a devant l�aire sacrificielle et un autre vase �nasa kala�a� devant l�autel. Le nasa kala�a repr�sente Nasa dya ou Naxar�ja, le dieu de la danse (Toffin�1984:488). L�esprit des divinit�s doit d�abord entrer dans le p�r�akala�a. Ensuite Badri Ratna Vajracarya doit �fixer� Pacali Bhairava sur l��p�e du danseur Bhairava. En fait, Badri Ratna Vajracarya, ayant dans sa main droite un vajra, tient dans sa main gauche une corde qui relie le p�r�akala�a � l��p�e (kha�ga) d�pos�e sur l�autel. Il invite Pacali Bhairava�� habiter l��p�e � l�aide de diff�rentes formules sacr�es. Ensuite les danseurs rev�tent leurs robes et vont jusqu�� l�autel. Le danseur Bhairava�saisit alors l��p�e. Tous s�en vont imm�diatement et directement au K�fxhama��apa�o� se d�roule la Kha�gasiddhi. C�est d�j� �le dixi�me (jour de la quinzaine claire consacr� � la d�esse) de la Victoire� (Vijayada�am�), qui est le jour culminant des c�l�brations du Dasain�(Toffin�1981:55-81).
L��change d��p�es se d�roule aux premi�res heures de la Vijayada�am��devant le K�fxhama��apa�au point pr�cis o� se trouve la pierre appel�e Bh�te�vara (photo 95). L��p�e du roi (m�la-kha�ga) gard�e dans l�enceinte du palais Malla�� Hanuman Dhoka�est apport�e par Tejaratna Tamrakar, le Hakkim (celui qui a la charge administrative de ce palais),[27] jusqu�au K�fxhama��apa. Le Hakkim se place devant le pr�tre principal (skt. m�l�c�rya) du temple de Taleju�et devant d�autres guthi�avec leur �p�e. Le Hakkim tenant l��p�e du roi sort par la porte principale du temple de Taleju. En 1988 (photos 97-100), le roi �tait accompagn� de la reine. A l�arriv�e du roi, les M�l�k�r�commencent leurs danses. L��p�e royale est remise au roi tandis que les M�l�k�r continuent � danser. Badri Ratna Vajracarya intervient � ce moment et ordonne au danseur qui incarne Pacali Bhairava�de se tenir debout sur la pierre Bh�te�vara�(photo 100). Ce danseur prend alors l��p�e du roi et remet sa propre �p�e au roi. Brandissant l��p�e du roi, le danseur-jardinier Bhairava va en dansant dans les quatre coins du K�fxhama��apa, faisant comprendre par ses gestes qu�il donne un pouvoir tr�s sp�cial � cette �p�e. Cet �change d��p�es entre le roi et le danseur Bhairava se r�p�te trois fois dans les m�mes conditions. Durant la kha�gasiddhi, la musique et la danse des M�l�k�r�sont tr�s sp�ciales. Apr�s cet �change d��p�es, le roi et son royaume sont sous une protection toute particuli�re. Il serait n�cessaire de consacrer une �tude enti�re � la Kha�gasiddhi qui peut �tre sur bien des points compar�e � une c�r�monie similaire lors du R�jas�ya�(Heesterman�1957:133) comme le sugg�re Toffin�(1979:62 note 13). Cet auteur se trompe en �crivant que c�est pendant l�Indra Y�tr��que cet �change d��p�es a lieu, mais nous verrons cependant que les deux f�tes sont indissociables sur le plan symbolique de la royaut�.
Les danses de la f�te de tous les douze ans continuent pendant neuf mois, elles se terminent au mois d��f��ha�(juin-juillet), le huiti�me jour de la quinzaine noire (k�f��fxam�), exactement pendant la nuit appel�e Bhalabhal�fxam�. C�est ainsi que les M�l�k�r�dansent, entre autres, dans la cour int�rieure de la maison du juju du sud, en face de la maison du juju�du nord (dans le quartier d�Asan) et surtout dans le Nasa Cok � l�int�rieur du palais Malla�� Hanuman Dhoka (photo 101). Les danseurs doivent danser trente trois fois dont dix fois � l�ext�rieur de Kathmandou, y compris � Patan�et � Bhaktapur�(voir carte). Les M�l�k�r�peuvent �tre aussi amen�s � danser sur invitation. Je poss�de ainsi une vid�o d�une heure o� l�on peut voir les M�l�k�r�danser pour une famille M�nandhar.[28]
L�avant-derni�re danse est celle, tr�s particuli�re et comique, de �veta Bhairava, o� se retrouve le th�me bien connu de ny�l�kegu (n�w.), �rattraper le poisson� (Levy�1987:127-9). Dans les danses de Nava Durg���� Bhaktapur, par exemple, ce Bhairava � visage �blanc� (�veta), �doit essayer de renverser un panier de poissons sur les t�tes des spectateurs. Un tel acte est de tr�s mauvais augure, aussi la foule fuit-elle devant Bhairava, tout en se moquant de lui� (Toffin�1981:66). Ce qui se cache derri�re ce �semblant d�humour�, c�est la symbolique du sacrifice humain,[29] o� �veta Bhairava tient le r�le � la fois de la victime et du sacrifiant. La danse se d�roule � Brahm� tol o� il y a une pierre qui correspond � la repr�sentation de �veta Bhairava � l�int�rieur m�me du p�xha de Pacali Bhairava (voir carte supra.). Rappelons que pendant la f�te annuelle le kasi�doit faire un d�tour pour circumambuler la pierre de �veta Bhairava ici, avant de rejoindre le Juju�l� o� s��tait bris�e la jarre en argile de Pacali Bhairava. La procession en marche vers le palais royal � Hanuman Dhoka�fait aussi la pradakfi�� de cette pierre, �tablie par un R�jop�dhy�ya�de Bhaktapur�qui est �galement le patron de la danse. Pacali Bhairava, le carnivore, devient �veta Bhairava chez le brahmane pour n�accepter que des offrandes v�g�tariennes. Aucun sacrifice sanglant n�est permis. Le R�jop�dhy�ya offre n�anmoins des offrandes carn�es aux autres danseurs. On reconna�t ici pleinement le p�le brahmanique du culte de Pacali Bhairava, p�le pur qui interdit des sacrifices sanglants sur son autel m�me dans son p�xha.
La derni�re danse, qui se d�roule dans le quartier de Jaisideval dans le Bhusa Nani B�h�, est une p�j� qui repr�sente la mort des divinit�s. Bhairava, Ajim��(Bhadrak�l�) et V�r�h��sont dispos�s pour former un triangle autour du sija, riz qu�on offre aux morts. Pendant que les M�l�k�r�jouent de la musique, les danseurs jettent trois fois le sija. La deuxi�me fois toutes les divinit�s meurent sauf ces trois, qui attendront le dernier jet de riz pour mourir. Les M�l�k�r, tenant leurs masques dans leurs mains, font la pradakfi�� autour d�une fontaine (hiti) pr�s du K�fxhama��apa, et se dirigent ensuite vers le p�xha�de Pacali Bhairava. Dans un �tat de grand affaiblissement, les danseurs disposent leurs masques sur l�autel. Laksmi Narayana Malakar commence une p�j��pendant laquelle il place des offrandes carn�es sur l�autel et fait boire les danseurs. Ceux-ci se r�veillent ainsi pour participer � cette p�j�. Enfin ils vont accomplir un rituel fun�raire sur le terrain de cr�mation de Tekudoban. Pendant que les M�l�k�r�jouent de la musique pour les morts (s� b�j�), le danseur Bhairava br�le les masques. Les cendres ne sont pas conserv�es comme � Bhaktapur�pour refaire d�autres masques mais simplement jet�es dans la B�gmat�. Il n�y a pas de p�riode d�impuret��apr�s cette incin�ration, les danseurs doivent seulement se laver le visage et les mains, avant de prendre de l�alcool et du samay dans l�enceinte du p�xha. Les robes sont d�chir�es en multiples morceaux qui deviennent tr�s pr�cieux pour les d�vots de Bhairava. Apr�s quatre jours, ils doivent accomplir une derni�re p�j��sur l�autel, � laquelle sont invit�s tous les membres du guthi�de Pacali Bhairava. Toute une �tude devrait �tre consacr�e � ces danses, mais on aper�oit d�j� que la mort��r�elle ou symbolique��est au centre du culte de Bhairava.
(i) Carte 15-4: Danses des M�l�k�r�de Vijayada�am��� Bhalabhal�fxam� � Kathmandou
[carte par Niels Gutschow]
L�gende de la Carte
0) Bh�te�vara
1) Jyabaha
2) Bhimsenth�n
3) Jyaputum
4) Cikammugah
5) Podegalli
6) Maru tol
7) Vamtu
8) Tebaha
9) Hyumata
10) Jyabaha
11) Gophale
����������� ����� ����� (12-22) en dehors de Kathmandou:
12) Naksal Cardhunga
13) Hadigaum
14) Tokha
15) Capaligaum
16) Tupyak
17) Gokarna
18) Sankhu (kvathu)[bas]
19) Sankhu (tathu) [haut]
20) Tupca
21) Bhaktapur
22) Patan
����������� �� �� (23 - 33) � Kathmandou
23) Palais � Hanuman Dhoka
24) en dehors de Caqgu N�r�ya�a
25) Jyabaha
26) Vambaha (kvathu)
27) Vambaha (tathu)
28) Palais Malla�� Hanuman Dhoka
29) Indra�cok
30) Jaisideval
31) Brahm� tol
32) Jyabaha
33) Dalachem
M�me si le culte de Pacali Bhairava�proprement dit ne concerne que les habitants de la partie sud de Kathmandou�o� se trouve son sanctuaire ouvert (Slusser 1982:91), tous les N�palais se consid�rent en quelque sorte les d�vots de Pacali Bhairava. Le roi actuel de la dynastie Sh�h�participe � la Kha�gasiddhi��comme faisant partie int�grante de la f�te hindoue du Dasain��et tout comme il participe aux autres f�tes royales d�origine n�war surtout l�Indra Y�tr�. En cela, il ne fait que continuer une politique religieuse adopt�e d�s le d�but par son anc�tre, Prithivi Narayana Shah. Cet unificateur et fondateur du N�pal moderne s�empara de Kathmandou�en 1768 pr�cis�ment lors de la f�te de l�Indra Y�tr��quand la Kum�r��s�appr�tait � donner la x�k� au dernier roi Malla. C�est Prithivi Narayana qui l�a re�ue parmi les applaudissements de la population n�war (Toffin�1979:61). Le roi Sh�h�et ses conseillers brahmanes d�origine indo-n�palaise avaient apparemment bien compris le sens rituel des f�tes n�war malgr� leur ��tranget� par rapport � l�hindouisme classique. M�me avant sa conqu�te de la Vall�e, Prithivi Narayana �tait d�vot de la Bhairav��n�war de Nuwakot��au nord-ouest de Kathmandou��d�o� il avait lanc� ses attaques contre les Malla. Le Dh�mi�de Nuwakot, un Jy�p��de la sous-caste Dangol, porte toujours, comme nous le verrons, des insignes royaux donn�s par le roi Sh�h�de Kathmandou�et entre en transe chaque ann�e pour incarner Bhairava et renouveler le royaume tout entier.
(a)Gunakamadeva
La plupart des chroniques, par exemple la Bh�f�vaw��val��(Malla samvat 11o 11oo samvat: 5�6), explique que c�est le roi Th�kur� Gu�ak�madeva�(924-1008 A.D.) qui a �tabli Pacali Bhairava. Le dieu est tr�s li闗au moins dans l�imagination des n�war��avec la fondation de Kathmandou, car c�est ce m�me roi qui est le fondateur r�put� � la fois de la ville et de la f�te.[30] C�est lui qui aurait apport� les Navadurg��� la vall�e de Kathmandou, qui aurait instaur� la f�te d�Indra Y�tr�, les danses de l�khe, etc. Il aurait aussi institu� sur les conseils du dieu K�rttikeya-Skanda�le conflit rituel��comportant obligatoirement des sacrifices humains��entre le nord (Yawbu) et le sud (Yaqgala) de la ville pendant la f�te de Sixh�-nakha, pr�cis�ment pour emp�cher ses sujets de se r�volter (Anderson 1975:66-71; Slusser 1982:339). Comme nous l�avons vu, le K�fxhama��apa��d�o� d�rive le nom ult�rieur de la ville, Kathmandou��est aussi tr�s li� au culte de Pacali Bhairava. L�institution politique du royaume d�doubl� �tait supprim�e depuis 1484 au moins, quand Ratnamalla faisait de Kathmandou�son royaume, mais la structure socio-rituelle et les coutumes qui en d�rivaient sont encore pr�serv�es (Slusser 1982:91). Punya Ratna Vajracarya, Kamal Prakash Malla, et le Juju�m�ont indiqu�, chacun � leur fa�on, que les rois de Patan��taient impliqu�s dans la f�te annuelle de Pacali Bhairava. Selon eux, un plateau de p�j��est encore envoy� par leurs descendants qui habitent Mangala Bazar � Patan�et s�appellent pr�cis�ment Bhairava Malla. Malgr� mes efforts, je n�ai pas pu trouver cette famille. Mais cela correspondrait bien au r�le historique du p�xha�comme lieu neutre pour les �changes diplomatiques entre les rois rivaux de Kathmandou�et sa ville jumelle, Patan�(Slusser�1982:239). D�autre part, le R�jop�dhy�ya�qui est le patron de la danse de �veta Bhairava�� Brahm� Tol vient de Bhaktapur. Tout en �tant centr�e sur Kathmandou, la royaut� symbolique de Pacali Bhairava semble ainsi s��tendre jusqu�� Patan�et peut-�tre m�me jusqu�� Bhaktapur.
(b)Pharping
Gu�ak�madeva�lui-m�me serait venu de Pharping�et le dieu Pacali Bhairava�ne serait que l�hypostase de ce roi Th�kur�. Il y a en effet un culte de Pacali Bhairava avec rotation annuelle d�un vase parmi des familles Jy�p��de ce village au sud de la Vall�e. De nos jours encore, si l�on d�couvre quelqu�un venu de Pharping�parmi les spectateurs d�une danse des M�l�k�r�de Kathmandou, il est imm�diatement �lev� au rang de Thak�li�pour la dur�e de cette danse. Pacali Bhairava r�gnait autrefois sur Pharping avec Dakfi�ak�l��comme �pouse, et on affirme qu�il reviendra � son village natal quand la route de Kathmandou�sera remplie de maisons. Il semble bien que les paradigmes v�diques du culte de Pacali Bhairava � Kathmandou��taient d�j� mis en place par les Licchavi. Et Aw�uvarman, dont le palais semble avoir �t� dans le quartier moderne de Jaisideval o� habitent les Jy�p� du sud (Slusser�1982:119-23), �tait d�j� d�vot de Bhairava. Rappelons aussi que les premiers Th�kur��de Kathmandou�se pr�tendaient les descendants d�Aw�uvarman, dont le nom �tait omis des g�n�alogies Licchavi�sans doute � cause de son origine suspecte (Slusser�1982:25,30,42). Le roi �Th�kur�� Gu�ak�madeva, qui est le v�ritable architecte de la forme actuelle du culte de Pacali Bhairava � Kathmandou, aurait pu facilement �tre d�humble origine. J�ai d�j� trouv� des indices prometteurs � Pharping � cet �gard qui m�ritent une recherche plus approfondie.
Les rois Malla�avaient deux pr�tres attitr�s, un Purohita�et un Vajr�c�rya; les l�gendes circulent encore sur les exploits de Lambak�r�a Bhaxxa et de Jamana Guv�ju, les deux pr�tres tantriques�dans l�entourage de Prat�pamalla (Slusser�1982:74,290,292,359). Badri Ratna Vajracarya est le pr�tre responsable non seulement de la kha�gasiddhi�de Pacali Bhairava�mais aussi de la kha�gasiddhi de Bhadrak�l�. Celle-ci a lieu aussi tous les douze ans durant les premi�res heures de la Vijayada�am�. Elle se d�roule au Siwhadv�ra, porte du lion pr�s d�Indra Chowk (Photos 102-106). L�ancienne K�ntipura, maintenant Kathmandou, �tait, en effet, entour�e de 18 portes. La kha�gasiddhi�de Pacali Bhairava est plus r�cente que celle de Bhadrak�l�, primaut� de la �akti�qu�on retrouve dans la Bisket Y�tr��� Bhaktapur. C�est seulement apr�s sa d�capitation que (K�la) Bhairava�(K��� Vi�van�tha), venu par curiosit� de B�nar�s, se serait int�gr� � la f�te d�abord consacr�e � Bhadrak�l�� seule. La charge h�r�ditaire d�accomplir le rituel de l��change d��p�es serait r�serv�e � la seule famille de Badri Ratna, dont l�anc�tre aurait rapport� Bhadrak�l�� d�Assam � Kathmandou. Les pr�tres bouddhistes auraient choisi les M�l�k�r�comme danseurs car ils sont facilement poss�d�s par les divinit�s. Badri Ratna �est le pr�tre attitr� des M�l�k�r de Kathmandou. Il dirige en toutes circonstances leurs rituels. La kha�gasiddhi, qui �tait secr�te durant la p�riode Malla, est r�serv� aux rois. Il semble que Badri Ratna Vajracarya ait bien la charge du rituel et du homa dans le sanctuaire ouvert et que cette charge soit h�r�ditaire. Par contre il y a douze ans encore, c��tait le guru des M�l�k�r qui dirigeait la Kha�gasiddhi�devant Bh�te�vara.
Le choix d�un pr�tre bouddhiste pour officier dans le culte essentiellement hindou de Bhairava��tout sp�cialement au niveau royal��n�est pas un fait isol�. C�est ainsi un Vajr�c�rya�de Kathmandou�qui dirige la f�te cosmogonique de Bhairava � Nuwakot, f�te qui est aussi tr�s li�e, comme nous le verrons, sur le plan symbolique, avec la royaut� n�palaise. Le fait que le roi��m�me celui qui se dit �hindou� en public��transcende les divergences sectaires, ne suffit pas � expliquer ce ph�nom�ne. Il semblerait en effet que ces �brahmanes� Vajr�c�rya, plus nombreux que les R�jop�dhy�ya�parmi les N�war, aient conserv� certaines traditions �sot�riques beaucoup mieux que leurs homologues hindous. C�est ainsi Ashakaji Vajracarya qui m�a donn� les d�tails sur les huit terrains de cr�mations li�s aux huit Bhairava de la Vall�e. Le tantrisme Vajray�na�a beaucoup emprunt� au Sivaisme de la voie gauche, ses divinit�s d��lection comme Heruka, Cakrasawvara�et Vajra V�r�h��sont con�ues d�apr�s le mod�le de (Vajra)- Bhairava�et de K�l�. Les paradigmes rituels restent les m�mes.[31] Les cons�crations (abhifeka) tantriques��tant du c�t� hindou que du c�t� bouddhiste��sont charg�es de notations �royales�. M�me l� o� Bhairava proprement dit n�est pas la divinit� d��lection du Vajr�c�rya�concern�, il n�est question que de r�adapter les rituels bouddhistes au contexte hindou de leurs patrons. C�est pr�cis�ment pendant la Vijayada�am��qu�ont lieu les �processions d��p�e� (kha�ga-y�tr�) o� les pr�tres Vajr�c�rya, tremblant en �tat de transe et accompagn�s par les Afxam�t�k�, brandissent des �p�es charg�es du pouvoir divin et font semblant d�attaquer les spectateurs (Anderson�1975:153-4). La kha�gasiddhi�elle-m�me peut se comprendre ainsi comme l�ext�riorisation de la transe v�cue durant les rites transgressifs pratiqu�s en secret dans le tantrisme.
Les M�l�k�r, qui participent aussi � la f�te annuelle mais ont le r�le principal dans la f�te de tous les douze ans, r�clament une �galit� de caste avec les Jy�p�, statut qui leur est toutefois refus� par ceux-ci (Nepali�1988: 169). A la diff�rence de Bhaktapur, les M�l�k�r sont tous bouddhistes � Kathmandou. L�importance accord�e � (Vajra) V�r�h� dans la derni�re danse est probablement d�e au fait qu�elle est la par�dre de Cakra-Sawvara�(et autres), l��quivalent bouddhiste de Bhairava�dans le Vajray�na. Cela n�emp�che pas que le calendrier rituel soit le m�me pour les jardiniers hindous qui incarnent les Nava Durg��� Bhaktapur�(Gutschow�et Basukala�1987:140-152). Slusser�(1982:348) semble m�me penser que les danses M�l�k�r�de Pacali Bhairava�aussi auraient pu �tre � l�origine un rituel annuel. Neuf mois avant le rituel de l��change d��p�es, les M�l�k�r ont la charge d�apporter de la terre ramass�e pr�s du sanctuaire ouvert de Pacali Bhairava aux peintres du quartier de Bhimsen�qui s�en serviront pour fabriquer les masques. Le gouvernement doit verser une somme d�argent assez importante��un lakh de roupies en 1987��aux M�l�k�r qui doivent suspendre tout travail pendant neuf mois. Les M�l�k�r dansent aussi bien pour Bhadrak�l�, qui est leur divinit� lignag�re (n�p. kuladevat�), que pour Pacali Bhairava. (Le danseur repr�sentant) Bhadrak�l�� sera rev�tue de bleu durant la kha�gasiddhi�de Bhadra-K�l�, et de rouge durant la kha�gasiddhi de Pacali Bhairava.
Le r�le des femmes mari�es M�l�k�r�appel�es �les cinq vierges� (pa�cakany�) semble correspondre au r�le de la Kum�r��royale dans la f�te annuelle, et l�importance d�une �virginit� mystique explique bien l�inclusion de la femme du danseur qui incarne Kaum�r�. Il y a en effet dans le panth�on n�war une autre d�esse appel�e Pa�cakaum�r��(Cinq Vierges)��souvent identifi�e avec B�lakaum�r��(Vierge Enfant)��qui est repr�sent�e par cinq pierres et qui semble tr�s li�e conceptuellement � Pacali Bhairava (Slusser�1982:334-7). Xik� Bhairava�dans le sud de la Vall�e, par exemple, a B�la et Jaya-Kaum�r� comme �pouses. Contrairement � Slusser, je crois que la base num�rique de cinq est fondamentale dans la conception et le culte de Pacali Bhairava. N�oublions pas que Kum�ra-K�rttikeya, dont le pouvoir f�minin (�akti) est incarn� par (les formes diff�rentes de) Kaum�r�, est le dieu guerrier par excellence. Ce qui convient parfaitement � la signification de la Vijayada�am��pour le roi hindou.
Le Juju�a encore des privil�ges rituels qui ont du �tre les siens avant� les Vai�ya Th�kur��soient d�tr�n�s par la dynastie Malla. Durant la f�te de tous les douze ans, il a encore la charge de porter l��ventail qu�il va chercher dans le palais Malla�� Hanuman Dhoka. Apr�s la kha�gasiddhi, les M�l�k�r�viennent offrir des fleurs au Juju. C�est � ce moment que les M�l�k�r fixent avec lui le jour durant lequel ils viendront danser dans sa demeure. Le jour convenu, le Juju doit aller au sanctuaire ferm� chercher le danseur Bhairava�qu�il conduira jusqu�� chez lui, en lui prenant la main. Il y aura alors un sacrifice de bouc. Le Juju devra aussi donner � chaque danseur un citron (n�w. tasi) et un m�lange de riz et de viande (samay). Bhadrak�l�� vient aussi danser chez le Juju.
Ce sont les peintres du quartier de Bhimsen qui ont la charge de fabriquer les masques des M�l�k�r. Il semblerait que cette charge �tait celle des potiers du quartier de Jyatha pr�s du quartier d�Asan (Kathmandou). Mais selon Laksmi Narayana Malakar, ces potiers n�existent plus. Prem Citrakar� du quartier de Bhimsen�commence la fabrication des masques neuf mois avant la Kha�gasiddhi � un moment calcul� astrologiquement. Il est pay� par les M�l�k�r. Durant la kha�gasiddhi, Prem Citrakar� doit �tre pr�sent en tant que t�moin.
(a)trois niveaux de culte
La f�te annuelle de Pacali Bhairava�est calqu�e sur le sch�ma sacrificiel v�dique, o� r�appara�t le th�me ancien du vol du Feu et du Soma (l�ambroisie) en l�occurrence le vase de bi�re. Les trois personnages du sacrifice v�dique se retrouvent; le patron de la c�r�monie, les divinit�s et les officiants.[32] En d�pit de lacunes historiques et sociologiques��que j�esp�re pouvoir combler��nous pouvons d�ores et d�j� distinguer trois niveaux socio-politiques qui correspond�raient au culte quotidien, � la f�te annuelle et � la f�te de tous les douze ans. Au niveau du culte quotidien, Pacali Bhairava est une divinit� de clan qui appartient surtout aux Jy�p��du sud de Kathmandou�tout en jouant aussi un r�le important pour les K�sai, M�nandhar, etc. Le Juju�ne fait qu�offrir un plateau de p�j��tous les samedi et le roi n�pali actuel n�y participe pas. Dans la f�te de tous les douze ans, Bhairava se r�v�le comme une divinit� royale et c�est un Vajr�c�rya�bouddhiste qui officie dans l��change d��p�es. En dansant devant la maison du juju�du nord et ailleurs dans la Vall�e, les M�l�k�r��tendent le pouvoir symbolique du roi bien au-del� de la partie sud de Kathmandou. Les Jy�p��n�ont aucun r�le dans cette f�te. Par contre, leur f�te annuelle voit la partici�pation des K�sai, du Sth�pita, des trois Citrak�r; les M�l�k�r�continuent de jouer un r�le important et l��p�e rituel des anciens Malla�vient consacrer le p�xha�de Pacali Bhairava avec le sceau de la royaut�.
(b)Sthapita
Ce qui semble probl�matique, c�est ce niveau interm�diaire, le plus riche aussi, o� le Juju��faisant figure de �sous-roi���est second� par le Sth�pita. A l�effacement du Juju�de la Kha�gasiddhi�correspond le r�le de �co-patron� jou� par le Sth�pita�dans la f�te annuelle. Ayant re�u sa charge des Malla�l�essentiel de sa fonction est sans doute celle de repr�senter le roi � c�t� du Juju�pendant la f�te annuelle. Le Sth�pita�doit assister � la f�te de tous les douze ans, et c�est peut-�tre la participation directe du roi��qu�il soit Malla�ou Sh�h��dans la kha�gasiddhi, qui r�duit son r�le � celui d�un simple t�moin. En centralisant la politique du royaume, les nouveaux Malla ont apparemment cherch� � int�grer la structure dualiste ant�rieure par une adaptation de sa base rituelle. C�est pourquoi le patron de la f�te annuelle n�est pas seulement le juju�du sud, mais aussi le vrai roi repr�sent� par son �p�e et surtout par le personnage du Sth�pita.
(c)Thakali
Mais la f�te annuelle est aussi, et avant tout, l�occasion du changement de la famille Jy�p��charg�e de garder les sanctuaires ferm� et ouvert de Pacali Bhairava. Nous assistons � la rotation entre les �a�n�s� (Thak�li) des douze familles qui constituent ce clan particulier des agriculteurs. Le fait que (non seulement Pacali) Bhairava est commun�ment appel� �anc�tre� ou �grand-p�re� (�ju Dya) parmi les n�war, renforce la conclusion que ce dieu hindou a servi � assimiler des divinit�s lignag�res qui d�rivent d�une �infrastructure� (ou plut�t d�une origine) �tribale� de la soci�t� n�war (Toffin�1984:589-90). M�me la division nord-sud de Kathmandou�(et de Bhaktapur�et de tant d�autres villages n�war) correspond bien � l�organisation dualiste qui caract�rise les soci�t�s tribales. L�institution du �royaume d�doubl� d�j� � l��poque Licchavi�et sa l�gitimation par l�Artha��stra�sugg�rerait que ce processus �politique� d�hindouisation, qui aurait commenc� d�s le d�but de l�histoire n�palaise, �tait important autrefois en Inde aussi.[33] La figure imposante de Bh�masena-Bhairava flanqu� d�Arjuna�semble refl�ter la transformation d�un chef tribal en un roi hindou exemplaire. La relation oncle maternel/neveu ut�rin entre le Thak�li�et celui qui repr�sente Ajim��a aussi sa contrepartie dans le lien de parent� entre les deux rois. Il semblerait donc que le Thak�li�aussi fasse figure de yajam�na�� c�t� du Juju�et du Sth�pita.
(d)Malakar
Malgr� sa �r�cup�ration� par le syst�me sacrificiel hindou, le Jy�p��qui incarne Ajim��conserve toujours l��tat de possession qui est si important dans le culte tantrique de K�l��et de Bhairava. Cette fonction de transe est institutionnalis�e au niveau proprement royal dans le personnage du M�l�k�r�qui incarne Pacali Bhairava. Le choix des M�l�k�r�pour incarner le dieu impur semble �tre dict� par deux exigences contradictoires. Les trois castes responsables pour la f�te annuelle � Pharping��Kusle, K�sai�et surtout Pore, entre qui le masque de Pacali Bhairava circule��sont toutes intouchables. En principe, le� �poss�d� devrait appartenir aux castes intouchables les plus basses. Mais cela emp�cherait l�exercice de ses fonctions publiques qui le mettent en contact physique non seulement avec le roi��� qui il donne la x�k���et le Juju, mais aussi avec l�ensemble d�autres castes sup�rieures y compris le R�jop�dhy�ya. La charge de repr�senter les Nava Durg��� Bhaktapur, par exemple, n�a �t� donn�e aux M�l�k�r�qu�apr�s que les divinit�s eurent d�chiquet� un cochon pour emp�cher leur ma�tre tantrique, un brahmane�R�jop�dhy�ya, de les rattraper (Levy�1987:110). Le choix d�une caste �marginalement pure� pour incarner Bhairava est ainsi la cons�quence d�un compromis entre l�exigence d�impuret���source de pouvoir��et du contexte public qui ne permet pas la valorisation explicite de la souillure. En fin de compte, le Bhairava-M�l�k�r�n�incarne que la dimension transgressive cach�e du roi�hindou lui-m�me.
(e)culte bouddhiste
Les M�l�k�r�bouddhistes, qui se pr�tendent les �gaux des Jy�p��hindous, semblent repr�senter ceux-ci en quelque sorte au niveau royal. Les Jy�p� aussi auraient pu �tre bouddhistes jusqu�� une �poque assez r�cente. Ce qui semble confirm� par le r�le encore jou� par des ��kya, des Citrak�r�et le Vajr�c�rya�m�me au niveau du culte quotidien. Malgr� la r�cup�ration du Vajray�na�par le tantrisme sivaite pendant la p�riode Malla, deux tiers de la population n�war restaient bouddhistes m�me jusqu�au 19�me si�cle (Slusser�1982:286-93). Le processus d�hindouisation est surtout discernable chez les M�nandhar�qui sont encore bouddhistes. Ainsi s�expliquerait en grande partie le choix du Sth�pita�bouddhiste pour repr�senter le roi�Malla�hindou aupr�s des ses sujets Jy�p�. Le noyau hindou du culte de Pacali Bhairava�semble se trouver davantage au niveau interm�diaire autour du Juju�et (ses relations avec) des K�sai. Le �conservatisme� si renomm� des Jy�p� consisterait plut�t dans le fait d�avoir conserv�, derri�re une fa�ade d�abord bouddhiste et puis hindou, l�infrastructure tribale de leur organisation sociale et de leurs cultes. L�important est que ce culte �bouddhiste� de Svacchanda Lalita Bhairava�est rest� profond�ment v�dique dans sa structure sacrificielle et d�j� profond�ment hindouis� dans son contenu. C�est par ce biais que les rois Malla�et Sh�h��toujours guid� par un Vajr�c�rya��ont pu jouer le r�le de grand patron dans le culte Pacali Bhairava.
(f)le �roi� sacrifiant
Ce qui frappe toutefois, c�est surtout la fa�on dont les trois niveaux socio-politiques ont �t� int�gr�s��par superposition de trois yajam�na��pour constituer un seul culte englobant. Notons que la Kha�gasiddhi�co�ncide avec une rotation compl�te de Pacali Bhairava�parmi les douze familles Jy�p�, comme si ce clan constituait en soi un mini-royaume. Cette int�gration du haut et du bas se r�v�le pleinement au niveau interm�diaire, ce qui explique l�importance accord�e encore maintenant au Juju. C�est le m�me sch�ma sacrificiel qui sous-tend � la fois le renouvellement du pouvoir politique du roi�et l�accession des enfants Jy�p� � leurs pleins droits communau�taires. Le th�me du �vol� est commun aux Jy�p� et au Juju�et m�me un occidental comme Gehrts Wagner a du litt�ralement voler un bouc afin d�achever son initiation � une confr�rie de musiciens � Bhaktapur. Les mythologiques de Pacali Bhairava�n�h�sitent pas � mettre en parall�le le Bhairava Jy�p��de la f�te annuelle avec le Bhairava roi de l�Indra Y�tr�. C�est pourquoi la rotation du vase entre les maisons des Thak�li�fait n�cessaire�ment le �d�tour� non seulement par la maison du Juju�mais aussi devant le palais de Hanuman Dhoka. Ce qui semble �tre ainsi au centre de la f�te, ce n�est pas tant le pouvoir politique du personnage du roi��qu�il soit Malla�ou Sh�h��mais plut�t le �roi� en tant que lieu symbolique partag� de fa�on hi�rarchique aussi par le Juju�et le Thak�li, pour ne pas parler des autres acteurs de ce grand drame rituel qu�est le culte de Pacali Bhairava. Le roi n�est, apr�s tout, que le yajam�na�par excellence, et sa primaut� au niveau politique pouvait lui �tre contest�e � n�importe quel moment par des conjonctures historiques.[34] Le roi-dominateur, qui est aussi��ne l�oublions pas��roi-victime, est avant tout le noeud symbolique o� se tissent les liens invisibles tenant l�ensemble de la soci�t� n�palaise.
�The Newari word yala means the same as y�pa, and more broadly, signifies any sacrificial post, pillar or standard.
The tall poles raised for Bisket- and Indra-j�tr�, and on
many other ritual occasions, are known to Newars even now as yalasin (wooden poles)� (Slusser�1982:97).
Le plus important groupe d�habitations Licchavi�� Patan[35]
�tait connu sous les noms de Yala/ Y�pagr�ma. Slusser�pense que ces deux noms �taient probablement
d�termin�s par l�existence d�une petite communaut� associ�e au sacrifice
v�dique. Au N�pal, le nom d�Indra, le roi des dieux, est cit� depuis l��pigraphie Licchavi, mais on
ne trouve pas de repr�sentation d�Indra datant de cette �poque. �tant donn� que les rois Licchavi b�tissaient d�j� des
temples magnifiques d�di�s � Vif�u�et �iva, on peut
penser qu�Indra �tait si
�troitement identifi� avec le roi�(humain) qu�il �tait v�n�r� sans repr�sentation
propre dans le contexte restreint du sacrifice v�dique. L�ascension d�Indra, au moins comme objet de
v�n�ration ind�pendante, semble se produire pendant la p�riode dite de
�Transition�[36]
quand le N�pal �tait consid�r� avant tout comme un pays bouddhiste. Tandis
qu�en Inde, le culte d�Indra�semble avoir surv�cu seulement jusqu�au
dixi�me si�cle, c�est exactement � cette �poque que les repr�sentations d�Indra commencent � abonder au N�pal.
On reconna�t Indra par une couronne � cr�te, qui lui est caract�ristique et qui est
port�e rarement par d�autres dieux. Malgr� l�absence de repr�sentations d�Indra provenant de la p�riode Licchavi, il est
tout � fait possible que cette couronne � cr�te unique corresponde � celle
port�e par les rois Licchavi. Ce qui nous importe ici, c�est que la f�te actuelle d�Indra dans la capitale royale de Kathmandou��f�te
qui est c�l�br�e � un moindre �chelle � Bhaktapur, Patan, Panauti, et
d�autres villes n�war�� s�inscrit dans l�id�ologie sacrificielle des Licchavi.
L�importance de cette f�te est consid�rable et essentiellement li�e a la ville de Kathmandou.[37] Punya Ratna Vajracarya m�avait fait justement remarquer qu�en n�wari Kathmandou�est appel�e yam (m�t) et Indra�yamy�. Le festival commence pr�cis�ment par l��l�vation d�un m�t�consacr� � Indra. On pr�sente ici bri�vement le mythe d�origine de l�Indra Y�tr��qui est essentiel pour comprendre les diff�rentes s�quences chronologiques de la f�te.
Ce mythe est bas� sur l��pisode du P�rij�tahara�a�qu�on trouve dans le Harivaw�a�dans lequel Indra�est vaincu par K�f�a�(Bhattacharji�1988:266). La m�re d�Indra�a besoin d�une fleur p�rij�ta (Erythrina Indica) pour c�l�brer la f�te annuelle des femmes (Tij�ou Vaif�ava vrata). Sachant qu�on peut trouver cette fleur en grande quantit� dans la Vall�e de Kathmandou, elle y envoie son fils. Indra�la cueille dans un jardin de Kathmandou, mais il est attrap� par les habitants qui ne le reconnaissent pas, et mis au pilori comme un vulgaire voleur, les bras �cart�s et attach�s � un m�t. C�est dans cette condition que (la statue d�) Indra�est repr�sent� partout dans la Vall�e durant la f�te. Quand la m�re d�Indra intervient, les habitants de Kathmandou sont d�accord pour lib�rer le roi des dieux, mais � la condition qu�elle ram�ne avec elle les �mes de leurs parents morts durant l�ann�e pr�c�dente. Ayant lib�r� son fils, la m�re d�Indra �tait en train d�amener au ciel ces morts, quand soudain la cha�ne de procession se cassa de telle sorte que toutes les �mes tomb�rent dans un lac nomm� Indra-Daha. C�est ainsi qu�un homme de la caste Dangol, repr�sentant la m�re d�Indra�comme une d�mone (Dagini= ��kin�), conduit jusqu�� ce �lac d�Indra� (Indra-Daha, � l�ouest de Kathmandou) une cha�ne ininterrompue des membres des familles en deuil afin d�accomplir certains rituels. Cette procession fun�raire commence � un endroit pr�cis appel� Maru Hiti: c�est l�, raconte-t-on, qu�Indra fut emprisonn�.
L�Indra Y�tr��commence le douzi�me jour de la quinzaine claire du mois de Bh�dra�(ao�t-sept) avec l��rection du m�t�d�Indra�et se termine le quatri�me jour de la quinzaine noire du mois d���vina�(sept-oct) quand le m�t est abattu. Le m�t est �rig� devant le temple d�Indra � Hanuman Dhoka�pr�s du palais royal Malla. Le jour suivant, les d�vots de Bhairava�mettent devant leurs maisons les images de Bhairava qu�ils gardent normalement � l�int�rieur de leur maison. La Kum�r�-Y�tr��commence le troisi�me jour: trois chariots transportant respectivement la Kum�r�, Ga�e�a�et Bhairava visitent le sud de Kathmandou. Dans la m�me nuit, il y a une procession fun�raire dirig�e par un fermier (Jy�p�) incarnant Dagini, la m�re d�Indra. Le lendemain, le jour de la pleine lune, les chariots vont dans le nord de Kathmandou. Durant le dernier jour, le huiti�me, les trois chariots convergent vers Hanuman Dhoka au centre de Kathmandou�o� le roi�re�oit sur son front la marque de vermillon (x�k�) l�gitimant sa royaut� de la Kum�r�. Le m�t�d�Indra est abattu, le soir, et tra�n� jusqu�au terrain de cr�mation au sud de Kathmandou�pr�s du sanctuaire ouvert (p�xha) de Pacali Bhairava.
Comme la B�hat- Sawhit� (chapitre 43) le prescrit, le m�t est tra�n� le huiti�me jour de la quinzaine claire du mois de Bh�dra�dans la capitale. Avant l�Indra-Y�tr�, un pr�tre nomm� par le gouvernement et ses porteurs vont dans une for�t, aux environs de Bhaktapur�pour s�lectionner un tronc de pin (de cinquante �pieds�). Le pr�tre sanctifie ce tronc en effectuant certains rites et en offrant un bouc dont le sang est utilis� pour asperger le tronc. Ce m�t�est tra�n� tout d�abord � Bhaktapur�o� il reste quatre jours et v�n�r� par ses habitants; ensuite il est tra�n� jusqu�� Thimi�et finalement jusqu�� Kathmandou.
Le matin du
premier jour, pr�s de l�ancien palais Malla, une
foule consid�rable est rassembl�e. Deux fanfares arrivent pour accompagner
l��p�e du roi port�e par son repr�sentant. Le m�t (appel� aussi liqga) est alors �lev� par des M�nandhar�(autrefois presseurs d�huile) � Hanuman Dhoka�devant le temple d�Indra�(photo 107 et photos 109-110).
En bas du m�t est d�pos�e une sorte de petite cage (photo 108) contenant une
image d�Indra avec un
�l�phant d�or, son v�hicule, pour rappeler qu�Indra �tait prisonnier. Les
offrandes pr�sent�es � Indra par les pr�tres sont surtout v�g�tariennes (riz, bl�, gingembre,
galettes frites, etc.). D�s que le m�t est �lev�, le repr�sentant du roi tenant
l��p�e et les officiels en font la pradakfi��. La pr�sence du roi est ainsi symboliquement repr�sent� par son �p�e
pendant l��l�vation du m�t�d�Indra.
Tout Kathmandou�semble envahi par une multitude de Bhairava�(photos 113-117). En effet, les familles qui poss�dent une statue (ou toute repr�sentation) de Bhairava, doivent la mettre � l�ext�rieur de leur maison pendant toute la dur�e de l�Indra Y�tr�. Trouvant des traces de combats simul�s, Nepali�consid�re qu�il y a deux festivals surajout�s, un pour Indra�et l�autre pour Bhairava.[38] Il s�agit de rejouer la capture l�gendaire d�un chef aryen envahisseur, Indra, par les tribus�K�ranti�men�s par leur propre roi Yalambar. Toutefois la relation �troite��allant parfois jusqu�� une identification v�ritable��entre le roi aryen et son alter ego tribal est soulign�e surtout par le fait suivant: c�est seulement pendant l�Indra Y�tr��que la grande image de �veta-Bhairava�(photos 111-112) est montr�e devant le palais royal. Une repr�sentation de Vif�u�sous sa forme terrible de Vi�var�pa[39] y est aussi expos�e pendant cette f�te: cette �forme universelle� du royal Vif�u�ressemble beaucoup � Bhairava (Slusser�1982:241).
Le m�me jour dans l�apr�s-midi a lieu la mise � mort d�un buffle � laquelle j�ai pu assister. Tout se passe dans l�enceinte de l�ancien palais royal Malla�� Hanuman Dhoka (photos 118-124). Le roi, la reine et le prince h�ritier, invit�s d�honneur, sont plac�s sur un balcon du palais tandis que les officiels sont dans une tribune inf�rieure donnant directement sur l�ar�ne. La foule peu nombreuse (il y a tr�s peu de femmes)��l�acc�s est limit闗se tient debout et se prot�ge comme elle peut car il n�y a pas de barricades. La mise � mort du buffle est accompli par �k��a-Bhairava, le danseur principal du Sava-Bhaku. Avant d�entrer dans l�enceinte de combat, le buffle est d�abord enivr�. Puis dans l�enceinte, il est excit� par les deux assistants d��k��a-Bhairava, Ca����et Kum�r�, qui le blessent en le frappant avec une �p�e. Le buffle devient de plus en plus sauvage, se ruant sur la foule. Enfin apr�s l�avoir manqu� maintes fois, �k��a-Bhairava �� ce n�est que lui qui peut le faire �� le d�capite d�un seul coup de sabre, ce qui provoque une grande joie dans la foule. Ce sont d�abord les deux compagnons d��k��a-Bhairava qui pr�sentent la x�k� qui est, en fait, le sang de la t�te d�capit�e, aux officiels qui s�empressent de la recevoir. Puis le danseur �k��a-Bhairava remet cette m�me x�k� de sang � un officiel qui la mettra sur le front du roi, de la reine, et du prince h�ritier. Ensuite, pendant que le Sava-Bhaku danse devant la famille royale, le roi�leur jette des pi�ces d�or. En fait, il semble qu��k��a-Bhairava, qui tue le buffle, agisse comme le substitut du roi lui-m�me.
Le spectacle est grandiose � Hanuman Dhoka, grand rassemblement devant l�ancien palais des Malla. La dynastie Sh�h�perp�tue les traditions n�war. Le corps diplomatique �tranger arrive d�abord, puis le roi au volant de sa voiture avec la reine et le prince h�ritier pour �tre salu� par une foule consid�rable (photos 125-127). Le roi du N�pal�est entour� par les hauts dignitaires de son administration. Le char de Bhairava�(photo 128) est tout d�abord tir�, puis celui de Ga�e�a, enfin celui de la Kum�r�. Le roi salue ces trois divinit�s. Cette premi�re sortie conduit les chars dans la partie sud de Kathmandou.
Le m�me soir, le jour avant la pleine lune, a lieu la c�r�monie pour les morts de l�ann�e pr�c�dente. Un homme de la caste Jy�p�, costum� en "d�mone" (Dagini�= ��kin�), incarnant la m�re d�Indra, surgit de Maru Hiti, l�endroit o� Indra avait �t� emprisonn�e, pour diriger une procession de femmes des familles en deuil (photo 129). Jetant diff�rentes offrandes sur leur chemin, ils font ainsi le tour de la ville � la recherche des �mes perdues. Les M�nandhar�placent des poutres de paille sur lesquelles ils disposent des lampes qu�ils allument��le tout ressemble � un grand serpent��pour �clairer leur route.[40] Cette c�r�monie s�appelle �up�ko vanego (n�w. up�ko, aller autour), sorte en fait de pradakfi��patha (Slusser�1982:93). C�est donc le m�me jour quand la Kum�r��se prom�ne dans le bas (sud) de la ville qu�on se souvient des morts. Or on sait que Yama�r�gne dans le sud, il y a peut-�tre une relation entre le fait que la Kum�r��se prom�ne dans le sud et le jour choisi pour c�l�brer cette c�r�monie des morts. Finalement tous les participants de cette procession prennent un bain dans l�Indra-Daha � l�aube de la pleine lune.
�Les
trois chars vont cette fois-ci, le jour de la pleine lune, dans le nord de Kathmandou, associ�
au haut de la ville. D�s que le char de la Kum�r��arrive dans l�Indra chowk, les membres du guthi�du temple d��k��a-Bhairava�sacrifient un bouc devant ce temple. A droite
de la m�rti d��k��a-Bhairava se trouve la m�rti de Bhimsen�et � sa gauche celle d�Ajim�. Durant
toute la dur�e de l�Indra Y�tr�, ces m�rti sont plac�es � l�ext�rieur. Le char de la Kum�r��poursuit sa route, arrivant
pr�s de �veta-Bhairava�devant lequel il y a une lutte
entre personnes des diff�rents quartiers de la ville. Les gens sont ivres et se
pr�cipitent pour boire le breuvage sacr� (de la bi�re) qui s��chappe des l�vres
de �veta-Bhairava. Apr�s bien des
bousculades, le char est enfin ramen� pr�s de la maison de la Kum�r�. Jusqu�� tr�s tard dans la nuit se succ�dent danses et chants.
Durant les trois jours suivants se d�roulent des danses le soir � Hanum�n-Dhoka. Ces danses sont appel�es danses de Mah�k�l�, danses de L�khe, danses de l��l�phant ou pula kisi (photo 130). Ces danses sont tr�s appr�ci�es par les habitants et l�atmosph�re est joyeuse (Nepali�1988:359)
D�apr�s la l�gende (Allen�1975:18), cette troisi�me et derni�re sortie des chars dans le centre de Kathmandou, le huiti�me jour, aurait �t� ajout�e pour que la concubine de Jayaprak��a-Malla puisse voir les chars. �This time the rath is drawn through the central part of the town. It is called Nani-cha-ya, the festival for the half-queen. [Half-wife is designated as Nani among the royal members]� (Nepali�1988:368). Une fois encore les chars s�arr�tent devant �veta-Bhairava. Puis le char de la Kum�r��s�immobilise devant le temple de Jagann�tha�� Hanum�n-Dhoka, il y a alors un rituel. L�effervescence touche a son comble quand le roi entour� de ses conseillers marche jusqu�� la statue de �veta-Bhairava qu�il v�n�re et repart ensuite. Le char de la Kum�r��est alors tir� tr�s vite, le roi ne doit pas attendre.
Tout se passe ensuite � l�int�rieur de la maison de la Kum�r� � l��tage sup�rieur. Le roi s�y rend��comme le premier parmi ses sujets (primus inter pares)��pour recevoir la x�k� de la main gauche de la Kum�r�. Il ressort triomphant, son pouvoir est renouvel� au moins pour une ann�e. D�s que le roi est reparti dans son palais, c�est une v�ritable ru�e en direction de la maison de la Kum�r�. Le peuple attendra jusqu�� tr�s tard dans la nuit pour recevoir la x�k� de cette myst�rieuse Kum�r�.
On a soulign� avec raison �qu�il existe certaines impr�cisions sur la date exacte de cette b�n�diction� (Toffin�1979:60 note 9). Pour Allen�(1975:18) et Nepali�(1988:368), elle a lieu le dernier jour de la f�te.[41] Toffin, ayant observ� cette f�te en 1970, note que cette ann�e-l� la Kum�r��remit la x�k� au roi le jour de la pleine lune, soit le quatri�me jour de la f�te. J�ai personnellement assist� � l�Indra Y�tr� en 1985 et c�est bien durant le dernier jour de cette f�te que la Kum�r��a trac� la x�k� sur le front du roi. Mais il semble clairement impliqu� que la l�gitimation officielle a lieu en la pr�sence de tous les dignitaires N�pali et �trangers � Hanuman Dhoka � la vue du public le jour de la pleine lune. Les deux points essentiels du festival sont tous les deux marqu�s par des �v�nements relevant de la mort: le jour de la pleine lune par la procession des morts men�e par la m�re d�Indra, et le dernier jour par l�abattement (du m�t) d�Indra lui-m�me. La l�gitimation de la souverainet� semble demander la mort symbolique du roi lui-m�me.
Le soir, d�s que le m�t est abattu par les M�nandhar�qui le tra�neront dans une procession fun�raire jusqu�au terrain de cr�mation du sud de Kathmandou, la foule se bat avec de la paille d�pos�e aux alentours. Je n�ai trouv� aucune explication � ce fait.[42] � Bhaktapur�(photos 109-110), �during the last three days of Indra Y�tr�, a mask-wearer representing a demon and accompanied by two of his assistants goes round the streets. He is called Mhopatra and each of his two assistants, Dicha. Mhopatra goes to the places where the idols of Indra are on display. He circumambulates Indra�s idol three times and hits it with a khukri. On the fifth of the dark-half of the same month, a man impersonating Pula Kisi, for which he wears an elephant mask, goes round the town. It is commonly believed that this Kisi (elephant) is the riding animal of Indra and has come in search of its master. Care is taken to see that Mhopatra does not meet Pula-Kisi. In the event of their facing each other, there ensues a fight between the two, involving their respective supporters. Mhopatra is represented as the enemy of Indra and Pula Kisi as Indra�s faithful servant. A similar conflict, though much concealed, is revealed through a very nearly similar custom held in Kathmandu on the last day of Indra Y�tr�. On this day a wooden puppet is taken out from Hanuman Dhoka. The puppet is called Jhyalincha. It is struck against the two Jhyalinchas belonging to Indra�s two idols at Indra Chowk and Maru Tole, respectively. The festival of Indra Y�tr� thus suggests perhaps the memory of a conflict between the two tribes��the followers of Indra and their opponents� (Nepali�1988:364).
(i)
Carte 16-1: Routes des processions
de l�Indra Y�tr� � Kathmandou
�carte
r�alis�e par Niels Gutschow
�At that time, the story of the god�s quest, subsequent imprisonment, and release is reenacted in rites that last for the duration of the festival. They begin with the deity�s imprisonment at the foot of the tall ceremonial pole, the Indra dhvaja, raised for the j�tr�, and end with his release on the final day. Throughout the festival, small wooden pavilions are erected before the houses and at the crossroads, where images of Indra, usually as the pilloried thief, are exposed. The principal pavilion is erected near Hanuman Dhoka, at Maru-tol, the alleged site of the god�s apprehension. Raised high on four carved posts, the pavilion is roofed and supported on four carved wooden elephants. These symbolize the guardians of the quarters as well as Indra�s vehicle, the white elephant Air�vata, which became Indra�s prize at the churning of the ocean. The large gilt repouss� image of Indra seated within the pavilion is gaily adorned, and he is offered thousands of oil lamps by his devotees. They are placed on a lofty wooden scaffold across the way, or massed on the pavement below the pavilion� (Slusser�1982:268).
D�apr�s le mythe c�est � Maru Tol qu�Indra fut captur� par les habitants
de Kathmandou. Le
sacrifiant v�dique s�offrait lui-m�me aux dieux en substituant un animal au y�pa, ce qui repr�sentait symboliquement un sacrifice humain. Comme le d�kfita�attach� par les liens de Varu�a, les
statues d�Indra�attach�es par des cordes sont plac�es,
souvent dans des cages comme des prisons, au pied des m�ts, ou comme un voleur
les bras �cart�s sur des �chafauds. Apr�s l�avoir �lib�r�, la m�re d�Indra�retourne au ciel en partant de
l�endroit o� son fils avait �t� retenu prisonnier, ramenant en fait les �mes
des morts qui tombent dans le lac Indra-Daha.
Les p�lerins qui vont s�y baigner croient �tre accompagn�s par Indra lui-m�me. En fin de compte, la
�lib�ration� d�Indra n�est que sa mise � mort sacrificielle, soit par le Mhop�tra��sorte de bouffon
rituel��soit par interm�diaire de la poup�e apport�e de Hanuman Dhoka,[43]
et surtout par l�abattage du
m�t�royal.
C'est sans doute l'universalisation de l'identit� du roi-sacrifiant qui s'exprime par cette forme terrible de Vif�u�qui ressemble tant � Bhairava�comme l'�crit Slusser�(1982:241): �Prat�pamalla commissioned a Vif�u Vi�var�pa to celebrate the Indra-y�tr� of A.D. 1657. Executed in lost-wax casting and repouss�, the Kathmandu image in its way vies with the Changu masterpiece on this same theme. The later work, however, attempts to convey Vif�u�s cosmic nature through imposing size This, together with his forbidding principal face and rotund body, makes him altogether Bhairava-like The Bhairava-like central face is flanked by those of Indra and other well-known gods of Hinduism, and above is the Buddha; the rest of the forty-odd heads depict fantastic, theriomorphic deities common to Nepali tantric imagery Normally, this technical tour de force of seventeenth-century metalwork is stored in the Hanuman Dhoka treasury. But it is annually displayed outdoors for the week of Indra-Y�tr� and quite unaccountably and quite unnoticed, is exposed once again in the nearby royal vih�ra, L�yk�-bahil, on the occasion of Janai-p�r�im��
D�origine incertaine, K�la Bhairava�est une statue g�ante de couleur bleue et qui n�a pas, � proprement parler, de temple. Il est desservi par des pr�tres bouddhistes (Vajr�c�rya). Son emplacement strat�gique devant la grande porte du palais royal Malla�� Hanuman Dhoka peut favoriser une identification avec le roi m�me. On raconte que ce m�me Prat�pamalla (17�me si�cle), ayant appris qu�il y avait une statue � l�allure terrible dans un r�servoir, la fit tra�ner jusque dans son palais. Une autre l�gende nous apprend encore que des ouvriers construisant un canal pour relier le r�servoir de Jalasayana N�r�ya�a de Budhanilkhanta � celui du palais de N�r�ya�a, rencontr�rent un engorgement qui se trouva �tre la statue de K�la Bhairava. Ce Bhairava est tr�s populaire parmi les N�pali et m�me parmi les Tib�tains. Il �tait connu auparavant sous le nom d�Ad�lata�(cour de justice) Bhairava, ce qui correspond bien � sa fonction officielle de Kotv�l�(policier-magistrat) � B�nar�s. En effet, les fonctionnaires devaient pr�ter serment devant lui, ainsi que ceux qui portaient t�moignage. Ces t�moins, s�ils mentaient, vomissaient du sang et mouraient aussit�t. K�la Bhairava aurait re�u des sacrifices humains jusqu�au dix-huiti�me si�cle (Slusser�1982:237).
�En 1985, j�ai pu rencontrer un des membres du guthi�de �veta-Bhairava, Chaitya Ratna �Tamrakar. Nous savons ainsi que les Vajr�c�rya�de Mu Baha ont la charge de ce Bhairava � la taille gigantesque et au regard terrible Les Kusle�et les Jy�p��sont charg�s de la musique lors des rituels. Avant l�ouverture de la grille qui cache �veta-Bhairava au public, il y a un rituel sp�cial avec sacrifices sanglants accomplis par la caste des bouchers (K�sai). D�apr�s Punya Ratna Vajracarya, il y a une nitya p�j��accomplie par les membres du Mu Baha m�me quand �veta-Bhairava est enferm� derri�re le grillage(photo 131). Selon Chaitya Ratna �Tamrakar, � l��poque des Malla, c��taient des R�jop�dhy�ya�qui accomplissaient les rituels pour �veta Bhairava. Plus tard, parce que les rituels n��taient pas bien accomplis, on fit appel aux Vajr�c�rya. Le guthi�de �veta Bhairava est compos� de six familles de Tamrakar (qui ont construit cette statue), deux familles ��kya�(orf�vre) et deux familles Tul�dhar�(commer�ant).
Au N�pal, les Bhairava�sont des divinit�s qui font le h�thuhayegu: on fait couler de la bi�re de la bouche de Bhairava. �Pour certains informateurs, h�thu viendrait du mot newari thu qui d�signe le chalumeau fix� dans la bouche de Bhairava et par lequel coule la bi�re au moment du rituel� (Toffin�1984:454 note 16). Je me demande si le h�thuhayegu�n�est pas � rapprocher de la sur� (vin) et m�me du soma�v�dique. En effet, on peut interpr�ter l�ivresse �comme une transposition du sacrifice du soma, un des sacrifices solennels o� l�on consommait la liqueur d�immortalit�, boisson enivrante ou m�me toxique� (Biardeau�1981b:73).[44] Comme plusieurs mythes v�diques[45] le d�montrent, le secret du soma�n�est autre que le secret de la t�te coup�e. C�est pourquoi on boit de la bi�re de la bouche de Bhairava apr�s avoir d�capit� des victimes lors du sacrifice au feu aussi pendant la f�te de Pacali Bhairava.
Parmi ces Bhairava d�o� coule le breuvage d�immortalit�, �veta Bhairava�est le plus marqu� par le sceau de la royaut�. Ce �Bhairava blanc� a �t� command� par Rana Bahadur Shah � l�occasion de l�Indra Y�tr� en 1792. C�est Pratapa Malla (17�me si�cle) qui avait fait construire le noir K�la-Bhairava�qui domine le Hanuman Dhoka. Pour beaucoup de N�war, Rana Bahadur Shah est la r�incarnation de Pratapa Malla, ce qui expliquerait la d�votion de ce roi non-Malla�� Bhairava (Slusser�1982:198). �veta Bhairava, qui ne peut �tre vu que pendant l�Indra Y�tr� sert ainsi d�interm�diaire symbolique entre les deux visages du roi hindou: le visage blanc (Arjuna) propre � Indra, et le visage essentiellement noir (K�f�a) de Bhairava.
Ce Bhairava�est consid�r� comme le gardien d�Indra-chowk dans la moiti� nord de Kathmandou. Beaucoup de l�gendes sont cont�es sur l�origine de cette divinit�. Selon une l�gende, Yalambara�le roi des Kir�ta, est venu au Kurukfetra�pour se mettre du c�t� des Kaurava�dans la guerre du Mah�bh�rata. D�capit�e par K�f�a, sa t�te est tomb�e � Indra Chowk o� elle est v�n�r�e comme �k��a Bhairava. La personne en charge du temple me raconta une l�gende parall�le, sur le m�me mod�le, mais identifiant �k��a Bhairava avec la t�te d�Ekalabhya�d�capit�e aussi par K�f�a. La statue d��k��a Bhairava est une t�te immense de couleur bleue, sans corps, avec les yeux tourn�s vers le ciel. Ce sont des agriculteurs (Jy�p�)��contrairement � Slusser�(1982:341) qui �crit que ce sont des pr�tres bouddhistes��qui ont la charge de ce temple. Cette fonction s�articule autour de huit familles qui s�occupent de la divinit� chacune � leur tour durant une semaine, c�est � dire une fois toutes les huit semaines. Ces agriculteurs proclament que le corps de Bhairava est � B�nar�s�mais que sa t�te est � Indra Chowk.
Indra Chowk b�n�ficie aussi d�une
interpr�tation bouddhiste o� il est identifi� avec �Kalmocan�[46]
qui semble �tre une corruption de �Kap�lamocana�, l�endroit sacr� (t�rtha) o� Bhairava�a �t� lib�r� de la t�te de Brahm��et du p�ch� de brahmanicide.
Mais pour les N�war, c�est
plut�t Bhairava qui
est �lib�r� de sa propre t�te. Le bouc sacrifi� � (la t�te d�capit�e d�)�k��a Bhairava, le jour de la pleine lune
d�s l�arriv�e de la Kum�r��� Indra Chowk, est probablement le dieu lui-m�me en tant que victime. Cette
inversion �structurale� se fonde sur l�identit� du (
roi-) d�kfita�et de sa victime, tous les deux �tant
identifi�s au poteau sacrificiel (y�pa). C�est ce qui explique aussi
les inversions structurales entre les r�les d�Indra�et de Bhairava, qui repr�sente alternativement le
sacrifiant meurtrier et sa victime. La mort symbolique de la d�kf��est subie par le roi �aryen� Indra, mais le vrai r�le de la
victime sacrificielle est assum�e par le roi Kir�ta�Yalambara�dont la t�te violemment d�capit�e est v�n�r�e
encore sous la forme d��k��a-Bhairava.
�La Kum�r��est une petite fille impub�re choisie dans une famille bouddhiste de la caste ��kya.[47] Ga�e�a�et Bhairava�sont aussi repr�sent�s par des gar�ons de la caste ��kya, mais ils vivent dans leur famille � la diff�rence de la Kum�r��qui vit dans un palais s�par�.
�We cannot trace the Kum�r� institution in the Kathmandu Valley with certainty before the thirteenth century. The Wright chronicle tells us that Gu�ak�madeva, most likely the twelfth-century ruler, instituted the Indra J�tr� by erecting images of Kum�r�� (Slusser�1982:312). �It is generally believed that the ceremonies in their present form were inaugurated in mid-eighteenth century by Jaya Prakash Malla, the last of the �Newar� kings.[48] It seems that during his reign a young Newari girl of Kathmandu became possessed by the spirit of Taleju, the mother goddess who has been patron deity of Nepal and her royal families. The king thought she was a fraud, and banished her from the city. But after sometime the queen becomes possessed by the same spirit of the goddess. The king realized his mistake and called back the girl and instituted an annual j�tra There is another legend saying that this same king was playing for hours dice and other gambling games with the Goddess Taleju whose temple still stands inside the old palace ground in Hanuman Dhoka One day the King, overcome by her beauty, looked upon her lustfully��thoughts which the Goddess perceived��and she immediately vanished from his sight. That night Taleju appeared to the fearful ruler in a dream saying, �O wretched King, your days are numbered and the fall of your dynasty is near. You shall no longer be blest with the sight of me. Select a girl-child from a Newar caste and I shall dwell in her body. Worship her as Goddess Kum�r�, for to worship her is to worship me.� Her prophecy was fulfilled� (Anderson�1975:132).
Ce qui importe ici, dans une perspective symbolique, c�est la relation sexuelle sugg�r�e entre le roi et la d�esse m�re qui est �trangement identifi�e avec la vierge Kum�r�. Quoique Taleju�n�apparaisse pas dans la f�te, la d�esse m�re sort en procession sous l�aspect de la Kum�r��impub�re,[49] escort�e par deux gar�ons repr�sentant Bhairava�et Ga�e�a.[50] Le m�me soir, le jour avant la pleine lune, la Dagini��merge de Maru-Hiti o� Indra a �t� emprisonn� pour conduire la procession fun�raire. La pleine lune marque le commencement de la quinzaine noire d���vina�quand on accomplit le Mah�laya-sr�ddha pour les anc�tres (pit�) surtout quand astrologiquement le soleil est dans le signe de la vierge (Kany�). Les co�ncidences de ce calendrier r�v�lent que le culte des morts est une transposition, presque ind�pendante, de la r�gression mortelle du sacrifiant royal dans la matrice de la M�re divine pour rena�tre pour une Nouvelle Ann�e de souverainet� l�gitime.[51]
Il est �vident que ces danses demanderaient une �tude � part enti�re. Mais nous sommes d�j� en mesure de cerner l�identit� des acteurs principaux et d��baucher la signification de leurs gestes rituels sur le plan sacrificiel.
Le Sava-Bhaku est un groupe de trois danseurs dont le principal est �k��a-Bhairava. Ces danseurs viennent de Halchowk sur une colline � l�ouest de Kathmandou. La grande diff�rence entre les d�vots de Halchowk et les d�vots d�Indra chowk, c�est que les premiers dansent. D�s le onzi�me jour (ek�da��) du mois de Bh�dra, il y a un sacrifice sanglant dans le temple d��k��a-Bhairava � Halchowk. Les danseurs Sava-Bhaku de Halchowk doivent se pr�senter au moins deux fois dans la journ�e � n�importe quel moment � Hanuman Dhoka. Il n�y a pas d�itin�raire pr�cis. Les danseurs rentrent tous les soirs � Halchowk. Les trois danseurs sont �k��a-Bhairava, v�tu de bleu et tenant une �p�e, accompagn� de Ca����et de Kum�r�. �k��a-Bhairava�est toujours le premier, suivi par Kum�r�, puis vient en dernier Ca���. Il y a douze danseurs qui alternent sur douze ans. La s�lection se fait tous les douze ans, lors d�une grande f�te. Apr�s douze ans de service, les masques, les v�tements sont jet�s dans la cascade Danaga en bas de Svayambh��pr�s d��nanda Kutte Vih�ra. Tout se passe la nuit et est secret. Ce sont les Citrak�r�de Masangalli (en face de �veta-Macchendran�tha�dans le quartier d�Asan) qui font ces masques.
Comme nous l�avons d�j� vu, les Dunyiyan qui
ont �k��a-Bhairava comme divinit� tut�laire
sont en marge de la culture n�war. Ils l�appellent �Sawa Dya ou �dieu des
tribaux� (n�w. sawa, Skt. savar�), et les danseurs Sawa Bhaku qui incarnent ce dieu sauvage sont choisis
parmi eux. D�apr�s Mahila Rajbahak du guthi�d��k��a-Bhairava �
Halchowk, le �vrai� temple d��k��a-Bhairava est � Halchowk et non � Indra chowk. Tout porte � croire que l��k��a Bhairava
de l�Indra Y�tr��est la forme �hindouis�e� d�une divinit� d�origine tribale.
Le soir de la pleine lune, apr�s le deuxi�me
jour de la procession, la Kum�r��apr�s s��tre arr�t�e devant �k��a-Bhairava � Indra chowk et devant �veta-Bhairava�� Hanum�n-Dhoka donne une nouvelle l�gitimit� au roi
pour une ann�e en pla�ant une x�k� sur son front. Sa vraie signification est �clair�e la veille par la
mise � mort du buffle pendant cette danse de Sava-Bhaku � l�int�rieur du palais royal Malla�o� c�est le sang de la
d�capitation accomplie par �k��a-Bhairava,
accompagn� de Ca����et de la Kum�r�, qui est utilis� pour la x�k� du roi. Ca���, �la
sauvage�, serait l�aspect assoiff� de sang de la Kum�r�, qui est toujours choisie pour son �quanimit� imperturbable pendant sa
nuit de vigile solitaire � l�int�rieur du temple de Taleju�au milieu d�un cercle
terrifiant de t�tes coup�es de buffle. Le
roi�est identifi� non seulement � �k��a Bhairava, tueur du buffle, mais aussi � la victime.
Ce qui souligne, encore une fois, que le sacrifice de soi est au coeur de la
conception de la royaut�.[52]
�Les danses L�khe remonteraient au roi Th�kur� Gu�ak�madeva�(924-1008). Le L�khe-danseur ressemble � celui de Pyangon, qui �porte un masque rouge surmont� d�une grande crini�re en poils de yak. Il n�a qu�un gilet largement ouvert sur la poitrine et une jupe verte, j�m�, maintenue � la taille par une ceinture et une cha�ne de grelots� (Toffin�1984:93). Ce �d�mon� L�khe est n�anmoins la divinit� lignag�re (kuladevat�) des Ranjitkar (Bhah, Mah�br�hma�a). Le onzi�me jour pr�c�dent l�Indra Y�tr�, les Ranjitkar, qui gardent ce masque dans une bo�te sp�ciale dans leur maison, le retirent de cette bo�te et l�envoient chez les peintres afin qu�ils le repeignent pour l�Indra Y�tr�. C�est un des Ranjitkar qui porte ce masque pendant l�Indra Y�tr�, et cette fonction est h�r�ditaire. Une fois que ce masque est rang� dans sa bo�te, il y a un sacrifice de buffle.
Le L�khe semble bien �tre l��me �d�monis�e� d�Indra�apr�s sa mise � mort symbolique. Cette danse doit �tre mise en rapport avec celle de l��l�phant (Pula Kisi) � la recherche de son ma�tre, Indra. A Bhaktapur, Pula Kisi dirige en fait une procession fun�raire.[53] En subissant la d�kf��comme une mort, le sacrifiant devenait un brahmane (temporaire) mais charg� d�impuret�. C�est pourquoi le L�khe�est en m�me temps une divinit� jou�e par un �grand brahmane� (Mah�br�hma�a) appartenant � la caste ambigu� qui s�occupe de l�impuret� de la mort. �Lakhe, etymologically means a demon; it also means progeny of Brahmin widows. It is an inferior section of the Deva brahmin� (Nepali�1988:439). La d�kf���tait aussi un regressus ad uterum, ce qui explique pourquoi � Panauti�la m�me fonction a �t� confi�e aux potiers,[54] le pot �tant un des symboles de la matrice. �This dance originated long ago, they say, when a man called Majipat Lakhe was discovered having illicit relations with a Kathmandu girl living in the Chikanmughal area. He was spared punishment when he agreed to perform the Lakhe dance each night of Indra Y�tr�� (Anderson�1975:131). Or, le roi Jayaprakasha Malla entretenait une concubine dans le quartier de Kilagal, et c�est pourquoi la Kum�r��s�y rend le dernier jour de la f�te. Rappelons que la relation du roi avec Taleju��tait aussi �irr�guli�re�. Le L�khe�doit absolument �viter de rencontrer la Dagini, �m�re d�Indra�.[55] Cette opposition rituelle s�explique aussi par le fait que le roi est symboliquement sacrifi� � la d�esse-M�re.[56]
A l�approche de la f�te de Nouvel An dans le Rg Veda, Varu�a�retrouvait son pass� asurique
en prenant la t�te des d�mons pour combattre Indra�(Kuiper�1979).
Loin d��tre une d�formation sans aucun sens ou une d�g�n�ration de la f�te
originale d�Indra, les �l�ments
tantriques�introduits dans ce rituel n�war de royaut� � Kathmandou�peuvent nous aider � mieux comprendre le
paradigme sacrificiel v�dique. A l�origine, le sacrifiant royal qui, � titre d�Indra, �tait le pivot de l�ordre socio-cosmique,
�tait cependant charg� d�impuret� et du mal (p�pam)
quand il recevait la cons�cration (d�kf�) et �r�gressait� dans le
royaume impur de Varu�a. Cette polarisation de son
identit� rituelle se retrouve dans le mythe d�origine de la royaut� hindoue:[57]
le mal inh�rent du roi�primordial Vena doit �tre expuls� sous forme d�un homme
hors-caste, tribal (nis�da) afin que le roi
vertueux P�thu naisse des restes de son corps immol�.
Toutefois, les mythes et rituels hindous insistent sur le fait que ce contact
�transgressif� avec l�Autre impur est n�cessaire pour le renouvellement non
seulement du pouvoir du roi mais aussi du royaume. La religion n�war qui
refl�te un long processus d�acculturation, semble avoir exploit� cette tension
pr�existante afin d�int�grer les divinit�s tribales dans un univers culturel
aryen. La tension entre le sacrifiant royal pur et son alter ego impur se trouve dramatis�e dans le conflit rituel entre
la procession d�Indra et les habitants qui d�ploient devant leurs
maisons les masques de Bhairava,
comme le masque d��k��a Bhairava�� l�ext�rieur de son temple � Indra-Chowk. Leur identit� est pourtant �vidente
non seulement dans la fusion de K�la-Bhairava�essentiellement noir et d�Arjuna-Indra�blanc dans la figure interm�diaire du royal �veta (blanc) Bhairava,
mais aussi � la fin de l�Indra Y�tr��lorsque comme dans une procession fun�raire, le m�t�d�Indra est tra�n� par les M�nandhar�jusqu�� la rivi�re Bagmati dans le terrain de
cr�mation du sud de Kathmandou�pr�s du temple de Pacali-Bhairava.
Ce m�t est ensuite r�duit en morceaux qui servent � alimenter la flamme
perp�tuelle de Pacali-Bhairava.
L�introduction n�war de la m�re d�Indra��et l��l�ment f�minin en g�n�ral��semble rendre explicite ce qui �tait d�j� implicite dans le paradigme v�dique original. La B�hat- Samhit� prescrit l��l�vation d�un second m�t pour la m�re d�Indra. Un G�hya-s�tra recommande que l�Indrayaj�a�avec des offrandes pour �la femme d�Indra� (Indr���), �le bouc au seul pied� (Aja Ekap�da)��qui repr�senterait la victime sacrificielle identifi�e au poteau sacrificiel[58]��et �le serpent des profondeurs� (Ahi Budhnya) soient c�l�br�s pendant la pleine lune de Bh�dra.�L�int�riorisation de cette mort sacrificielle, avec sa dimension implicite sexuelle, est �labor�e encore plus loin dans la perspective tantrique de l�autre f�te majeure de Nouvel An de la Vall�e de Kathmandou, qui est consacr�e plut�t � Bhairava�et � sa par�dre, �galement terrible, Bhadrak�l�.
Kane�fait provenir de la f�te d�Indra�l��rection annuelle d�un b�ton de bambou dans le Deccan et dans
d�autres endroits le premier jour de Caitra, ce qui correspondrait
plut�t � la f�te de Bisket�� Bhaktapur, o� le m�t est identifi� �
Bhairava.[59] Bien que cette f�te de
nouvel an, bas�e sur un calendrier solaire plut�t que sur le calendrier lunaire
usuel, prenne place durant l��quinoxe du printemps, elle est clairement d�riv�e
du m�me paradigme symbolique qui sous-tend la f�te d�Indra�� Kathmandou. Le Bisket Y�tr� est une f�te de nouvel an qui
dure six jours, les quatre derniers jours de Caitra�(mars�avril) et les deux premiers de Vai��kha�(avril�mai). Comme beaucoup d�autres festivals, Bisket Y�tr��semble � premi�re vue simplement un rituel de fertilit�. Les trois
principales s�quences sont l��l�vation d�un
m�t�dans un monticule de terre, la collision des
chariots de Bhadrak�l� et
de Bhairava�qui sont les deux protagonistes de cette
f�te, et le combat rituel entre les deux parties de Bhaktapur�qui veulent s�approprier (le chariot de) Bhairava. Le
nom de la f�te��qui remonterait au neuvi�me si�cle��d�rive des mots Newari �bi� pour �serpents� et �syako� pour �meurtre�, qui donnent le
compos� �Bisket�, f�te pour comm�morer la
victoire sur deux serpents-d�mons. Bisket Y�tr��est ainsi �la f�te apr�s la mort des serpents� (Anderson�1975:41). Rappelons
ici le mythe d�origine. Chaque nuit la fille insatiable d�un roi exigeait un
nouvel amant qu�on retrouvait toujours mort le lendemain matin. �mu par les
lamentations d�une m�re, un prince
�tranger�et inconnu se substitua � son fils qui avait
�t� choisi comme prochaine victime. Ayant satisfait l�app�tit de la princesse,
le prince alla se cacher. Il eut la surprise de voir deux serpents s��chapper
des narines de son amante endormie pour assumer des proportions monstrueuses.
Gr�ce � sa vigilance, il r�ussit � les tuer. Le matin, le roi, le p�re de la
princesse, fut �tonn� et voulut afficher ses deux serpents devant toute la
population. Aujourd�hui les deux banni�res suspendues du m�t sont explicitement
d�sign�es comme repr�sentant les serpents vaincus. Dans une autre version, Bisket�c�l�bre le mariage de cette princesse de Bhaktapur�avec le prince Bhadra-Malla, le seul survivant
parmi les plusieurs pr�tendants qui avaient pass� la nuit dans sa chambre.
Apr�s que Bhadra
eut acc�d� au tr�ne de Bhaktapur,
ses descendants furent connus sous le nom de N�ga
(�Serpents�) Malla. Quelques
jours avant le d�but de la f�te, � un moment calcul� astrologiquement, un
groupe d�hommes (M�nandhar) se rend dans une for�t
avoisinante de Bhaktapur�pour choisir deux pins��un doit �tre plus haut que l�autre��car
deux m�ts sont �rig�s pendant cette f�te. Le m�t (liqga) de Bhairava�est s�lectionn� de la fa�on suivante: Les M�nandhar l�chent un bouc et attendent pour voir contre quel tronc il va se
frotter la t�te. Le bouc est sacrifi� devant cet arbre, qui est alors abattu.[60] Puis ils s�lectionnent de
la m�me mani�re un pin plus petit. Les troncs sont d�barrass�s des branches,
mais on laisse au sommet du plus grand plusieurs branches avec des feuilles qui
repr�senteront les cheveux du (m�t appel�) dieu Yasin (Levy�1990:467). Les deux m�ts sont alors tra�n�s par �tapes jusqu�� Bhaktapur. Avant
le commencement de la f�te, la m�rti de la d�esse Bhadrak�l� est retir�e de sa pi�ce �
l�int�rieur de son sanctuaire ferm� (dyahche) pour �tre d�pos�e dans
une autre pi�ce de devant ouverte aux non-initi�s. Le m�me temple abrite aussi
la d�esse paisible Vaif�av�, car pendant cette f�te Vaif�av� devient Bhadrak�l�� assoiff�e de sang. Originellement la f�te de Bisket��tait seulement consacr�e � la d�esse, mais Bhairava, connu aussi sous le nom
de K���-Vi�van�tha, arriva de B�nar�s�pour voir cette f�te. Ayant l�apparence d�un beau jeune homme
habill� de blanc, Bhairava fut vite reconnu par les
pr�tres
tantriques.
Il �tait sur le point de retourner � B�nar�s par voie souterraine mais, sur l�ordre
de Bhadrak�l�,
les pr�tres tantriques
d�capit�rent Bhairava
� l�aide d�un couteau alors que son corps �tait d�j� sous terre. Ce couteau � la forme arrondie ne peut
�tre utilis� que pour couper de la viande et seulement � Bhaktapur.[61] Les N�war�proclament qu�ils poss�dent la �vraie� t�te
de Bhairava�et que cette t�te ne se trouve pas dans le
temple actuel de K�la-Bhairava�� B�nar�s. Dans ce quartier de Yasimkhel, � cot�
du m�t �rig�, ils nous montrent encore la pierre pr�cise qui repr�sente Pi��ca (�d�mon�) et sur laquelle Bhairava se tint pour regarder le Bisket Y�tr�.
Nous avons d�j� rencontr�, dans la deuxi�me partie de cette �tude, le th�me de
la d�capitation de Bhairava
par la d�esse en col�re dans le culte de Vaif�o-Dev��pr�s de Jammu au Cachemire.
L� aussi, le �d�vot d�mon� devenu �dieu criminel� appara�t comme l��poux de la
d�esse Vaif�ava,
qui est autrement chaste, v�g�tarienne et m�me vierge. Pendant
la matin�e du premier jour les chariots de Bhairava�et de Bhadrak�l� sont amen�s sur la place
Taumadhi, le centre principal de Bhaktapur�(qui n�appartient ni � la partie haute, ni � la partie basse de la
ville). Le pr�tre brahmane (R�jop�dhy�ya) du temple de Taleju�se rend � ce temple pour y recevoir l��p�e du roi d�un officiel du
Guthi Sawsth�n�venu de Kathmandou.[62] Accompagn� par le
chapelain royal (Guru Purohita), le R�jop�dhy�ya doit ensuite se rendre � Taumadhi square et ordonner que l�image de Bhairava soit apport�e de son temple et d�pos�e dans son chariot. Au m�me
moment, un homme de L�skudhok� (une partie de la ville
pr�s du temple de Bhairava) sort avec une myst�rieuse
bo�te qui contient, dit-on, la t�te de Bhairava.[63] Cet homme doit rester
silencieux pendant toute la f�te. Apr�s diff�rents rituels, le R�jop�dhy�ya (photos 132-133) s�installe � l�int�rieur de ce chariot � droite de
l�image de Bhairava et son Guru-Purohita � gauche. Ce pr�tre et l��p�e repr�sentent le roi pendant la f�te.
Durant le r�gne des Malla, le roi lui-m�me
s�asseyait dans le chariot de Bhairava. Non seulement l�identification
du roi hindou au dieu tantrique Bhairava est �vidente: comme dans l�Indra Y�tr�, son acte cosmogonique est
assimil� � son sacrifice (de soi) au y�pa�sous forme du pilier cosmique. Bhaktapur�est divis� en deux �moiti�s� tout comme Kathmandou, on l�a vu en �tudiant la
f�te de Pacali-Bhairava. Les hommes de la partie
basse de la ville doivent prendre les cordes du devant du chariot et ceux de la
partie haute les cordes de l�arri�re. Chacun essaye de tirer vers son c�t� le
chariot. La partie haute est souvent associ�e au nord ou encore aux premi�res
installations des habitants. La partie haute et basse de Bhaktapur�est divis�e par une ligne perpendiculaire le long de l�axe
sud-ouest et nord-est de la ville. Pendant le deuxi�me et le troisi�me
jours, les chariots sont laiss�s l� o� ils ont abouti pendant la nuit. Ce sont
des jours tranquilles avec des festins et beaucoup d�alcool. Le troisi�me jour,
il y a un rituel secret dans le temple de Taleju. (i)
Carte
17-1:
Carte de Bhaktapur. Carte
r�alis�e par Niels Gutschow Le
matin, la caste des potiers �rige le m�t plus petit en face du temple de Ga�e�a�dans leur propre quartier (photos 134-135). Le m�me jour dans
l�apr�s midi, le m�t plus grand de Bhairava�est �rig� (photo 136). Apr�s beaucoup d� efforts (photos 137-139),
pleins de suspens et accompagn�s d�applaudissements, le
m�t�est fermement plant� dans un monticule de
terre pr�s du Cyasilum-Ma��apa. Ce sanctuaire, o� se d�roulent
d�importants rituels (photos 146-147), est utilis� seulement pendant cette f�te
et surtout pour effectuer des sacrifices. Ce ma��apa
est octogonal tout comme le poteau sacrificiel.[64] Il faut remarquer toutefois que le m�t
principal de cette f�te est �rig� dans le quartier des tr�s basses castes (Pore)
en dehors de la limite de la ville. Ses
deux banni�res (photos 140-141) repr�sentent non seulement les serpents tu�s,
dont d�rive le nom de la f�te, mais aussi le soleil et la lune. Ce qui
assimilerait les serpents aux souffles lat�raux �solaire� et �lunaire���pr��a�et ap�na�respectivement��et le
pilier�cosmique lui-m�me � la colonne vert�brale ou,
plut�t, � sa voie m�diane (sufum��).
Des feuilles de tasi
(citron), qui symbolisent la semence, sont plac�es au sommet du liqga�(phallus) de Bhairava�avant qu�il ne soit �rig�. Ce symbolisme
sexuel est renforc� par l�arriv�e des chariots de Bhairava et de Bhadrak�l� au
moment pr�cis o� le m�t doit �tre �rig�, car le couple voudrait c�l�brer la
mise � mort des serpents. Les
habitants de Bhaktapur�doivent prendre un bain dans la rivi�re proche, Hanumante; il y a
un flot d�offrandes et de sacrifices sanglants dans le Cyasilum Ma��apa. L�ann�e nouvelle commence
quand le m�t est abattu le soir. Quand le m�t touche le sol, la foule se
pr�cipite pour pouvoir saisir les feuilles de tasi, surtout les couples st�riles qui d�sirent des enfants.[65] Juste avant que le chariot
de Bhairava�ne soit tra�n� du bord de la rivi�re au centre de la ville le
quatri�me jour, les Pore�sont autoris�s, uniquement � ce moment-l�, � pousser le chariot de
Bhairava. Ils essayent de garder
cette divinit� dans leur quartier. Il y a une lutte � la corde de traction pour
s�accaparer de ce char entre ces
intouchables�et les hautes castes dont la victoire est
acquise � l�avance. Cela rappelle �trangement la lutte entre les Aryens (Vai�ya) et les non-Aryens (��dra) pour la possession d�une peau
circulaire��repr�sentant le soleil avec lequel le pilier est aussi g�n�ralement
identifi闗durant la f�te v�dique du Mah�vrata�qui �tait c�l�br� pendant le solstice
d�hiver. Le Mah�vrata
contient aussi un �change violent d�obsc�nit�s entre l��tudiant brahmanique (brahmac�rin)
et une prostitu�e, pr�lude � leur union sexuelle: l� aussi les th�mes de
conflit et d�union sont rituellement superpos�s sur plusieurs niveaux,
cosmique, social et sexuel. Finalement, les chariots de Bhairava�et de Bhadrak�l�� regagnent la place
Taumadhi. Sur le chemin les deux chariots sont pouss�s l�un contre l�autre
trois fois et avec grand �lan, pour symboliser l�union sexuelle de Bhairava et de Bhadrak�l� (photos 142-145). Comme si
l�on voulait souligner�� voire reconstituer��la copulation entre le liqga�et la monticule de la terre-m�re.[66] Le chariot de Bhadrak�l� est tir� � toute vitesse vers son temple car elle est en rage: Bhairava doit lui envoyer des cadeaux pour apaiser sa col�re. Tout porte �
croire que Bhadrak�l� est la forme divinis�e de
la princesse de la l�gende fondatrice, v�ritable femme fatale s�il s�en fut. Et
que Bhairava est l�h�ritier du tr�ne de Bhaktapur qui, tuant
les deux serpents qui sortaient chaque nuit des ses narines, r�ussit � se
marier avec elle. �Du sixi�me jusqu�au huiti�me jour, il y a
diff�rentes c�r�monies consacr�es aux d�esses m�res (Mah�k�l��et Mah�lakfm�, Brahm�ya���et Mahe�var�, etc.). Les images de ces
d�esses sont port�es sur des palanquins depuis leur temples � l�int�rieur de la
ville (dyache) pour �tre exposer au
public dans leur sanctuaires ouverts (p�xha) en dehors de la ville
(photo 148). Pendant ces jours, tous les habitants de Bhaktapur�et d�ailleurs visitent et v�n�rent ces d�esses selon un ordre
prescrit (photo 149). Il y a aussi une f�te importante consacr�e aux d�esses � Thimi�et � Bode, villages avoisinants
(photos 150-151). Le neuvi�me jour,
le dernier, le
m�t�des potiers est aussi descendu. La m�me nuit
il y a un dernier et violent affrontement entre les parties haute et basses de
la ville pour tirer Bhairava�dans leur moiti� respective de la ville.
L�ann�e o� j�ai observ� cette f�te, c�est la partie basse de la ville qui a gagn�:
leur �victoire� avait pratiquement r�duit en d�combres le chariot de Bhairava qui devait attendre la prochaine tourn�e
de la f�te l�ann�e suivante pour sa r�surrection. Mes
informations reposent sur des interviews men�s apr�s le Bisket y�tr� que j�ai donc observ� en avril
1985.[67] Il
y a cinq gardiens (naike) qui ont diff�rentes charges comme apporter
l�eau du puits pour laver la m�rti de Bhairava, pr�parer le mat�riel de
la p�j��pour le pr�tre qui viendra vers 8h le matin et le soir pour l��rati. Les gardiens travaillent
sur une rotation d�un mois et doivent ensuite accomplir une Mah�p�j�. Pour cette derni�re, ils convoquent tous les gardiens avec leurs
femmes. Apr�s la mort d�un gardien, il y a tirage au sort. Tous les habitants
de L�ksudhok� ont la possibilit� de
devenir gardien, mais c�est finalement le Guthi Sawsth�n�qui fait la s�lection.[SV1] Le
temple de Bhairava�est ainsi divis�: au-rez-de chauss�e se trouve le Baila-Nasa, plus
connu sous le nom de Nasa-Dyo (sans doute Naxar�ja), au premier �tage l�image
de Bhairava. Le deuxi�me �tage abrite
une esp�ce de grange o� se trouve toute sorte de choses, par exemple la bo�te
sacr�e contenant la �t�te� de Bhairava. Le bain de la divinit� est
accompli par le gardien en charge, les rituels quotidiens par un �c�rya. La cakra p�j��est accomplie par les K�nphax��Yogi[68] mais � l�ext�rieur du
temple. On
l�a vu pendant le Bisket Y�tr�, la m�rti de Bhairava�est descendue du temple. Les Kusle�viennent chercher le gardien en charge dans sa maison et ces Kusle tiennent le parasol (chatra). Les gardiens rev�tent des
habits blancs dans le temple, v�tements utilis�s uniquement durant le Bisket Y�tr�. �tant ainsi habill�s, ils
portent la m�rti de Bhairava dans le chariot apr�s avoir re�u l�ordre du R�jop�dhy�ya. Krsna
Acarya, l�a�n� (Thak�li) des pr�tres de Bhadrak�l�, m�a expliqu� que pour
�tre p�j�r��de Bhadrak�l�, il faut recevoir � l��ge
de trois ans une premi�re initiation dans le temple de Bhadrak�l�� o� une p�j��sp�ciale est accomplie. A l��ge de quatorze ou de quinze ans, une
initiation compl�te est donn�e. Les initi�s doivent rester douze jours dans le
temple, ils peuvent alors accomplir les rituels. On est pr�tre de Bhadrak�l�� de p�re en fils a�n�. De
nos jours il y a onze familles qui ont la charge sur une rotation d�un mois. Il
y a une p�j��le matin � 10h et une �rati�durant le sawdhy� du soir. Le Guthi Sawsth�n�donne 500 roupies pour le Bisket Y�tr�. Bhadrak�l�� est sortie de son temple le
22 du mois de Caitra�(en 1985) tandis que Bhairava�n�est sorti que le 27 du mois de Caitra, mais Bhadrak�l�� n�est plac�e sur son chariot que le 27. Ce m�me jour Bhadrak�l� est port�e jusqu�au quartier Lekhe (via Taumadhi) o� elle restera
jusqu�au trente du mois de Caitra. Le m�me soir, elle est tir�e
sur son char jusqu�� Cupini gh�x pour voir l��l�vation du m�t.
Apr�s trois collisions avec le char de Bhairava, le
premier de Vai��kha, Bhadrak�l�� est en col�re et rentre
directement dans son temple. On lui offre alors des v�tements rouges, ensuite
son char est transport� jusqu�au Ca��ik� p�xha�o� la population de Bhaktapur�la v�n�re ainsi que les autres afxam�t�k�. Puis elle est rapport�e
dans le temple le cinq de Vai��kha�mais reste � l�ext�rieur de son temple jusqu�au huit. Durant le mois
de Bh�dra, un homa est accompli dans la cour du
temple de Bhadrak�l� par l��c�rya de Bhairava, assist� du guthi. Bhadrak�l�� est apport�e dans son p�xha�uniquement durant le Bisket Y�tr�. La col�re de la d�esse, signal�e par des v�tements rouges comme le
sang, rappelle la violence que Bhairava�a d� subir pendant l��rection du liqga. Il n�a pu apaiser son
amante qu�en lui faisant cadeau de sa propre t�te. C�est
lui qui accomplit la nitya p�j�. Avant il y avait douze
familles s�occupant chacune � leur tour de cette p�j�, maintenant il n�y a que
deux familles qui restent. Le Thak�li�donne l�initiation (d�kf�) durant laquelle il doit
sacrifier une ch�vre et v�n�rer Bhairava�et Bhadrak�l�. Les femmes sont pr�sentes
durant l�initiation. Celle-ci vaut pour toutes les divinit�s mais il re�oit un mantra sp�cial pour v�n�rer Bhairava. Apr�s six jours de
r�clusion dans l�agache, l�initi�
re�oit le cordon sacr� du Thak�li. Puis apr�s quatre jours,
il accomplit la Tha-p�j��(li�e � la kuladevat�) puis un homa. Ensuite il est isol� pendant quinze jours dans une pi�ce o� il ne
re�oit qu�un repas par jour. En sortant, il accomplit la derni�re p�j� durant laquelle il v�n�re Bhairava et Bhadrak�l� avec des sacrifices de
boucs. D�abord
le pr�tre d�pose devant lui tout le mat�riel de la p�j�. Ensuite il lit la Bhairava-nitya-p�j�-paddhati.[69] Il r�cite aussi un hymne
pour les 18 Bhairava se trouvant dans la cour du
temple: �k��a-Bhairava, N�la-Bhairava, Unmatta-Bhairava, K�la-Bhairava, �ma��na-Bhairava, �veta-Bhairava, Baxuka-Bhairava, Mah�k�la-Bhairava, Krodha-Bhairava, etc. Le samedi est un
jour sp�cial pour Bhairava. Les deux �c�rya prennent en charge le temple pendant une p�riode de six mois chacun �
leur tour. Pendant
le Bisket Y�tr�, il accomplit la p�j� dans le temple temporaire de Bhairava, et la Mah�bali p�j��au Cyasilum-Ma��apa. Le Guthi Sawsth�n�donne le mat�riel n�cessaire pour ce rituel. Des bols de riz sont
pr�par�s pour �tre donn�s aux jardiniers (M�l�k�r) qui incarnent les Navadurg��� la fin de l�offrande. Le riz est tout d�abord cuit dans la
maison du gardien principal puis apport� dans le Ma��apa. Deux drapeaux de cinq couleurs (rouge, vert, blanc, noir, jaune) sont
plac�s pour repr�senter les afxam�t�k�, un autre plus petit est
mis pour V�r�h��et Bh�ta-Bhairava. Un mandala est trac� pour le pa�cabali
(�cinq offrandes�) et un autre pour le tribali (�trois
offrandes�) destin�s aux esprits (bh�ta) sur lesquels on place
respectivement cinq et trois boules de riz. Le pr�tre met une x�k� noire provenant de la suie de la bougie utilis�e pour le pa�cabali sur le front des participants. Un bouc doit �tre sacrifi�. Apr�s ce
rituel, Bhairava est replac� sur son char.
Le R�jop�dhy�ya�porte l��p�e des Malla�et accomplit certains rituels. Surya
Bahadur Citrakar appartient au Bhairava Guthi.[70] Il a la charge de
repr�senter Bhairava sur la natte de bambou (pulu) utilis�e pour le transport du R�jop�dhy�ya�pendant sa c�r�monie fun�raire. Pour cela, il doit aller sur la
place de Taumadhi o� cette natte est fix�e sur le temple d��k��a Bhairava. Cette natte doit d�abord
�tre nettoy�e par un homme de la caste des teinturiers. Une fois repeinte, un Karm�c�rya� fait une p�j� sp�ciale pour cette natte. Le Guthi Sawsth�n�doit lui donner une petite quantit� de riz. Le Bhairava Guthi comprend douze familles et
s�appelle ainsi car il v�n�re Bhairava. C�est Surya Bahadur Citrakar
qui peint les yeux de Bhairava sur les roues du chariot,
mais il peut charger quelqu�un d�autre pour le faire. Un Mah�bhairava�en bronze est gard� pendant un an dans chaque famille. La plupart
des Citrak�r�sont bouddhistes, lui-m�me est bouddhiste et son propre pr�tre de
famille est un Vajr�c�rya. Ce sont les Citrak�r�qui ont la charge de pr�parer les masques de Nava Durg��(Teilhet 1978). M�me � Bhaktapur, la ville la plus
hindouis�e de la Vall�e, des castes bouddhistes continuent � jouer ainsi un
r�le important dans le culte royal de Bhairava et
dans la vie rituelle des
brahmanes�les plus �lev�s. Malgr�
l�absence d�un roi r�el dans le Bisket Y�tr�, le R�jop�dhy�ya�porte l��p�e royale sur le chariot d��k��a-Bhairava. Kedar �Rajopadhyaya qui a eu l�obligeance de
r�pondre � mes questions, observe qu�il est dans cette f�te repr�sentant des
rois Malla�et pr�tre. Il souligne la relation Taleju/Bhairava�en donnant ces pr�cisions. Au mois de Paufa�(dec-janv) et pendant Bisket Y�tr�, le 27 du mois de Caitra, les pr�tres du temple de Taleju font envoyer des offrandes au temple de Bhairava apr�s avoir accompli une importante p�j� dans le temple de Taleju m�me. Bhairava est la divinit� tantrique la plus importante de Bhaktapur. Apr�s la p�riode Malla, le temple de Taleju a re�u une aide mat�rielle du Guthi Sawsth�n�et tous les anciens rituels continu�rent � �tre accomplis. Ce R�jop�dhy�ya m�explique encore que le m�t (appel� liqga) est Bhairava et que les huit cordes attach�es autour de ce m�t sont les afxam�t�k�. Suspendue normalement au
mur du temple d��k��a-Bhairava, la natte fun�raire de ce R�jop�dhy�ya sur laquelle est repr�sent�e �k��a-Bhairava accompagne aussi le cort�ge fun�bre de l��l�phant d�Indra � la fin de l�Indra Y�tr��� Bhaktapur. Rappelons que le roi Pacali Bhairava�de Kathmandou�s��tait cach� dans une telle natte et s�est trouv� divinis� pour
toujours. Le probl�me de la royaut� n�war��et hindoue��c�est de d�chiffrer le
symbolisme de ces rapports dynamiques et triangulaires entre le
roi�s�culier, le brahmane�pur et l�intouchable.[SV2] �Les
Jogi ou Kuslesont actuellement
tailleurs-musiciens: ils acceptent aussi les dons fun�raires; ils �taient �
l�origine des renon�ants comme l�indique leur nom n�war Jogi, pour le sanscrit Yogi; ils ont toujours d�ailleurs leurs monast�res dans les villes de la
vall�e; pendant les mois d�hiver, ils prennent le costume ocre de leur ordre
pour aller mendier de maison en maison� (Gaborieau�1975a:204). Les Kusle�ou Jogi sont des basses castes dont les anc�tres �taient les
asc�tes K�p�lika, ce qui explique que de
nos jours encore ils sont enterr�s.[71] Nous savons d�j� que l�
iconographie�classique de Bhairava�correspond bien � la figure du K�p�lika�brahmanicide. Candranatha
Darsanadhari joue d�une sorte de trompette chaque matin et soir devant la porte
d�or du temple de Taleju, pour Bhairava�le 29 du mois de Caitra�devant son temple temporaire de L�ksudhok� pendant la p�j� offerte par le Guthi Sawsth�n, et pour recevoir l��p�e du
roi. Il n�a pas le droit de monter au premier �tage du temple de Bhairava; il doit rassembler les offrandes pour Bhairava au rez-de-chauss�e du temple. Son ifxadevat��est Gorakhn�tha; il suit la coutume de
mendier pendant un mois et ses rites fun�raires sont sp�cifiques � sa caste. Ce
sont les
intouchables�Pore�qui sont les gardiens r�guliers des
sanctuaires ouverts des d�esses en dehors de la ville, y compris le p�xha�de Bhadra K�l�.
A l�oppos� du m�t d�Indra�� Kathmandou�qui est �rig� au centre m�me de la capitale,
le liqga�est �rig� � la limite sud de Bhaktapur�dans le quartier o� r�sident les
intouchables. Par contraste avec les Kusle�qui sont aussi de basse caste, ces p�cheurs (Pore) sont consid�r�s beaucoup trop impurs
pour pouvoir vivre � l�int�rieur des limites rituelles de la ville. Cet endroit
est s�par� du sanctuaire ouvert (p�xha)
de Bhadra
K�l�
et des terrains de cr�mation seulement par la petite rivi�re Hanumate, le Gange
de Bhaktapur.
Ceci correspond assez bien au caract�re �marginal� du dieu transgresseur, et �
la relation toute particuli�re entre le royal Indra�� Hanuman Dhoka et le Pacali Bhairava�du terrain de cr�mation au sud de Kathmandou.
Un
buffle est sacrifi� au p�xha�de Bhadra K�l�, et ces intouchables apportent sa t�te sur la place de Taumadhi,
centre de la ville��o� se trouve le temple d��k��a Bhairava��afin de la d�truire d�s
que le liqga�est �rig� pr�s du Cyasilum Ma��apa. Tard la m�me nuit une procession s�y forme pour retourner au m�t:
cette procession �fun�raire� comprend une civi�re traditionnelle avec un pot �
la place d�un vrai cadavre. Ce pot est appel� �bh�j�khahca en n�wari, le premier terme �bh�j��
signifiant non seulement �pot� mais aussi la grande �t�te� d�une personne
maigre: le m�me champ s�mantique que le mot sanscrit kap�la, qui signifie � la fois
�cr�ne� et �tesson� ou �potsherd� en anglais (ce qui explique le kap�la comme cr�ne-bol de Bhairava, voir supra). Ayant fait
venir en vain pour le cadavre du prince victorieux, la civi�re, qui autrefois
�tait utilis�e pour ramasser du palais les pr�tendants tu�s par les serpents,
celle-ci est renvoy�e��avec le �pot-t�te� comme substitut��au p�xha�pr�s du terrain de cr�mation. La civi�re laiss�e dans le temple de
Bhadrak�l� est rapport�e sur la place
Taumadhi le soir du premier jour de Vai��kha�quand le
m�t�est abattu. Le mariage du prince, h�ritier
ainsi du tr�ne de Bhaktapur,
se confond inextricablement avec la d�capitation de Bhairava�pour le plaisir de Bhadrak�l�.
�Kuiper�d�fend l�id�e que les hymnes du �g Veda�auraient d�abord �t� r�unis en manuel liturgique pour un rituel de
Nouvel An qui aurait �t� une f�te d�Indra, identique � la f�te bien
attest�e du m�t d�Indra, et c�l�br�e lors du solstice
d�hiver. A l�approche de cette f�te, chaque ann�e, Varu�a�aurait retrouv� sa nature asurique et pris la t�te des d�mons pour
repartir en guerre contre Indra. Le jour de la f�te d�Indra aurait renouvel� la victoire des dieux sur les d�mons comme en
t�moignaient joutes oratoires et courses de chars, figures du combat. Ce
partage du panth�on en deux �moiti�s� aurait �t� � l�image de la soci�t�
v�dique qui, � l�instar de maintes soci�t�s tribales, auraient �t� form�e de
moiti�s (�moieties� en anglais), au sens sociologique du terme. La f�te aurait
consacr� l�unit� retrouv�e du cosmos sous la domination d�Indra. Quant � la disparition de cette f�te, dont les restes aujourd�hui
conserv�s ne co�ncident nullement avec le solstice d�hiver Kuiper
semble la justifier de deux mani�res: au plan sociologique, la transformation
d�une soci�t� dualiste en une soci�t� plus complexe aurait fait perdre de
l�importance � la lutte des devas et des asuras, � l�opposition d�Indra et Varu�a aussi par cons�quent.
Corr�lativement, les dieux de la totalit� (ceux de la Trim�rti) se seraient superpos�s � cette double royaut� et auraient constitu�
une nouvelle figure de la souverainet� englobant la premi�re� (Biardeau�1981a:294-295). Dans
l�Indra Y�tr��de Kathmandou,
le r�le attribu� � Varu�a asurique est assum� surtout
par le Bhairava �tribal�. Comme
la plupart des villages n�war, Bhaktapur�est divis� en deux moiti�s haute et basse s�opposant, qui
d�termine l�organisation de l�espace rituelle. Leur opposition devient
apparente durant certains festivals, comme dans le tour de la Kum�r��des deux parties de Kathmandou�pendant des jours diff�rents. De la m�me mani�re, le festival
annuel de Pacali Bhairava�concerne seulement le �sous-roi� (juju) de la moiti� sud de Kathmandou, tandis que le juju de la partie nord c�l�bre un festival enti�rement diff�rent pour Indr���-Lut�-Ajim� � une autre date dans son
propre territoire. A Bhaktapur, la partie haute du nord
de la ville est l�aire en amont qui a �t� la premi�re peupl�e. Les parties
hautes et basses sont divis�es par une ligne perpendiculaire � l�axe long
(sud-ouest/nord-est) de la ville. �Although the lower city has the main
concentration of Brahmanes and high status Chathariy�, and the upper city the main concentration of upper status Buddhists,
for the most part each city half has a full representation of important social
and occupational units� (Levy�1990:174). Durant Bisket, cette opposition rituelle
devient une v�ritable bataille car les habitants des deux parties s�engagent
dans une lutte f�roce � la corde de traction pour tra�ner le chariot de Bhairava et ses occupants��avec tous leurs insignes sacr�s de la royaut闗dans
leurs parties respectives de cette ancienne capitale. �It is often said that
the Malla�kings encouraged the division and conflict between the two city
halves, which they transcended, to strengthen their power and divide any
potential opposition� (Levy�1990:170). Les
implications de ce �sacrifice de bataille� deviennent plus claires quand cet
�pisode du Bisket��r�p�t� le jour
final��sont juxtapos�es au festival du Siti Nakha � Kathmandou. Un violent rituel prend
place entre le nord et le sud de Kathmandou:
les prisonniers captur�s devaient �tre rituellement sacrifi�s aux temples d�Indr����(nord) et Kaqke�var��(sud). Le roi Thakuri Gu�ak�madeva�aurait institu� ce festival sur le conseil du dieu K�rttikeya-Skanda�pr�cis�ment pour emp�cher ses sujets de se r�volter. Cependant
c�est le m�me roi � qui on attribue non seulement la fondation de Kathmandou�mais aussi d�autres institutions servant � unifier le royaume: le
culte de Pacali Bhairava, les danses de Nava Durg��et l�Indra Y�tr�. F.
B. J. Kuiper�con�oit le festival original du m�t d�Indra�comme le renouvellement de l�ordre socio-cosmique apr�s la p�riode
de chaos de la fin de l�ann�e. Le contexte de conflit g�n�ralis� entre les
dieux (deva) et les d�mons (asura)��qui temporairement ont
l�avantage��est fid�lement conserv� dans les mythes d�origine du th��tre
sanskrit et �taient r�guli�rement repr�sent�s dans des genres de drame rituel
qui n�existent plus. Derri�re la politique apparemment cynique de �diviser pour
r�gner� se cachait aussi une strat�gie rituelle d�unification qui demandait la
catharsis r�guli�re��mais soigneusement contr�l�e��de violence qui pouvait
autrement d�truire l��difice entier de ces communaut�s archa�ques. Finalement,
c�est le
roi�divin lui-m�me qui symboliquement
assume��soit comme Indra�soit comme Bhairava��le
r�le archa�que et sacrificiel du bouc �missaire. Le
balluchon, tr�s secret et soigneusement gard�, qui accompagne �k��a Bhairava�alors qu�il va annuellement s�unir avec sa par�dre si exigeante,
conserve toujours le myst�re v�dique de la t�te coup�e. La clef pour comprendre
�la f�te de la mise � mort des serpents� (Bisket) est l�identit�
sacrificielle du Bhairava d�capit�, venu de B�nar�s, avec le prince
victorieux, h�ritier du tr�ne de Bhaktapur. L��l�vation du
�m�t-serpent� signifierait donc la neutralisation et m�me l�annihilation des
souffles vitaux oppos�s (pr��a/ap�na) r�sultant de l�ascension
de la ku��alin��serpentine le long du canal m�dian (sufum��) dans l�acte m�me d�union
sexuelle (m�me incestueuse).[72] Cette neutralisation, �
tous les niveaux, du dualisme psychophysique est typiquement con�ue comme un
processus de friction (saqghaxxa) dans les textes
tantriques�consacr�s � Bhairava
qui la d�signent pr�cis�ment par le terme ��quinoxe� (visuvat).[73] Elle est v�cue comme une mort, souvent
angoiss�e et violente. A l�instar des autres f�tes n�war de Nouvel An, le Bisket Y�tr��est la traduction, sur le plan social et
cosmique, de ce dualisme foncier. Et elle propose, � sa mani�re symbolique, le
moyen d�en sortir: la figure du roi-Bhairava assis sur son chariot et tiraill� dans
les deux directions oppos�es. Le chariot massif � trois niveaux de Bhairava, tr�s bien sculpt�, dont les quatre
roues sont identifi�s aux quatre Veda,
est dessin� sous la forme du �r�
yantra,
qui repr�sente pr�cis�ment l�union de �iva�(‑Bhairava)
et de sa �akti�(Anderson�1975:44). Comme
Mah�k�la, la sufum���est dite d�vorer la mort (K�la) repr�sent�e par
l�alternance des souffles lat�raux: la mort initiatique ouvre la porte � la vie
v�ritable. Le buffle sacrifi� actualise rituellement cette mort non seulement
de l�amant royal mais aussi de K�la Bhairava. Comme le buffle enrag�,
d�capit� par �k��a-Bhairava�pendant la danse de Sawa-Baku durant l�Indra Y�tr��� Kathmandou, il repr�sente le
roi�identifi� avec sa victime sacrificielle.
L�identit� sexuelle de la victime et du bourreau est encore plus claire dans le
mythe fondateur du festival d�Indre�vara-Mah�deva�� Panauti:
poursuivi par l�insatiable Bhadrak�l�,
�iva�plonge au confluent de deux rivi�res
d�finissant l�endroit du temple. Il en sort imm�diatement�� comme la troisi�me
rivi�re m�diane et invisible��sous forme d�Unmatta Bhairava,
toujours ithyphallique, pour s�unir � elle trois fois. Le
�pot-t�te� sur la civi�re correspondrait � la substitution d�une termiti�re,
autre symbole de la matrice, pour la t�te coup�e dans le rituel v�dique (Heesterman 1957:19). La mort initiatique de
l�adepte tantrique, tout comme celle du d�kfita�v�dique, est assimil�e � un retour � la
matrice. Le
tantrisme, tel que nous le connaissons aujourd�hui, est bien une partie de
l�hindouisme. Mais les donn�es des f�tes n�war��et les donn�es qu�on retrouve
en Inde m�me��sugg�rent que le culte de Bhairava, le dieu ancestral
�grand-p�re� (�ju-dyah) des N�war, fut l�instrument pour
assimiler les f�tes de m�ts c�l�br�es aussi par les tribus non-aryennes. Une
des caract�ristiques de leur religion est l�ascension et la descente de
l�arbre-pilier par le
chaman�afin de communiquer avec les dieux et les
morts. Dans le contexte tantrique du culte de Pacali-Bhairava,
la transe extatique du chaman se traduit par une possession par Bhairava (Bhairav�ve�a)
ou K�l�.
Cette possession est d�ailleurs soigneusement retenue m�me quand elle
subit��par des mystiques sivaites comme Abhinavagupta�(10�me si�cle)��une reformulation tr�s
�labor�e dans les termes d�une gnose brahmanique. �Dans le �festival du chariot� (Ratha-Y�tr�) de la d�esse Bhairav� � Nuwakot, au-del� de la limite
nord-est de la Vall�e de Kathmandou, un tel �chaman� n�war (Dh�mi) a �t� institutionnalis�
en garant religieux de la royaut� n�palaise pour la dynastie r�gnante des Sh�h. Son fondateur Prithivi
Narayana Shah a attribu� sa conqu�te de la Vall�e de Kathmandou�des rois Malla�� l�intervention divine de Bhairav��de Nuwakot
d�o� il entreprit son �unification� du N�pal. Nuwakot fut la capitale de son royaume
jusqu�� la conqu�te de Kathmandou.
Nuwakot �tait un
centre commercial et militaire o� les voyageurs se rendant � Lhasa�s�arr�taient, et un relais important pour les routes de p�lerinage
allant � Pokhara, Gorkha, Tansen�Jumla. C�est pourquoi les N�war
s�y install�rent. Un palais fut construit par les Malla au quinzi�me si�cle. Prithivi Narayana Shah avait fait construire son
propre palais pr�s de celui des Malla. Le
Dh�mi[74] est poss�d� par Bhairav�ve�a�pour le bienfait de la communaut� et pour le pays tout entier
(photo 152). Il participe � des rites sanglants qui culminent dans les oracles
�nonc�s devant les repr�sentants du roi. Il est difficile de savoir dans quelles
circonstances cette f�te a commenc�. D�apr�s Vajracarya (2032 sawvat:109), on peut la faire
remonter � l��poque des Licchavi, mais selon les
inscriptions retrouv�es cette f�te daterait de 1150 (561 sawvat). Nepali�(1988:345) rapporte que cette f�te a �t� �tablie pour �tancher la
soif de sang de la d�esse Bhairav��qui sinon r�pandrait une �pid�mie de fi�vre (n�w. awl). Le
mythe nous apprend qu�un homme de la caste Jy�p��de Kirtipur, au sud de Kathmandou, vint vendre des l�gumes
� Nuwakot. Il passa la nuit � Dev� gh�x�c�est � dire au confluent des rivi�res Trisuli�(identifi�e � Gaqg�) et Tadi�� l�ouest de Nuwakot.
Puis s�appr�tant � repartir il rencontra une femme tr�s belle qui �tait, en
fait, Bhairav�. Elle portait tout le
mat�riel n�cessaire � un rituel et tenait un bouc qui sentait tr�s mauvais. Bhairav� demanda au Jy�p� de sacrifier ce bouc pour
elle. Ce Jy�p� devint soudain poss�d� par Bhairava�et but le sang de la b�te d�capit�e: le sang n�atteignit pas le
sol. C�est ainsi qu�il devint un Dh�mi. Il ne souhaita pas
retourner � Kirtipur. Le Dh�mi actuel est son descendant. Une
autre variante du mythe nous parle aussi d�un p�cheur de la caste Rai. Alors
qu�il p�chait dans la rivi�re Tadi�� Dev� gh�x, il ramassait toujours la m�me
pierre. Une nuit la d�esse Jalpa Dev��lui apparut dans son r�ve, et lui ordonna d�installer cette pierre
� Dev� gh�x�comme une manifestation d�elle-m�me. Sur son chemin de retour � Kirtipur, un Jy�p��vendant des �pices vit qu�on v�n�rait cette pierre. Il offrit un
bouc et spontan�ment accomplit le �bhog kh�ne (boire le sang imm�diatement apr�s que l�animal a �t� sacrifi�) qui
est continu� par ses descendants. Pour rappeler ce fait, un poisson vivant est
offert durant la f�te par un homme de la caste Rai au Dh�mi�quand il vient � Dev� gh�x. Ce qui frappe dans ces mythes
d�origine, c�est la tentative d�inscrire (ou de r�inscrire) des ph�nom�nes de
possession dans un cadre sacrificiel, et de r�interpr�ter le sacrifice lui-m�me
en termes de possession. �J�ai pu observer cette f�te du 4 au 8 avril
1985 � partir du jour de la pleine lune (p�r�im�). Ce festival a lieu
pendant le mois de Caitra�(mars-avril) et commence le huiti�me jour de la quinzaine claire (�ukl�fxam�). Le
Dh�mi�re�oit durant ce jour du riz des diff�rentes maisons de Nuwakot�vers lesquels il se dirige en jouant du �amaru. Le douzi�me jour de la quinzaine claire (dv�da��), les personnes qui participent directement � cette f�te��soit Kum�r, Ga�e�a, le Dh�mi, les Jvalakala��doivent descendre la
colline de Nuwakot�pour aller jusqu�� Dev� gh�x. Les Jvalakala�sont les deux hommes qui se tiennent � droite et � gauche du Dh�mi�pendant cette f�te. Ils sont les cousins du Dh�mi qu�ils peuvent remplacer dans des circonstances exceptionnelles. Ces
participants accomplissent le rituel d�invitation (nimantra�a-p�j�) � Dev� gh�x��au confluent des
rivi�res Trisuli�et Tadi�� pour que les dieux
viennent participer � la f�te. Ils y sacrifient un bouc. Dans
la maison du Dh�mi, la Kum�r��de Nuwakot�qui est la fille du fr�re du Dh�mi, donne trois fois de l�eau au Dh�mi en suivant les instructions des Vajr�c�rya�venus sp�cialement de Kathmandou�pour diriger les rituels de cette f�te. Apr�s avoir pris son bain,
le Dh�mi re�oit des Vajr�c�rya une sorte de ch�le (dosala) puis une robe bleue orn�e
des �huit (ornements) fastes� (afxamaqgala) comme un poisson, une
queue de yak (c�mara), un drapeau, une conque (�aqkha), un vase (p�r�akala�a), un parasol, des cordes
nou�es de feuilles de tulsi pour chaque bras et enfin une
couronne et des boucles d�oreille. Le Dh�mi ne porte ce costume que durant cette f�te, pour d�autres occasions il
a une longue robe blanche avec un ch�le rouge drap� dessus. C�est ainsi v�tu
qu�il rend visite au roi de Kathmandou�une fois tous les douze ans. Les Vajr�c�rya mettent du collyre (kol) sur
les yeux du Dh�mi pour le prot�ger des mauvais
esprits, puis murmurent un mantra � l�oreille du Dh�mi qui en le r�p�tant devient poss�d� par Bhairav�ve�a. Il quitte alors sa
maison � un moment calcul� astrologiquement. En
fait, il court aid� par les Jvalakala�vers la maison du Dv�re, le repr�sentant du roi
de la dynastie Sh�h. L� se trouve un immense
bol de riz (mah�bali),[75] pr�par� par le guthi�du temple de Taleju, qu�on offre au Dh�mi. Ce bol est port� ensuite
au temple de Bhairav�. En r�alit�, c�est devant
la maison du Dv�re que le Dh�mi commence � trembler comme le font les chamans ou les poss�d�s. Le
premier
m�t�(photos 154-155) est �lev� devant le temple
de Maiti-Dev�,
appel�e aussi B��h�-M�,
consid�r�e comme la m�re de Bhairav�.
Le Dh�mi�doit rester � ce moment-l� en dehors de la
limite rituelle du village jusqu�� ce que le m�t soit �rig�. Couvert
enti�rement d�un tissu blanc, il s�allonge par terre comme un mort � c�t� du
trou qui supportera le m�t (photo 154). Apr�s plusieurs heures d�effort, le m�t
est enfin �lev� par les villageois (photo 155). De l�or, des pierres
pr�cieuses, des noix de coco, des grains de riz sont attach�s en haut du m�t.
Le Dh�mi�est nourri avec des boules de riz comme s�il
�tait un nouveau-n�. Puis, jouant du �amaru��le
m�me petit tambour utilis� autrefois par les K�p�lika�et que les Kusle�continuent � porter��il visite les
sanctuaires du village et s�arr�te devant les maisons o� il re�oit des
offrandes des villageois. Ensuite il se dirige vers l�endroit o� le deuxi�me
m�t a �t� �lev� en face du temple de Bhairav��(photo 156). En effet, le Dh�mi�arrive apr�s l��l�vation du m�t et offre du
riz. Le Dh�mi
alors accomplit deux rituels, un pour le m�t et un autre pour les afxam�t�k��dans le temple de Bhairav�. Tous
les participants de la f�te vont dans la maison de l�homme qui incarne Ga�e�a�o� un repas leur est donn�. Cependant le Dh�mi�et sa femme, la Dhamini�(photo 153) qui � ce moment intervient, ne mangent pas. Ensuite,
le Dh�mi, la Dhamini, Ga�e�a�et le Dv�re�vont dans le palais des Malla�o� ils accomplissent un rituel secret dans une pi�ce sp�ciale de
ce palais. Le Dv�re remet alors aux autres
participants, Ga�e�a et Kum�r, leurs v�tements de f�te. Le Dv�re�� ce moment aussi confie au Ga�e�a��brahmanique� l��p�e du roi de la dynastie Sh�h�(tout comme le R�jop�dhy�ya�porte l��p�e Malla�pendant la f�te de Bisket�� Bhaktapur). Il y a aussi un festin
pour tous les membres du guthi�du Dh�mi�dans sa maison m�me. Puis
tous se dirigent vers le temple de Bhairav��o� le Dh�mi�et la Dhamini�accomplissent des rituels secrets. Un
rituel, pour consacrer l�offrande (Mah�bali) � la d�esse Taleju, est accompli dans son
temple pendant la matin�e de p�r�im��par les Vajr�c�rya�en pr�sence du Dh�mi, de la Dhamini, de Kum�r, de Ga�e�a�et du Dv�re. A la fin de ce rituel,
tous ces participants sortent du temple et se dirigent vers le palanquin (khat) des afxam�t�k��pour y d�poser le Mah�bali�avec des jarres de bi�re. Ce palanquin sera port� par trente-six Tamang�(population tib�to-birmane) du village avoisinant de Lachang jusqu�� Dev� gh�x. (i)
Carte
18-1:
Routes de la Procession de la F�te de la Ratha Y�tr� � Nuwakot Carte
r�alis�e par Niels Gutschow Suivi
par le Dh�mi, la Dhamini, Ga�e�a�et Kum�r, dans cet ordre, le khat port� par les Tamang conduit la procession jusqu�� Dev� gh�x. Ce chemin est tr�s
escarp� et descend abruptement jusqu�� Batar Bazar � mi-chemin de Dev� gh�x (photo 158) o� beaucoup de d�vots attendent le Dh�mi. Notons que le Dh�mi et la Dhamini ne marchent pas � m�me le sol (photo 159). Les d�vots, en effet,
�tendent une large �toffe blanche qu�ils remettent au fur et � mesure jusqu�� Dev� gh�x. Le
Dh�mi�arrive � Dev� gh�x dans la soir�e. Tout d�abord le
Dh�mi et la Dhamini�prennent un bain dans la rivi�re Trisuli, puis ils vont vers le
sanctuaire ouvert (p�xha) de Jalpa-Dev��o� le khat des afxam�t�k��a �t� transport�. Ensuite, on proc�de au bhoj kh�ne durant lequel seize boucs, quatre buffles donn�s par le
roi,
et un poisson sont offerts au Dh�mi.
Une fois que les victimes sont sacrifi�es, le Dh�mi
doit en boire imm�diatement le sang (photos 160-161). Ses Jvalakala�le surveillent et l�interrompent parfois dans
ces sacrifices pour le transporter jusque dans une hutte construite
sp�cialement pour cette f�te, afin qu�il s�y repose et vomisse le sang qu�il a
aval� en grande quantit�. Dans cette hutte se trouvent les �cinq �l�ments� (pa�catattva) ou cinq grands pots d�alcool apport�s
par des agriculteurs qui travaillent dans les champs du Dh�mi. Le Mah�bali,
transport� dans le khat,
est plac� finalement devant les pa�catattva.
Un des pots sera laiss� � Dev�
gh�x,
les quatre autres sont rapport�s dans la maison du Dh�mi.
Ces pots sont, en r�alit�, apport�s huit jours avant la pleine lune � Dev� gh�x. Ils sont recouverts par des plats
contenant du samay.
Les oracles sont donn�s apr�s que le dernier bouc a �t� sacrifi�. Dans ce but,
le Dh�mi�se retire alors dans cette hutte en compagnie
de la Dhamini.
Le Dv�re,
les Vajr�c�rya,
et les Jvalakala�sont les seules autres personnes autoris�es �
rester dans la hutte pendant les oracles. Les Vajr�c�rya�donnent un mantra
� r�citer au Dh�mi�qui entre en transe avant d��noncer les
oracles. Le Dv�re�les �crit ensuite et les envoie au roi. Le
Dh�mi�et la Dhamini�se reposent dans leur hutte. Les petites filles avant l��ge de
pubert� et venues des alentours accomplissent leur ihi�(photos 162-163) ou leurs premiers mariages avec le dieu royal, Vif�u.[76] En effet, ce jour est
tr�s favorable. Les fillettes n�war accomplissent un pseudo-mariage, elles se
marient symboliquement au fruit de l�arbre (nep.) bel (n�w. by�) ou aegle marmelos. On a donn� plusieurs interpr�tations de ce mariage:
�Le ihi�est pour les habitants originels de la Vall�e de Kathmandou�le seul v�ritable mariage; une fois cette c�r�monie c�l�br�e, la
femme pourra se marier autant de fois qu�elle le d�sirera sans subir l�opprobre
qui, dans la soci�t� hindoue, s�attache � la honteuse condition de divorc�e ou
de veuve remari�e� (Toffin�1984:402). �Mais avec
qui la jeune fille est-elle �mari�e�? Il n�y a pas, en effet, de mari rituel
dans cette c�r�monie Selon les uns, c�est le
symbole de N�r�ya�a�(= Vif�u); selon les autres, c�est
Kum�ra, le fils de �iva� (Toffin�1984:404). Il suffit, ici, de souligner que ce �mariage de
vierges� est c�l�br� au confluent des deux rivi�res et tout pr�s de la hutte
quand le couple divin s�y retire pour se reposer ensemble. Le
Dh�mi�quitte Dev� gh�x�le matin. Il est seul. En effet, tous les autres participants��y
compris la Dhamini, les Vajr�c�rya, les Jvalakala, Ga�e�a, Kum�r, les Tamang��doivent imp�rativement
quitter Dev� gh�x avant le Dh�mi. Les habitants de Dev� gh�x s�enferment chez eux, ils ne sortent pas, et ils ne regardent pas par
les fen�tres, car une mort imminente r�sulterait de la vue du Dh�mi. On n�est pas sans me
rappeler certaines morts dues � la curiosit�. On sait que le Dh�mi�a atteint la limite de Dev� gh�x quand un coup de fusil est tir�. Alors, tout le monde peut sortir!
Personne n�est en mesure de m�expliquer pourquoi le Dh�mi�doit �tre seul. Cette solitude absolue est toutefois celle du d�kfita�v�dique qui �tait assimil�, lui aussi, � un mort. Pendant
le retour � Nuwakot�en repassant par Batar Bazar, des sacrifices sanglants sont
accomplis sur le passage du Dh�mi�et de la Dhamini. Avant d�entrer dans Nuwakot, le Dh�mi�et la Dhamini�s�arr�tent dans un village limitrophe, Dharampani. L� ils doivent se reposer dans
une petite maison en haut d�une colline. En bas de celle-ci les Tamang ont
plac� le khat des afxam�t�k�. Depuis le matin jusqu�au d�but de l�apr�s-midi, les habitants du
village apportent leurs offrandes et des sacrifices sanglants sont accomplis
pour les afxam�t�k�. Une
foule consid�rable se trouve rassembl�e � Nuwakot�pour recevoir le Dh�mi�(photo 164). J�ai remarqu� aussi des s�dhu venant de l�Inde, sp�cialement des N�tha�de Gorakhpur, qui logeaient dans la
maison du Dh�mi. La procession conduisant
le Dh�mi arrive lentement; elle est
ainsi compos�e: Ga�e�a�en t�te, Kum�r, la Dhamini, le Dh�mi, les quatre Kusle, les Dhamai, les six K�sai. Les trois derniers
castes forment le groupe des musiciens. Quand cette procession atteint la
maison du Dh�mi, commence le Sind�r Y�tr��qui consiste � jeter du minium rouge sur les gens qui vous
entourent. La procession s��branle alors dans la rue principale du village vers
la maison du Dv�re. L�atmosph�re est � la
f�te. Beaucoup de villageois v�n�rent le Dh�mi et la Dhamini�� son passage. La procession s�arr�te enfin devant la maison du Dv�re. Sa fille accomplit un
rituel pour souhaiter la bienvenue au Dh�mi�et � la Dhamini. R�pandre de la poudre
rouge sur tout le monde est probablement le moyen symbolique de g�n�raliser le
sens de ces sacrifices sanglants que le Dh�mi avait fait � Dev� gh�x, et qui l�ont accompagn� � presque chaque pas dans son chemin jusqu�� Nuwakot. La
procession atteint ensuite le temple de Taleju�(photo 165) o� se d�roule tout d�abord � la porte d�entr�e un
rituel, ensuite au premier �tage de ce temple les Vajr�c�rya�accomplissent un autre rituel suivi d�un repas (bhoj). Ce rituel, dans lequel figure un grand nombre de pots, dont un
repr�sentant Indra, est tr�s �labor�. Puis
le Dh�mi�et la Dhamini�rentrent dans leur demeure. Le
troisi�me jour de la quinzaine noire le Dh�mi�se trouve en face du temple de Bhairav�, pr�s du
m�t,
proche d�une estrade o� est maintenant le khat
des afxam�t�k�.
Il d�capite alors des boucs noirs et blancs et deux buffles. L�un est offert
par le Guthi Sawsth�n�(� sa droite) et l�autre par le Dhoje Guthi (� sa gauche). Il boit le sang des
victimes sacrificielles de la m�me fa�on qu�� Dev� gh�x.
Il mord aussi par deux fois la chair des buffles d�capit�s. Tout comme � Dev� gh�x, entre ces diff�rents sacrifices il est
port� par ses deux acolytes pour se reposer. Il
y a aussi un rituel secret devant le m�t �rig� en face du temple de Bhairav�. Le �secret� est
symboliquement repr�sent� par un morceau de tissu qui entoure le Dh�mi, la Dhamini, et les Vajr�c�rya�(photo 166). Il n�y a pas de sacrifices d�animaux dans ce rituel
qui, selon les Vajr�c�rya, a pour but d�apporter la
paix au royaume. Ce rituel, puis l�abattage des m�ts, ach�vent cette f�te. Cette
pr�sentation repose essentiellement sur les interviews que j�ai pu faire apr�s
la f�te dans la premi�re semaine du mois de mai 1985.[77] Le
Dh�mi, Harinam Singh Dangol,
est un homme de la caste Dangol, sous-division de la
caste Jy�p��(agriculteurs). Ses anc�tres sont de Kirtipur�o� se trouve le temple de B�gh-Bhairava.[78] Selon les Vajr�c�rya�de ce temple, le Dh�mi�y envoie encore une partie des offrandes de la f�te. Sa fonction
de Dh�mi correspond � la d�finition
g�n�ralement admise de ce terme. Harinam Singh Dangol est Dh�mi une fois par an, ensuite insiste-t-il, il est un homme normal. Il ne
soigne jamais les malades et il ne semble pas que les villageois viennent le
consulter dans des situations difficiles. Cette t�che est r�serv�e aux Jankri en grand nombre � Nuwakot, mais je n�ai pu les
rencontrer. Le
fils a�n� succ�de normalement � son p�re. S�il y a quelque probl�me, c�est
alors le petit fils du Dh�mi�qui lui succ�de. Si cette solution n�est pas encore possible, cela
sera le second fils du Dh�mi ou le fils de celui-ci et
ainsi de suite jusqu�� ce qu�une solution soit trouv�e. Le p�re de l�actuel Dh�mi avait deux femmes. Le Dh�mi n�est pas le fils a�n� de la
premi�re femme de son p�re car il n��tait pas mari� l�galement; le fils a�n� de
cette femme, Saligrama, ne fut donc pas choisi.
Le Dh�mi est, en fait, le fils a�n� de
sa seconde femme avec laquelle il se maria l�galement avec les rituels requis.
Cette succession est similaire � celle pratiqu�e dans la famille royale.
Hariman Singh Dangol, l�actuel Dh�mi, a �t� choisi, il y a douze
ans apr�s la mort de son p�re. Les
habitants de Nuwakot�sont incin�r�s pr�s de la rivi�re Trisuli�au gh�x d�Indr�ya���mais le Dh�mi�et la Dhamini�sont incin�r�s � Dev� gh�x. Si la Dhamini meurt, le Dh�m� doit imm�diatement se
remarier. Mais si le Dh�mi meurt, sa femme perd son droit
de Dhamini (ainsi la m�re de l�actuel Dh�mi) et ne doit plus jamais retourner � Dev� gh�x, elle n�y reviendra que pour �tre incin�r�e. Le festival doit �tre
remis � plus tard si le Dh�mi meurt, et son successeur est
imm�diatement initi� par des pr�tres bouddhistes de Kathmandou. Tous les douze ans le
costume du Dh�mi�est remplac�, l�ancien est alors br�l� � Dev� gh�x. Durant la Bhairav� Ratha y�tr� toutes les r�gles de puret�
sont suspendues. C�est ainsi que le Dh�mi�n�est pas affect� par un deuil dans sa famille, et si la Dhamini�a ses menstruations, elle n�est pas impure. Quand le mythe
fondateur souligne que le bouc que son anc�tre sacrifia � Jalpa Dev��avait une mauvaise odeur, il semble jouer sur l�identit� du
sacrifiant et sa victime. Portant son �amaru, le Dh�mi, qui ressemble si
�trangement � l�asc�te K�p�lika, fait figure du d�kfita�impur. Le
Dh�mi�et la Dhamini�c�l�brent ensemble le rituel quotidien dans le temple de Bhairav��� Nuwakot. Ils pr�parent eux-m�mes
la nourriture de la divinit� qui consiste en viande, poisson, yaourt, l�gumes
verts et lentilles. Il y a plusieurs rituels: un le matin vers 10h, l�autre
dans la soir�e vers 6h, puis un rituel pour faire dormir la divinit�. Durant
ces rituels, les musiciens (Kusle) jouent � l�ext�rieur du
temple, et Kum�r�est pr�sent dans le temple. Ces rituels devraient �tre effectu�s
par des Vajr�c�rya�de Jwabahal Vih�ra � Kathmandou�qui auparavant restaient en permanence � Nuwakot, mais maintenant ils ne viennent que
pour cette f�te. Le Dh�mi�est aussi un propri�taire terrien. Le travail agricole joue un
r�le important dans sa vie quotidienne. Ce sont les terres du Dh�mi qui doivent �tre arros�es en premier. Il y aussi un rituel sp�cial
pour la premi�re moisson, effectu� dans le temple de Bhairav� en pr�sence du repr�sentant du roi. Chaque
ann�e Bhairav� est apport�e dans la �maison
de sa m�re� Maiti Dev�, le sanctuaire ouvert o�
elle re�oit des rites sanglants. Il y a des jours sp�ciaux consacr�s � Bhairav� pendant chaque quinzaine. Les animaux peuvent �tre sacrifi�s �
l�int�rieur du temple de Bhairav� mais les K�sai�ne peuvent le faire qu�� l�ext�rieur. Les Kusle�ne sont pas autoris�s � entrer dans le temple. Le sexe de la m�rti du temple de Bhairav� � Nuwakot�est confus, et la divinit� semble androgyne. Selon le Dh�mi, la m�rti est en fait celle d�Unmatta-Bhairava, le dieu de la folie
divine qui s�empare de l��me du poss�d�. Mais une grande importance est
accord�e � sa �akti Bhairav�. C�est pourquoi durant la procession de la f�te de Bhairav�, la Dhamini�est plac�e devant le Dh�mi. On sait aussi que durant
le N�r�ya�a y�tr�, N�r�ya�a a pour premi�re femme Brahm�ya���et pour seconde Bhairav�. La Dhamini�est indispensable � la f�te qui est nomm�e apr�s la d�esse Bhairav�, mais c�est son mari, le Dh�mi, qui est poss�d� par la
divinit�. Le
Dh�mi�re�oit son initiation des pr�tres bouddhistes Vajr�c�rya. En fait cette initiation
est une �cons�cration royale� (r�j�bhifeka) et doit rester secr�te.
Le Dh�mi re�oit cette initiation pour
la vie, mais pour chaque Bhairav� Ratha y�tr� il doit se pr�parer avec soin.
Il doit d�abord je�ner, puis rester en silence, et finalement �viter de manger
du poulet, des oignons, des �pices durant toute la f�te. Une importante
c�r�monie est accomplie dans sa demeure avec sa famille pour marquer le d�but
de cette f�te. Le Dh�mi est si �troitement identifi�
au territoire de son village qu�il lui est interdit d�aller au del� de la
limite marqu�e par les rivi�res Tadi�et Trisuli. M�me dans le cadre de
cette f�te, il doit demander au roi la permission de quitter Nuwakot�et de les traverser pour se rendre � Dev� gh�x. En 1985, ann�e o� j�ai pu observer ce festival, celui-ci avait un
caract�re particulier car c��tait le grand festival qui avait lieu apr�s douze
ans. A cette occasion le Dh�mi�et la Dhamini�avant la f�te doivent aller a Kathmandou�en compagnie du Dv�re. Ils y restent quatre
mois. Le Dh�mi�re�oit, entre autres, une nouvelle robe et les insignes de la
royaut�. �Les
Dh�mi sont en g�n�ral les serviteurs
exclusifs d�une divinit� hindoue, qu�ils incarnent lors de certains rituels de
possession sous le contr�le d�autres sp�cialistes religieux [Le Dh�mi] appara�t comme un p�le succ�dan� du chamane� (De Sales 1989:122 note 7). Ce changement de caract�re ��pas
de nature��refl�terait ainsi l�incorporation des pratiques religieuses des
tribus dans le monde sacrificiel hindou. De Sales remarque aussi que �de monter
� l�arbre� repr�sente l�acte crucial de la cons�cration chamanique (ibid.).
Comme le y�pa�v�dique lui-m�me, les m�ts n�war de Nouvel An sont identifi�s �
cet arbre d�origine chamanique. Sans doute la fonction oraculaire du Dh�mi�a-t-elle �t� r�cup�r�e pour le b�n�fice du roi du N�pal. Mais en
portant sur lui les insignes si transparents de la royaut�, ce �succ�dan� du
chamane� nous r�v�le peut-�tre le visage cach� du roi hindou. (i)
Carte
18-2:
Le royaume du Dh�mi. Carte
r�alis�e par Niels Gutschow L�actuel
Dv�re,[79] Ganesha Kumar Shah,
repr�sentant du roi, est aussi le responsable administratif de Nuwakot. On sait gr�ce � Dhanavajra
Vajracarya que les habitants de Trisuli, ville avoisinante de Nuwakot, permirent �
Prithivi Narayana Shah d�atteindre Nuwakot o� il v�n�ra Bhairav��dans son temple. Le Dv�re de Prithivi Narayana Shah f�t
Naijarama Medasi Shah qui rempla�a le repr�sentant du roi Malla, Pramanya Pradhana. Ce
dernier se cacha dans le temple de Taleju�pour tenter de tuer Prithivi Narayana Shah mais Naijarama Medasi
lui arracha son �p�e et le tua. Prithivi
Narayana Shah avait l�habitude de passer six mois � Nuwakot�pendant l��t� et six mois � Shera Bagicha durant l�hiver en bas de
Nuwakot. Un
m�t�pour l�Indra Y�tr���tait �rig� devant le palais Malla�avant la conqu�te de Kathmandou.
Prithivi Narayana Shah avait une v�n�ration sp�ciale pour la d�esse Bhairav��de Nuwakot.
Unbescheid�dans un r�cent article (1985) apporte
d�importantes pr�cisions � ce sujet. Prithivi Narayana Shah re�ut une m�rti de la d�esse, des mains m�me de Gorakhn�tha.
Cette m�rti
devait le prot�ger pour la conqu�te de son royaume. Il arriva � Nuwakot et oublia cette m�rti.
Ayant r�alis� son oubli, il retourna � Nuwakot�la chercher. Mais la d�esse s�y �tait d�j�
install�e. Finalement il fut d�cid� d�en cr�er un substitut qui n��tait autre que
Manak�man�.
Le roi s�en fut � Kathmandou�avec elle (Unbescheid 1985:106-107). L�unification du N�pal
s�est op�r�e non seulement sur le plan militaire et politique, mais surtout par
une strat�gie symbolique comme le montre cette identification d�lib�r�e de la
d�esse Manak�man��du roi des Gorkha�avec la d�esse �n�war� Bhairav��du roi Malla. Le
Dv�re�doit faire le rituel de sawkalpa durant cette f�te. C�est lui qui repr�sente le roi durant le rituel
secret dans le palais royal de Nuwakot�o� il y a une pi�ce sp�ciale qui lui est r�serv�e. Le Dv�re�envoie deux fois par an, pendant Vijayada�am��et Caitrada�am�, des offrandes au palais
royal de Kathmandou. Il utilise un sceau
sp�cial pour tout �change �pistolaire entre Nuwakot�et le palais royal de Kathmandou. La charge essentielle du
Dv�re�est de veiller � la bonne marche du festival. Il doit demander au
roi l�argent n�cessaire pour cette f�te, lui faire conna�tre quand il y a un
nouveau Dh�mi�et veiller � ce que les Tamang�du village de Lachang
prennent une part active � ce festival. Comme dans la f�te de Pacali Bhairava, il semble y avoir une
cha�ne des yajam�na�(sacrifiants) superpos�s allant du Dh�mi�au roi du N�pal. Le Dv�re�fait le pont entre les dimensions locales et nationales de cette
f�te de renouvellement communautaire et cosmique. Kum�r�assume ce r�le depuis quarante et un an apr�s la mort de son p�re
qui repr�sentait aussi Kum�r avant lui. A cette �poque, Rudram�nasiwha, p�re de l�actuel Dh�mi, �tait le Dh�mi. Kum�r participe aussi au festival de N�r�ya�a�et doit aller ensuite dans le temple de Brahm�ya��. Il va aussi dans le
temple de Taleju. C�est Kum�r qui est le plus �g� et donc le plus respect� des participants de la Bhairav� Ratha Y�tr�. Dans sa vie quotidienne, il assume la fonction de magasinier. Il a la
charge de distribuer du riz, des l�gumes, des fruits, de la viande, du
gingembre aux villageois. Il accompagne le Dh�mi�� Dev� gh�x�pour la nimantra�a p�j�. Il est li� aux temples
de Bhairav��et de Taleju. Rana
Bahadur joue le r�le de Ga�e�a�depuis 28 ans. Il a re�u cette charge � la mort de son p�re. C�est
lui qui conduit la procession de ce festival. Il est v�tu tout comme Kum�r�d�une longue robe blanche et porte un turban blanc. Ce turban qu�il
doit rendre au Dv�re�� la fin de la f�te, lui conf�re un pouvoir divin. Durant tout le
festival c�est lui qui porte l��p�e de Prithivi Narayana Shah que le Dv�re�lui a aussi remise. Quand un nouveau membre est pr�sent� au guthi de Taleju, il doit sacrifier un
bouc � Taleju, pr�parer la nourriture pour Bhairav��et Jalpa Dev��et offrir un festin aux membres du guthi. Si Kum�r�meurt durant le festival, Ga�e�a ne repr�sentera plus Ga�e�a�mais Kum�r. Il y a trois grands parasols
r�serv�s au Dh�mi, � la Dhamini�et � Ga�e�a. La femme de Ga�e�a�doit l�accompagner jusqu�� Dev� gh�x�(dans ces circonstances, un de ses enfants est y n�). Si une mort
survient dans sa famille, celui-ci n�est pas affect�: il ne doit pas prendre
part aux rituels fun�raires; ses proches s�en chargent. Il arriva ainsi que son
p�re mourut durant le festival. Les derniers rites furent alors accomplis par
sa propre m�re au nom de son fils a�n�. C�est
la (re-) naissance du sacrifiant de lui-m�me par la d�kf��qui est repr�sent�e par ces figures jumel�es de Kum�r�et de Ga�e�a, les deux fils de �iva�(-Bhairava) et de P�rvat��(-Bhairav�). Tandis que Kum�r�repr�senterait l�aspect guerrier et royal, la pr�sence de Ga�e�a�correspondrait plut�t au fait que la cons�cration transforme le
sacrifiant en
brahmane�temporaire. C�est pourquoi Ga�e�a, qui porte l��p�e du roi,
peut toujours prendre la place de Kum�r
quand les circonstances l�imposent. A l�image du pr�tre brahmane, c�est lui, Ga�e�a, qui s�occupe des rituels d�entr�e pour
le Taleju�Guthi. bouddhisme Les Vajr�c�rya�doivent �tre pr�sents � Nuwakot�pendant toute cette f�te car ils dirigent
tous les rituels. Ils sont aussi oblig�s de venir � Nuwakot pendant les f�tes d�Indra,
de Bupadan (c�r�monie bouddhiste), du Dasain.
Les Vajr�c�rya�ont leur propre maison � Nuwakot mais ils ne
l�occupent que pendant les f�tes mentionn�es ci-dessus. Six familles de Vajr�c�rya�habitant le Jvabahal[80]
� Kathmandou�sont li�es � Nuwakot.
Dans le Jvabahal, il y a deux grandes divisions: les Vajr�c�rya�qui vont � Nuwakot�et ceux qui ont la charge du festival de Phursing pr�s de Toka
o� ils v�n�rent aussi Bhairava.
L�arri�re-plan historique qui unit le culte de Bhairav��� ces Vajr�c�rya�est obscur. Pourtant leur r�le dans ce Bhairav�
Ratha y�tr�
est tr�s important. Leur r�le commence, en fait, quand le Dh�mi�collecte le riz le huiti�me jour de la
quinzaine claire (�ukl�fxam�)
de Caitra.
Durant la nuit du treizi�me jour, les Vajr�c�rya�sont seuls dans le temple de Bhairav��avec le Dh�mi,
la Dhamini,
Ga�e�a,
et Kum�r�qu�ils invitent � participer au festival.
Dans l�apr�s-midi du quatorzi�me (caturda��),
le bain du Dh�mi�est aussi dirig� par les Vajr�c�rya.
Ces m�mes Vajr�c�rya
accomplissent la p�j��devant la maison du Dv�re�et donnent le mantra
au Dh�mi�pour qu�il soit poss�d� par Bhairava.
Encore une fois, on soup�onne le r�le catalyseur du tantrisme bouddhiste dans
un processus d�hindouisation des pratiques religieuses des populations
pr�-aryennes. La relation entre Taleju�et Bhairava�est �vidente, comme elle l�est aussi dans les
festivals de Bisket,
d�Indra�et de Pacali-Bhairava.
Mais le temple ici est consacr� non � Bhairava
mais � sa par�dre Bhairav�.
Le guthi�du temple de Taleju
se compose de quatorze membres: six p�j�r�,
sept employ�s et le Dh�mi.
Ces employ�s doivent nettoyer les animaux, couper la viande quand la b�te est
d�capit�e, etc. Les p�j��commencent g�n�ralement par une invocation � Ga�e�a,
mais dans les temples de Taleju
et de Bhairav��la
premi�re invocation est � la Kum�r��qui appartient � la m�me famille que celle du
Dh�mi.
A Nuwakot,
� chaque d�but de f�te, Taleju
doit �tre aussi v�n�r�e et la pr�sence d�un pr�tre du temple de Taleju
est �galement n�cessaire. Toutes les p�j�
et initiations secr�tes se d�roulent dans le temple de Taleju.
Le Dh�mi�nomme les pr�tres du temple de Taleju,
qui sont deux R�jop�dhy�ya,
deux �refxha�et deux Dangol.
Si aucun pr�tre n�est l�, il peut officier lui-m�me dans ce temple. Le jour
avant d�aller � Dev� gh�x,
le Dh�mi�offre � Taleju
un sacrifice (bali).
A son retour, c�est encore dans le temple de Taleju
qu�il donne les pras�d
� ses d�vots. Le culte proprement royal de Taleju
semble p�n�trer non seulement cette f�te � port�e nationale, mais la vie
rituelle de la communaut� prise dans son ensemble. Toute la population du village participe � la f�te:
les N�war,
les Parbatiy�,
les
brahmanes,
les pr�tres bouddhistes, les basses castes, les habitants de Dev� gh�x
et m�me les Tamang�venus de l�ext�rieur. La Bhairav� Ratha Y�tr��implique ainsi la participation de nombreux guthi.
Le Dhoje Guthi compos�
de quatre membres a la charge de l��l�vation du m�t qui a �t� choisi de cette
mani�re: tout d�abord un bouc est v�n�r� par les Vajr�c�rya,
puis ce bouc est laiss� en libert� jusqu�� ce qu�il s�arr�te devant un arbre
qui sera abattu pour servir de m�t. Comme pour les f�tes d�Indra�et de Bisket,
le bouc est finalement sacrifi� devant l�arbre choisi. Le m�t,
une fois descendu, est coup� en morceaux et sert � la cuisson des offrandes
pour le temple de Bhairav�.
Le Dhoje Guthi
fournit de la nourriture pour le Dh�mi�et pour sa suite: la Dhamini,
Ga�e�a,
Kum�r,
les Jvalakala�et les quatre membres du guthi. Le Dhoje Guthi donne aussi un buffle pour le dernier bhoj kh�ne
tandis que le roi en donne un autre. Upendra Kumar Dangol, le Thak�li�du Dhoje Guthi
accomplit le sawkalpa
pour le buffle offert par son guthi
(� gauche) tandis que le Dv�re�l�accomplit pour le buffle offert par le roi
(� droite). La famille d�Upendra Kumar Dangol, de la m�me caste que le Dh�mi,
a eu la charge du Dhoje Guthi
par d�cret royal. C�est ce m�me guthi
qui sacrifie les boucs � Dharampani et qui a la charge d�abattre le m�t
apr�s ce sacrifice de buffle. Il organise ensuite un grand festin pour la suite
du Dh�mi�et pour les trois groupes de musiciens (Kusle,
Damai, K�sai).
Par l�interm�diaire des deux buffles sacrifi�s, on assiste, encore une fois, �
la surimposition des yajam�na�appartenant aux niveaux local et national. Les Tamang�ont un guthi
s�par�. Ils sont trente-six pour porter le khat
de Nuwakot�� Dev� gh�x,
et de Dev� gh�x
� Nuwakot (30
km). Normalement ils sont nourris par le guthi
avant de quitter Lachang,
leur village � une vingtaine kilom�tres de Nuwakot. En effet, le roi Rana Bahadur Shah
(1777-1799) leur avait attribu� ce village mais en compensation ils devaient
rendre certains services durant la f�te. Les Tamang avaient beaucoup de terre
et devaient en principe couper le bois pour alimenter le feu servant � la
cuisson des offrandes pour le temple de Bhairav�.
Auparavant quatre Tamang restaient en permanence � Nuwakot pour garder le temple. Pendant le
festival, Nuwakot
est envahi par des Tamang, y compris les femmes, qui chantent et qui semblent
observer leur propre f�te. Je n�ai pas pu me renseigner sur son contenu, mais
cette synchronisation peut �tre significative. Il y a un grand nombre de guthi�impliqu� dans cette f�te mais le Bhairav�
Guthi,
le Taleju Guthi,
le Dhoje Guthi�et le Tamang
Guthi�sont les principaux. Le Guthi
Sawsth�n�prend en charge le buffle donn� par le roi.
Il y a aussi des guthi�moins important comme le Sigri
Guthi�qui a la charge du collier du Dh�mi.
Durant le cinqui�me jour de la quinzaine claire de chaque mois, le Pa�camip�j�
Guthi�doit pr�senter une offrande � Bhairav�.
Les
�Tamang�comme beaucoup interrog�s se plaignent de la
r�forme agraire de 1965 (voir note suivante). Coup�es de leur infrastructure
�conomique, les guthi�actuels de la Vall�e de Kathmandou�sont de moins en moins en mesure d�assurer le
bon d�roulement de ces f�tes royales. La victime principale de l��conomie moderne
pourrait bien ni �tre ni les Tamang, ni le Dh�mi�n�war, ni le roi Sh�h,
mais avant tout l�unit� religieuse-politique du N�pal.[81] La
procession du couple Dh�mi-Dhamini�du sommet de la colline de Nuwakot�jusqu�� Dev� gh�x
est clairement model�e sur le retour symbolique du sacrifiant v�dique dans la
matrice vierge de sa femme, dont la pr�sence �tait indispensable pour
l�accomplissement du sacrifice.[82]
D�o� la repr�sentation de Jalpa Dev��par une pierre assimil�e � un poisson: nous
avons vu que c�est durant la conjonction de la �Matrice de Poisson� (Matsyodar�-yoga)
que Bhairava�le
brahmanicide��la
projection mythique du d�kfita�transgresseur��avait plong� dans le confluent
du Gange�et de la Varu�a�� B�nar�s.
Le regressus ad uterum est
en m�me temps un mariage mystique. Ce qui explique la c�l�bration le matin
suivant du mariage (ihi)
des vierges avec Vif�u�pr�cis�ment quand le couple �royal� �se
repose� dans la hutte, assimil�e aussi � la matrice�dans le sacrifice v�dique. C�est, apr�s tout,
de la Kum�r��de Nuwakot�que le Dh�mi�a re�u l�eau (amniotique) pour sa
�cons�cration royale� (r�j�bhifeka).
La mort initiatique du Dh�mi��maintenant
isol� et charg� d�une �sacralit� dangereuse���est repr�sent�e non seulement par
les innombrables sacrifices � Dev�
gh�x,
mais aussi par le jet de poudre rouge sur lui durant son retour � Nuwakot.
L��quation de l�union sexuelle avec la mort � la confluence de ces deux
rivi�res��o�, dit-on, une troisi�me rivi�re invisible et m�diane surgit��est illustr�
par cette r�gle rituelle: tandis que les autres villageois de Nuwakot�sont incin�r�s ailleurs, le Dh�mi�et sa par�dre le sont � Dev� gh�x�m�me. Bien que le m�t ne soit pas �rig� au
confluent de Dev�
gh�x,
la mont�e de la colline de Nuwakot�pour aller accomplir les derniers sacrifices
peut �tre compar�e � l�ascension du pilier cosmique par le chaman.
Le chaman Kham Nagar, par exemple, mord un coeur de bouc tout en montant le m�t
tribal (De Salles�1989). La facilit� avec laquelle le monde
n�war puise dans ses ressources jumel�es du sacrifice v�dique public et de la
sot�riologie int�rieure tantrique afin d�englober et d�assimiler l�exp�rience
extatique du chaman tribal peut nous aider � mieux comprendre
l�hindouisme��m�me en Inde��comme un processus symbolique d�acculturation. Le roi Pacali Bhairava�avait l�habitude de se baigner dans le
Gange�� B�nar�s�avant de se rendre sur un terrain de
cr�mation � Kathmandou�pour ses �bats amoureux. Souvent Bhairava est simplement roi�de B�nar�s
en transit � Lhasa, capital du bouddhisme�tib�tain. Nous �tant aventur�s sur la piste
de Bhairava dans la Vall�e de Kathmandou��ayant
d�chiffr� ainsi le sens de ses m�andres � travers les diff�rentes f�tes n�war�de Nouvel An��nous pouvons retourner � B�nar�s avec une compr�hension beaucoup plus
profonde de son identification au pilier�cosmique dans ce centre socio-religieux de l�hindouisme. On
affirme ici que la colonne de feu, d�o� �mergea Bhairava
pour d�capiter la t�te de Brahm�, apparut � B�nar�s m�me: cette
colonne de lumi�re (jyotir-liqga)
est parfois identifi�e � la totalit� de la ville sacr�e. La f�te la plus
susceptible d�une interpr�tation cosmogonique � B�nar�s est le mariage annuel de L�x-Bhairava�avec le puits �maternel� adjacent. C�est �
cet endroit, dans le r�servoir appel� Kap�lamocana,
que Bhairava fut absout de son crime de brahmanicide�afin de devenir le policier-magistrat (kotv�l) de B�nar�s. En conf�rant, � cet endroit m�me,
la foudroyante �punition de Bhairava�
(bhairav�-y�tan�)
qui consume les p�ch�s accumul�s, Bhairava
accorde maintenant la lib�ration (mokfa) � chaque Hindou qui meurt � B�nar�s. La procession de
mariage est c�l�br�e en transportant depuis la vieille ville une �norme t�te
appel�e (photo 16) mukuxa (�couronne�) du fianc� royal, K�la-Bhairava, sur un palanquin rouge pour �couronner� la
�souche� de ce qui fut jadis, comme on l�a vu (deuxi�me partie), un magnifique
pilier de pierre. La date de ce mariage est particuli�rement probl�matique
puisqu�on le c�l�bre pendant la pleine lune de Bh�dra�qui
marque aussi le d�but de la p�riode des rites fun�raires (�r�ddha): un moment tout � fait n�faste m�me pour
un mariage divin! Cette date correspond cependant � celle de la re-l�gitimation
de la royaut� pendant l�Indra
Y�tr��� Kathmandou, et on sait aussi qu�� Bhaktapur�K�la-Bhairava�venant de B�nar�s�a
perdu sa t�te pour Bhadrak�l�
avant de s�unir � elle durant le Bisket Y�tr�. C�est l�ethnographie n�war qui m�a fait
comprendre que le �mariage de L�x-Bhairava� est sans doute le vestige d�une cosmogonie
royale,[83]
illustrant la mort et la re-naissance symbolique du
roi�comme sacrifiant par excellence. Les connotations fun�raires et
sexuelles sont intrins�ques � ces f�tes parce que la mort r�elle elle-m�me est
assimil�e � une union sexuelle int�rioris�e durant laquelle la flamme de la
conscience est exp�riment�e comme montant de la base de la colonne vert�brale
pour s��chapper de la fontanelle. La �punition de Bhairava�, subie par tous les p�cheurs qui ont le
privil�ge de mourir � B�nar�s,
est ainsi calqu�e sur le mod�le de la d�capitation des criminels (voir deuxi�me
partie) avec le L�x�assumant le r�le symbolique du poteau sacrificiel v�dique (y�pa). La sot�riologie
sous-jacente a �t� traduite dans l�eschatologie hindoue centr�e sur B�nar�s: L�x-Bhairava,
autrefois appel� �pilier du grand terrain de cr�mation� (Mah��ma��na-stambha),
est aussi le Feu d�vorant de la Conscience qui consume toutes les impuret�s. La
cr�mation perp�tuelle � Ma�ikar�ik� ghax�o� trois rivi�res s�unissent pour couler par
le canal central (Brahman�la)
o�� �dans la �voie lact�e� du Gange, confirme que toute mort � B�nar�s a pour mod�le
le processus initiatique durant lequel cette flamme de conscience perce
l�ouverture de Brahm��(brahmarandhra)
pour �tre lib�r�e � jamais. C�est pourquoi l�orthodoxie brahmanique, malgr� son
souci sinc�re de non-violence (ahiws�), affirme
toujours��en jouant sur le mot sanscrit mokfa�(�mort� = �lib�ration�)��que la victime sacrifi�e au poteau
n��tait pas tu�e mais vraiment lib�r�e. Un dicton populaire, on le sait, � B�nar�s et ailleurs
parle du terrain de cr�mation comme �l�endroit de la jeune mari�e� (dulhan-k�-sth�n) et des rites de cr�mation comme le �dernier
mariage� (�khir�-s�di). �Thanks to the
imagination and ambition of some Hindu Brahmane in the early twentieth century,
the �annual celebration� of Sri Lat Bhairava was publicized in the newspapers. The
author of the notice pointed out that in sections 97 and 100, verse 99, of
Kashi Khand, the mah�tmya (praises) of this pilgrimage spot were
recited. Thus, everyone should note, darshan on a particular day was
efficacious. The idea supported by consistent publicity in the following years,
became popular. No doubt the Kashi Khand does recite this mahatmya, but the
elaboration of the visitors� ritual, and especially of the sringar of the deity
and his �marriage� is a creation of the twentieth century� (Kumar
1988:224). L�auteur se trompe sans aucun doute puisque le rapport musulman
d�pos� imm�diatement apr�s les
�meutes de 1809�(voir deuxi�me partie) parle de ce mariage
comme une f�te bien �tablie (Robinson 1877:113-4), m�me
parmi les musulmans de basse caste vivant dans ce quartier.[84]
Je n�ai pu savoir exactement depuis quand ce mariage du L�x�est c�l�br�, mais le K���-Kha��a
(100.99) mentionne d�j� qu�il faut v�n�rer le Kula-Stambha�pendant la pleine lune de Bh�dra. La �couronne� de Bhairava�est
gard�e dans la maison de Bhageluram Tokedar, un des trustees, qui est, en fait,
le patron de cette f�te (en 1985). Cette �couronne� se pr�sente comme une
�norme t�te avec deux faces pourvues de moustaches. Il semble que celle-ci soit
d�origine r�cente mais fabriqu�e avec les huit min�raux (afxadh�tu) prescrits par le K���-Kha��a. Tard dans l�apr�s-midi de la pleine lune, la
couronne est port�e par quelques d�vots sur un palanquin rouge (photo 16) de la
maison de Visvesvarganj en procession jusqu�au temple de K�la-Bhairava, consid�r� comme le jeune fr�re de L�x-Bhairava. La procession sans y entrer s�arr�te
devant le temple de K�la-Bhairava, ce qui permet � un des pr�tres de ce
temple, celui de caste Gosain�(voir deuxi�me partie) d�accomplir l��rati�avec des offrandes v�g�tariennes devant
la couronne. De l�, la procession continue d�abord � Jatanabar, ensuite
retourne � Visvesvarganj, par Kajimandi, Baluabir, Hanum�n-Phatak, Teliyana (L�x-Bhairava Bazar) et Jalalipura pour atteindre le
temple de L�x-Bhairava tard dans la nuit. Cette procession
s�arr�te maintes fois pour accomplir des rituels tr�s simples pour les d�vots;
pendant ces arr�ts tout le monde boit beaucoup d�alcool. Le groupe du mari� (bar�t) est tr�s important et accompagn� par des
�l�phants, des musiciens et des jeunes acrobates qui dansent avec des �p�es
(photo 15). Auparavant, des prostitu�es accompagnaient la procession.
L�ensemble du temple, c�est � dire, le L�x, le puits et l��tang sont tr�s d�cor�s
(photos 18-20). On joue beaucoup de musique, tout semble �tre pr�t pour
recevoir le mari� qui arrive sous la forme de cette t�te-couronne. Le puits est
drap� avec un sari rouge � la mani�re des jeunes mari�es hindoues tandis que le
L�x�est
rev�tu d�une �toffe jaune en soie. Toute cette partie de B�nar�s�est
hautement surveill�e par la police ce qui n�emp�che pas les d�vots de
manifester leur joie en chantant et criant. La couronne est
finalement retir�e du palanquin rouge par quatre hommes qui la portent en
faisant trois circumambulations autour du puits, puis autour de l�arbre tulas�. Cette couronne est ensuite hiss�e avec grands
efforts sur le sommet du pilier. Le pr�tre fait alors tinter les quatre
cloches, les d�vots jouent les cymbales, deux d�entre eux jouent du �amaruLe pr�tre accomplit l��rati�en
face du L�x, les huit Bhairava�et
la d�esse (voir deuxi�me partie). Ensuite le pr�tre suivi par les d�vots, laisse
l�enceinte du temple pour accomplir l��rati�en face du puits et aussi devant l��tang
de Kap�lamocana. Finalement le pr�tre, en s�arr�tant devant
l�arbre tulas�, retourne dans l�enceinte du temple de L�x-Bhairava�o�
les d�vots se joignent � lui pour r�citer et chanter diff�rents hymnes � la
gloire de Bhairava. La seule diff�rence entre le rituel
quotidien et celui du mariage est le havan ou offrandes dans le feu qui est essentiel dans
les mariages hindous. Les principales offrandes durant ce rituel sont du riz,
des lentilles, de la semoule, du ghee
(beurre clarifi�) et de l�alcool; les offrandes durant le mariage doivent �tre
v�g�tariennes tandis que dans d�autres festivals tels Bhairav�fxam��ou �ivar�tri�on
peut offrir de la viande, des substances enivrantes. Quand le havan est termin�, le pr�tre attache le L�x�au
puits avec une guirlande de la m�me mani�re que les jeunes mari�s hindous sont
attach�s.[85]
Puis il inscrit une marque de cendres sur le front des d�vots m�les et une
marque de vermillon sur le front des femmes qui sont tr�s peu nombreuses compte
tenu de l�heure tardive. Le matin suivant, dans l�enceinte du temple il y a un festin tr�s
simple qui consiste principalement d�un m�lange de lentilles et de riz (khicari) et de galettes frites (puri). Selon Bhageluram Tokedar, les
d�penses du mariage reviennent � peu pr�s � cinq mille roupies, ce qui
repr�sente beaucoup. Cette somme est r�unie gr�ce � des donations. La couronne
est finalement d�mont�e et rapport�e dans la maison de Bhegularam sous escorte
polici�re. La pleine lune de Bh�dra�marque
le commencement de la quinzaine noire du mois d���vina�(septembre-octobre), �la quinzaine des m�nes� (pit�-pakfa) quand des rituels fun�raires sont
accomplis pour les anc�tres. C�est donc un moment n�faste pour c�l�brer un
mariage et l�endroit aussi n�est gu�re propice puisqu�il s�agissait sans doute
d�un terrain de cr�mation. Mais selon les d�vots, �Baba est au-del� de ces
consid�rations.� �Baba� est le nom familier, plein d�affection, que les
Banarasi (habitants de la ville sacr�e) emploient pour s�adresser directement �
Bhairava�ou
plus souvent � K���
Vi�van�tha. C�est surtout le
th�me de fertilit闗et non les th�mes de sacrifice et de lib�ration��qui domine
dans l�esprit de ceux qui participent � ce genre de mariages divins. Le pouvoir
f�condateur de ce pilier,[86]
qui est aussi la forme phallique (liqga) de Bhairava, se manifeste � B�nar�s�huit
jours apr�s son mariage��donc pendant le huiti�me jour de la quinzaine noire,
encore n�faste, du mois d���vina ��dans la f�te de J�vatputrik��pendant laquelle les m�res font des v�ux (vrata) pour la (longue) vie de leurs enfants (� na�tre).
La f�te doit se d�rouler pr�s d�un r�servoir d�eau, en l�occurrence sur l��dg�h de Kap�lamocana. Les jeunes mari�s��et aussi ceux qui ont
d�j� des enfants�� font la circumambulation du L�x�qu�ils touchent avec r�v�rence apr�s cette c�r�monie, esp�rant
obtenir ainsi un fils (photos 21-22).[87]
Le jour suivant J�vatputrik� Vrata [88]
est la f�te de Matri-Navam� consacr�e � la propitiation des femmes
d�c�d�es surtout des m�res. Le puits de la chaste S�t��(autre nom du puits maternel) est, apr�s tout, l�endroit o� Dakfa�donna sa fille (kany�d�n) Um��en
mariage � Rudra�pour
qu�elle se jette comme Sat��dans
son feu sacrificiel. Cela doit �tre rapproch�, de la polarit� feu/eau (Agni/Soma) et de la signification sexuelle de l�autel
du feu dans le sacrifice v�dique. Rappelons aussi que durant l�Indra Y�tr��� Kathmandou, il y a non seulement l�identification de
la d�esse-m�re Taleju�avec
la Kum�r��vierge, mais aussi la repr�sentation de la m�re d�Indra�comme l�esprit d�un mort (Dagini). La d�capitation de Dakfa-Praj�pati��en plein milieu de sacrifice��par V�rabhadra�est
une variante de la d�capitation de Brahm��par Bhairava. La t�te du sacrifiant
brahmane�est remplac�e par celle d�un bouc, la victime
substitu�e. Consid�r� dans leur ensemble, le cycle des f�tes autour du mariage
de Bhairava semble �tre d�riv�, encore une fois, du
sc�nario de la mort du sacrifiant suivie de sa renaissance �matricide� �
travers la matrice �vierge� de la m�re-fianc�e. Le seul autre jour o� on hisse
aussi cette �couronne� sur le L�x, mais sans toute cette
fanfare, est la Bhairav�fxam��qui c�l�bre, on l�a vu, la naissance de Bhairava. N�est-il donc pas logique de penser que
le mariage de Bhairava est symboliquement identique � sa (re‑)naissance
m�me? C�est maintenant
vrai de l�emplacement du pilier que �for Muslims it is the second most
important Jama Masjid and Idgah in the city, and locus of the largest crowds on
Id because of its layout and location in the north. For Hindus, the temple of
Lat Bhairav located there is not one
of significance� (Kumar 1988:224). L��tude
des f�tes ayant une m�me fonction au N�pal, appuy�e par d�autres rep�res
historiques et g�ographiques � B�nar�s�m�me, montre clairement que le noyau symbolique de la f�te de L�x Bhairava, qui date de la p�riode pr�-Islamique, est
tr�s ancien. Il faut cerner de plus pr�s les r�les des acteurs principaux afin
de faire ressortir la fonction cosmogonique du mariage et sa
signification��bien oubli�e��pour la ville toute enti�re. Le festival annuel
du Kula Stambha, d�j� mentionn� mais sans autres d�tails
dans le K��� Kha��a (100:99), �tait c�l�br� durant la pleine lune de Bh�dra�pour
�chapper � la condition des �Rudra�d�moniaques� (Rudrapi��ca; Sukul�1977:121). Le sort d��tre transform�
en Rudrapi��ca �tait r�serv� surtout pour ceux qui osaient
commettre des p�ch�s m�me dans la ville sainte avant d�y mourir. Ces
transgresseurs subissaient ainsi la �punition de Rudra� (rudra-y�tan�) au Mah��ma��na-Stambha, ce qui semble n��tre qu�un autre nom pour
la bhairav�-y�tan��mise
en rapport cette fois-ci non pas avec les K�p�lika mais avec les asc�tes P��upata�qui
v�n�raient Rudra. Les deux courants sont �troitement li�s:
les K�p�lika, plus radicaux, �taient parfois appel�s les
�grands� (Mah�)
P��upata. Cette figure de Rudrapi��ca�semble bien �tre la projection mythique du P��upata�qui
�tait oblig� de transgresser publiquement les r�gles sociales et devait errer
comme l�esprit d�un mort (pretavad). A B�nar�s, les P��upata�avaient leur centre principal � Omk�re�vara�o�
ils avaient plusieurs ermitages (��rama), et hantaient la grotte d�Aghore�vara�(aussi appel�e �r�mukhi). Ayant manifest� au d�but un souci exag�r�
des r�gles de puret�, les adeptes P��upata�devaient terminer leur pratique spirituelle sur des terrains de
cr�mation impurs en attendant l�union ultime avec leur dieu Rudra. Dans cette derni�re �tape ils ne se
distinguaient gu�re des d�vots K�p�lika�de Bhairava. Le K��� Kha��a (97.64-66), qui a enregistr� les adaptations
post-islamiques datant du milieu du 14�me si�cle, parle de Mah�rudra�comme r�sidant avec sa par�dre Um��(pas
dans un temple adjacent mais) dans le
pilier�m�me, pr�s du �Ma�tre du Cr�ne� (Kap�le�a),
tout en faisant r�f�rence � Kap�lamocana.
Les K�p�lika�pratiquaient la �doctrine du Soma� comprise
maintenant comme des rites ouvertement sexuels pour imiter l�union (androgyne)
de �iva�avec Um��(sa + um� = Soma). Ce qui importe ici, c�est
l�association du pilier � la fois avec la mort, l�union sexuelle et la
lib�ration: signification qui vaut pour tout hindou qui meurt � B�nar�s. Bhairava est le feu d�vorant de la conscience
(appel�e aussi Kula) qui consume toutes les
impuret�s: la mort sacrificielle est assimil�e � la mont�e de la sufum���repr�sent�e par le pilier Mah��ma��na concr�tis� maintenant sous la forme de
L�x-Bhairava�(Sukul�1977:250, 271-272,
347-8). Presque tous les
�l�ments qui sont rassembl�s pour constituer cette
cosmogonie�hindoue bas�e sur le mariage royal de Bhairava�proviennent de la religion �populaire� (folk
religion) (Crooke�1926:63-69). Les puits doivent �tre creus�s le dimanche et doivent
�tre "mari�s" avant que leur eau soit utilis�e pour boire ou pour
irriguer. Souvent le Saligrama repr�sentant Vif�u�est mari� solennellement � la plante sacr�e tulas� pour insuffler � ses eaux un pouvoir de
fertilit�. De la m�me mani�re, les r�servoirs doivent avoir un m�t�central pour mari, sinon l'eau non mari� est am�re. Les rituels
sont accomplis selon le mod�le d'un rituel de mariage, avec comme fianc� le
propri�taire et pour fianc�e une parente, des cadeaux sont offerts aux
brahmanes. "Kalars in the Central Provinces, before a wedding procession
starts, performs a curious rite known as 'marrying the well'. The mother or
aunt of the bridegroom goes to the well, sits with her legs dangling down
inside it, and asks what the bridegroom will give her. He goes round the well,
seven times, and a piece of Kans grass is thrown into it at each turn. Afterwards
he promises her a present and she returns home. By another account she pretends
to be overcome by grief at the bridegroom's departure, and threatens to throw
herself into the well unless he will give her something."(Crooke�1926:64-65). Plus que de sugg�rer la mort de la m�re-fianc�e (voir
Matri Navam�),
de telles pratiques indiquent que le mariage hindou prend mod�le sur une
cosmogonie royale illustr�e par L�x Bhairava�� B�nar�s.
Les puits ne sont pas seulement li�s au mariage et � la fertilit� mais aussi au
rajeunissement. "In the Kaira District and old Rajput accidentally fell
into a well and recovered his youthful strength, so that it has now become a
place of pilgrimage."(Crooke�1926:65). Du point de vue du rituel, le "roi" est seulement le sacrifiant�par exemple. La l�pre, que beaucoup de puits
ont le pouvoir de gu�rir, est elle-m�me le symbole le plus tangible du mal et
de l'impuret��avec lesquels le sacrifiant (d�kfita)
�tait charg� quand il r�gressait dans la matrice. En fait, c'est en d�chargeant
ce mal sur un alter-ego, un bouc �missaire�d�form� (jumbaka)
avec les traits d'un l�preux, que le sacrifiant v�dique �mergeait, comme un
nouveau-n�, d�un r�servoir d�eau pendant le sacrifice du cheval (a�vamedha). Le mythe d�origine
de Bhairava�associe �troitement les K�p�lika�avec
la ville sainte de B�nar�s. Le temple originel de K�la Bhairava, qui �tait leur centre, se trouvait au bord
du r�servoir Kap�lamocana�qui
�tait autrefois dans le quartier d�Owk�re�vara. D�truit au 12�me si�cle par les musulmans,
qui occupaient ce quartier alors central de la ville, le temple de K�la-Bhairava fut reconstruit dans son site actuel qui
aurait �t� (Sukul�1977:203-204) l�emplacement d�un liqga�d�di� � Bhairava (Bhairave�vara) avec un puits aussi consacr� � Bhairava (Bhairava-k�pa). Cette configuration reproduit celle du
temple de L�x Bhairava. Avec la purification du culte pendant les
�poques musulmane puis moderne, le temple a �t� progressivement pris en charge
par des pr�tres brahmanes. Le pr�tre de K�la Bhairava qui fait l��rati�devant le fianc� divin en route pour son mariage au �pilier du
grand terrain de la cr�mation� est le seul Gosain�parmi ces
brahmanes:
il est le seul vestige de l�ancien ordre rituel quand le temple �tait entre les
mains des asc�tes N�tha, successeurs eux-m�mes des K�p�lika�porteurs de cr�ne. C�est dans sa maison,
adjacente au temple, que la �t�te� du Mah��ma��na Stambha�est encore pr�serv�e et v�n�r�e sous forme de
Cakrap��i�Bhairava,
�porteur de disque�. Ce d�tour devant le temple du �fr�re cadet� de L�x Bhairava�s�explique par le fait qu�en v�rit� c�est K�la Bhairava�lui-m�me qui va en procession chaque ann�e
pour �couronner� le pilier avec sa propre t�te. Bhairava
appara�t, on l�a vu, comme mangeur de p�ch�s � la fois au pilier de Mah��ma��na o� comme Kotv�l�il ex�cutait l�ultime punition, et aussi � Kap�lamocana o� comme Kap�lin�il fut lib�r� du crime de brahmanicide.
Il semble logique qu�apr�s l�occupation musulmane d�Owk�re�vara,
Kap�lamocana� ait �t� (re‑) identifi�
� L�x-Bhairava
o� le Kap�lin�demeure comme bourreau, victime et pilier du
monde (Sukul�1977:71-72,250,346-8). C�est Bhairava, le K�p�lika, qui fut lib�r� de son brahmanicide en se
baignant � Kap�lamocana�lors
du Matsyodar�-Yoga�provoqu� par des inondations de la mousson. Mais nous savons aussi
que les rois de B�nar�s�continuaient � suivre son exemple jusqu�� la prise de la ville
sainte par l�Islam au 12�me si�cle. Ayant pris ce bain lors du Matsyodar� yoga, Govindacandra de la dynastie G�hadv�la�fit
donation des terres � un
brahmane,
comme faisait le roi v�dique apr�s avoir accompli les sacrifices tel l�A�vamedha.
K�la Bhairava,
tout comme l�asc�te K�p�lika,
fait figure du d�kfita�royal qui, en �mergeant d�un bassin d�eau (avabh�tha), se d�barrassait de son mal et de son impuret��sur un brahmane. La �confusion� trouv�e partout entre K�la-Bhairava
et le �roi du monde� (Vi�van�tha)
est d�e au fait qu�il s�agit vraiment du m�me personnage. C�est K��� Vi�van�tha�lui-m�me qui aurait perdu sa t�te pour Bhadrak�l� pendant l��l�vation du m�t�de Bhairava � Bhaktapur.
Cela peut �tre mis en rapport avec l�identification du dieu royal, pur et
central, au dieu transgresseur pendant des f�tes sp�ciales comme la Bhairav�fxam�.
Si K��� Vi�van�tha
est le vrai roi�de B�nar�s,
comme affirment tous les hindous, Bhairava,
le fianc�, serait sa forme consacr�e: le d�kfita�comme bourreau, victime et pilier du monde. Il est physiquement
impossible de transporter le L�x�pour
l�immerger dans les eaux du puits. On sait, n�anmoins (voir cinqui�me partie),
qu�au Rajasthan les statues de Bhairava�sont
gard�es dans les puits. Les l�gendes abondent � B�nar�s��
propos des liqga�cach�s dans les puits sacr�s. Entre le temple moderne de Vi�van�tha�et
la mosqu�e d�Aurangzeb, qui est elle-m�me une transformation musulmane du
temple pr�c�dent de Vi�ve�vara�(16�me si�cle), se trouve le puits de Gy�n-V�p�. A l�origine, bien avant la descente du
Gange�quand il n�y avait pas encore d�eau sur terre, �iva�lui-m�me avait creus� un puits avec son trident afin de refroidir
le liqga�de Vi�ve�vara�avec cette eau. Selon la l�gende, le liqga dut �tre jet� dans ce puits primordial pour
�tre pr�serv� des mains de l�empereur musulman Aurangzeb. L�inscription royale de la
reine d�Indore, qui avait patronn� la construction du temple actuel de Vi�van�tha,
ne fait aucune mention d�un �tablissement d�un autre liqga. Le rapport musulman apr�s
les �meutes de 1809�accusait quelques hindous d�avoir corrompu le Surintendant
(Mutwali) de la mosqu�e de Vi�ve�vara.
Les hindous avaient commenc� � v�n�rer le puits�� partageant ainsi leur
offrandes avec le Mutwali��tout en clamant que Vi�vesvara
s��tait cach� dans le puits. De la m�me mani�re, les hindous �v�n�rent avec une
foi absolue une fontaine de pierre� dans l�enclos d�une mosqu�e dans le
quartier de Daranagar, et c�est ainsi aussi que �le L�x de Feroze Shah �tait transform� par eux en L�x Bhairava�pour �tre v�n�r� par les hindous de basse
caste� (Robinson�1877:113-14). Or l�emplacement du
puits maternel de Bharata (K�pa Janan�) pr�s du L�x�sur
l��dg�h reproduit en fait la configuration de ce �puits de
la sagesse� qui se trouve entre le temple de Vi�van�tha�et
la mosqu�e de Gy�n-V�p�. Autrefois on pouvait atteindre un autre liqga�souterrain, appel� Ma�ikar�ike�vara, qui se trouvait au fond d�un puits, par un
tunnel qui avait son origine � Ma�ikar�ik�, le gh�x de la cr�mation. Dans les Pur��a�ce
�Ma�tre de Ma�ikar�ik�� est dit, myst�rieusement, �tre au milieu
de l��tang (ku��a) de Ma�ikar�ik��m�me
(Eck�1983:246). C�est ce r�servoir de la �Boucle d�Oreille� � cot� du gh�x de cr�mation qui a la plus haute signification
cosmogonique � K����car,
au commencement du monde, la ville elle-m�me flottait sur ses eaux primordiales
(Eck�1983:238-51). C�est ce qui se passait aux temps historiques durant
le Matsyodar�-yoga, sous les auspices duquel Bhairava�
le�
K�p�lika, se baigna dans le Gange pour �tre lib�r�
de son
brahmanicide.
Apr�s tout, la vraie forme de K����est le �ivaliqga,
le pilier�de la lumi�re d�o� Bhairava
lui-m�me fut engendr�. L�oreille est encore un autre symbole de la matrice.[89]
Les implications �embryonnaires� de se baigner � Ma�ikar�ik��sont indiqu�es surtout par son assimilation �
la �bouche� (mukha) de Gaur��et au �coeur� (h�daya) du
Gange�(Sukul�1977:55): deux organes qui sont symboliquement identifi�s au vagin
de la Yogin��(‑vaktra) dans l��sot�risme
tantrique. C�est pr�cis�ment dans le contexte de l�union sexuelle
(transgressive) qu�Abhinavagupta identifie la forme supr�me du trident et du liqga-dans-la-yoni�au corps humain perfectionn�.[90] L�x
Bhairava�n�est que la �souche� du pilier magnifique abattu par les
musulmans lors des �meutes s�v�res de l�ann�e 1809. Le rapport pr�sent� aux
autorit�s civiles anglaises par les musulmans eux-m�mes admet toutefois qu��
cette �poque (et m�me bien apr�s) les musulmans participaient avec leurs
confr�res hindous au mariage de L�x-Bhairava: �For some years the lower classes of
Hindoos and Musulmans have annually celebrated the marriage of Lat and have
shared the offering between them� (Robinson�1877:113-4). Ce qui reste du pilier se
dresse maintenant au milieu d�une �dg�h (voir deuxi�me partie), lieu de pri�res en
plein air o� les musulmans du quartier viennent offrir leurs sacrifices annuels
de boucs en souvenir de l�immolation (manqu�e) d�Isma�l par Abraham. Ayant
ravag� les monuments hindou-bouddhiste des environs, l�iconoclasme musulman a
n�anmoins laiss� ce pilier non-anthropomorphe debout devant la niche (mihrab) dans le mur (photos 9-10) pour imposer ainsi
l�orientation de la Mecque � la t�nacit� du culte polyth�iste. Les d�vots de L�x-Bhairava ne sont plus en mesure d�expliquer le
mariage du pilier et du puits: la cosmogonie royale sous-jacente � ce �mariage�
a tellement �t� oubli�e que les hindous, lorsqu�on les interroge � ce sujet,
font tout simplement remarquer que leurs voisins Musulmans[91]��beaucoup
plus nombreux qu�eux dans ce quartier d�Adampura��c�l�brent de la m�me fa�on le
�mariage� Gh�z� M�y�.[92]
Les variantes de l�histoire de Gh�z�-M�y�,[93]
racont�es par les musulmans, semblent avoir greff�es sur le guerrier martyr
beaucoup de fragments significatifs de cet univers mythico-rituel, archa�que et
hindou, de la mort sacrificielle. Le jour m�me de son mariage, un futur mari�
d�couvrit qu�il avait �t� choisi comme prochaine victime dans le temple
probl�matique de Soman�tha�au
confluent de la Varu�a�et
du
Gange�� R�j gh�x (� B�nar�s),
o� des sacrifices humains �taient r�guli�rement offerts. En r�ponse � la
condition hyst�rique de la m�re de la victime, Gh�z�-M�y��se baigna dans le Gange et prit sa place, mais la statue de la
divinit� commen�a � s�enfoncer dans le sol d�s qu�il eut plac� son pied au
seuil. Le h�ros musulman n�anmoins r�ussit � saisir la t�te par la touffe de
cheveux et lui donna des coups de pieds, avant de disperser ses cheveux qui en
tombant se transform�rent en une sorte d�herbe. Dans une autre variante,
Gh�z�-M�y� enleva sa propre t�te afin d��viter de voir et d��tre s�duit par des
centaines de femmes nues envoy�es par l�astrologue du roi afin de d�truire le
pouvoir de sa puret� et de le rendre une victime sacrificielle facile. De nos
jours, on dit que c�est le L�x�qui s�enfonce dans le sol, et K�la Bhairava�a �t� d�capit� dans la cosmogonie de Bhaktapur�quand il avait presque disparu sous terre
pour retourner � B�nar�s.
Le premier dimanche du mois de Jyefxha�(calendrier solaire, entre le 14 et 21 mai)
est c�l�br闗par des musulmans dans le Nord de l�Inde et dans le N�pal (�
l�ouest)��la procession annuelle (bar�t) du
mariage tragique de Gh�z� Miy� avec Johara Bibi.[94]
Cette procession commence depuis le carrefour de Jaitpura jusqu�au mausol�e
avec un d�me qui abrite (la r�plique de) sa �tombe� dont la t�te est surmont�e
d�un haut pilier. Gh�z�-M�y� fit son
apparition dans �l�histoire� sous le nom de Salar Masud, le neveu de Mahmud de
Ghazni, � Ajmer�en
1014. Son d�sir du martyre �tant aussi intense que son z�le � faire des
pros�lytes parmi les hindous, il mena les guerriers musulmans dans leurs
incursions nombreuses dans la plaine gang�tique. En 1033, au cours d�une telle
exp�dition, il fut tu� � l��ge de 19 ans par les Hindous � Bahraich��
l�ouest de B�nar�s. Quand la domination musulmane sur le nord
de l�Inde fut consolid�e � la fin du douzi�me si�cle, sa tombe fut red�couverte
et devint un centre de p�lerinage important. Selon les l�gendes, il fut maudit
avant m�me sa naissance d��tre martyris� le jour de son mariage. Le jour venu,
il d�t �changer son habit de mariage contre une armure et la musique de noces
se transforma en musique de guerre quand il sortit pour la bataille. En
rentrant, apr�s avoir �cras� les agresseurs, il f�t tu� par la fl�che d�un
survivant. Dans ses rituels,
le saint est repr�sent� par une tombe et par un m�t. �En Inde, des m�ts orn�s
au sommet d�une effigie de la t�te du saint sont promen�s en procession; au
N�pal, c�est le m�t lui-m�me qui re�oit le sang des cabris offerts pour obtenir
de la pluie; nul doute que dans ces rites c�est le saint lui-m�me qui est
repr�sent� par les m�ts en vertu d�un symbolisme largement r�pandu dans le
monde musulman� (Gaborieau�1975b:314). Gh�z�-M�y�, le martyr, est v�n�r� pour qu�il apporte
de la pluie mais aussi des fils � ceux qui n�en ont pas. C�est l�aspect de
fertilit� qui est soulign� dans la c�l�bration du mariage de Gh�z�-M�y�. En
effet, durant cette f�te, un lit, des ornements, etc. sont envoy�s sur sa tombe
car on pense que le mariage de Gh�z�-M�y� va de nouveau prendre place. C�est
donc une f�te joyeuse durant laquelle les structures habituelles cessent
d�op�rer: �Dans le strict cadre du rite, on passe des noces mystiques aux noces
terrestres. La veill�e profane elle-m�me, qui compl�te les rites, va encore
plus loin dans ce sens: non seulement, comme dans toute f�te hindoue, la
distinction des castes est momentan�ment suspendue, mais la distinction entre
hindous et musulmans cesse momentan�ment d�op�rer. Cette licence est partout associ�e � la f�te de
Gh�z�-Miy� et cela depuis longtemps puisqu�on signale des protestations des
autorit�s orthodoxes d�s le d�but du XV�me si�cle� (Gaborieau�1975b:313). Ces f�tes de Gh�z�-M�y� s�organisent en trois temps.
Tout d�abord les pri�res islamiques (nam�z),
puis un ensemble de rituels durant lesquels le saint joue le r�le
d�interm�diaire entre Allah et les fid�les� (Gaborieau�1975b:314). La participation des
hindous rel�ve d�une d�cision personnelle: le mariage de Gh�z�-M�y� reste
sp�cifiquement musulman, tout comme le mariage de L�x-Bhairava�est
hindou. Encore plus significatif est l�identification, dans les chants rituels
musulmans (sohila) li�s � cette f�te,
de la ville o� se trouve la tombe de Gh�z�-M�y� � la Mecque et � la M�dine (Gaborieau�1975b:300,306). Le 10 de Muharram
reste un jour de c�l�bration pour les Ommayades et les Sunnites m�me apr�s le
martyr d�Husain, mais est un jour de deuil pour les Shiites. Dans une des
versions syncr�tiques expliquant cette f�te c�est Hasan et Husain, les petits
fils du Proph�te, qui sont n�s � Bahraich�et
qui sont tu�s le jour de leur mariage avec Johara-Bibi. La mort de Husain n�est
plus li�e au massacre de Karbala�en
680 le dixi�me jour de Muharram par le caliphe sunnite Yazid mais est la
cons�quence de l�attaque sur Bahraich�par
Sahal-Deo-Bhar, le roi hindou infid�le d�j� mentionn� dans les histoires au
sujet de Gh�z�-M�y�. Durant le cinqui�me ou le septi�me jour du Muharram, on
c�l�bre les processions de mariage de Kassim, fils d�Hasan, avec Sakinah, fille
d�Husain, les jours qui suivent sont consacr�s � la m�moire de leurs morts. En
Inde, les Shiites et les Sunnites observent ce festival sous la forme de
procession (marsiyah). Le
contraste��voire l�identification��entre le mariage et la mort est soulign�
dans tous les chants de lamentation et constitue l�essence de la f�te. Les musulmans
affirment que ce pilier �tait en fait �rig� par le sultan Feroze Shah, d�vot
fervent de Gh�z�-M�y�.[95]
Malgr� les tensions existantes entre l�Hindouisme et l�Islam, les l�gendes de
Gh�z�-M�y��et
de L�x-Bhairava�s��clairent mutuellement.[96]
La c�l�bration de la mort d�un saint musulman se dit en arabe �urs�. Or ce terme signifie aussi
�mariage� de telle mani�re que l�union de l��me avec dieu est devenue synonyme,
dans la religion populaire et dans la litt�rature �sot�rique, d�union sexuelle
qui n�est accomplie que dans la mort. Le martyr du guerrier musulman et la
punition inflig�e par Bhairava apparaissent comme deux p�les d�une m�me
id�ologie du sacrifice de soi qui repose sur l�identit� de la victime et du
bourreau. Deux semaines apr�s
le mariage de L�x-Bhairava avait lieu un jeu de combat entre les
�Tribus� Khol et Bhil�qui
rappellent curieusement le rituel de bataille qui accompagne la descente du liqga�� Bhaktapur. On a vu dans la deuxi�me partie qu�en 1809
eurent lieu des �meutes tr�s graves. Les tisserands musulmans firent tomber le �
pilier�du grand terrain de cr�mation� laissant seulement la souche
mutil�e du L�x�qu�ils avaient en plus profan� en tuant une vache. Le M�morial
hindou adress� aux autorit�s britanniques proclame que c�est ce meurtre
sacril�ge de cette vache ��avec son veau��qui
a abouti � la �d�capitation� du pilier qui fut ensuite, soi-disant, jet� dans
le Gange, tout comme le m�t d�Indra�� la fin de la f�te royale. La signification cosmogonique du
pilier �tait encore assez pr�sente � l�esprit: le M�morial hindou a apparemment
r�inscrit l�abattage sacril�ge du pilier dans un paradigme pr�existant d�riv�
du sacrifice v�dique de la vache �st�rile� dont l�embryon inattendu �tait
d�clar� �quivalent au sacrifiant, mais seulement pour �tre d�capit�.[97]
La �lutte � la corde de traction� pour s�approprier symboliquement du pilier
immobile rappelle �trangement la bataille entre les habitants des deux parties
de Bhaktapur�qui cherchent � s�emparer physiquement du
chariot de Bhairava. La validit� de cette approche s�miotique est peut-�tre le mieux
r�v�l�e dans sa capacit� non seulement de rendre compte de l��volution pass�e
et de la situation actuelle, au N�pal, du paradigme sacrificiel hindou, mais
aussi de discerner��� B�nar�s�m�me��la logique paradoxale qui a anim� ce
qu�on pourrait appeler �une r�alisation islamique de la cosmogonie v�dique�. Il semble �vident
que Gh�z� M�y��a
r�ussi � propager le culte de Bhairava�sous
une apparence islamique. Il est surprenant que les musulmans modernes rejettent
Gh�z�-M�y�, et le culte des �Pir� qu'ils consid�rent comme une aberration
non-islamique. "A girl is annually married at the shrine of L�l Sh�hb�z of
Sind, and... another Muslaman worthy, Badru-d-din, is honoured by a 'sacred'
marriage every year" (Crooke�1926:247). En fait, la c�l�bration de l'anniversaire de la mort
d'un saint musulman est d�sign� par le terme arabe �urs� qui signifie
originellement �mariage� � tel point que l'union de l'�me avec Dieu est devenu,
dans la religion populaire et dans la litt�rature �sot�rique, une union
sexuelle consomm�e seulement dans la mort. M�me l'appropriation de l'axis-mundi
n'est pas une innovation (bidat) de l'Islam indien: dans quelques
traditions chiites, "the link between God and the Imans is visualized as
being a pillar of light descending from heaven upon the Iman, which only serves
to identify his station even further with the 'pole' (qutb), the Perfect Man (al-Insan
al-Kamil) of (Sunnite) Sufism� (Monen�1985:149). Le mariage de Gh�z�-M�y� est -en m�me temps et sans
contradiction- une transposition indienne du cycle iranien de Muharram, o� le
deuil du martyr Husain (et Hasan) est aussi c�l�br� comme un mariage (mystique)
de (leurs enfants). Ces �laborations peuvent �tre aussi reli�es au fait que la
pierre de la Kaaba est assimil�e � un pilier, et m�me au-del� avec l'�chelle de
Jacob qui comporte d�j� des connotations sacrificielles dans la tradition
juive. Le mariage de L�x
Bhairava�n'est pas exclusif � l'hindouisme: "Many precautions are
needed in digging wells. The work should begin on a Sunday, and on the previous
night little bowls of water are placed round the selected site as a magical
means of measuring the water supply. A circle is then made round the spot, and
as they dig they leave one clod of earth till the last, called in the Panjab
Kw�jaji after the water saint, Kwaja Khizr, and this is worshipped and Brahmanes
are fed� (Crooke�1926:63). Dans la doctrine islamique, Khwaja Khizr est le
d�positaire des doctrines �sot�riques de la tradition abrahamique. Dans mon essai �Bhairava�s Royal Brahmanicide: the Problem of the Mah�br�hma�a� (Chalier-Visuvalingam 1989), j�avais repris la th�orie de la
transgression, �labor�e par Sunthar Visuvalingam�(1989) � partir de la s�miotique du bouffon du th��tre sanscrit,
pour esquisser un mod�le sacrificiel de la royaut� hindoue qui rejoint pour
l�essentiel la probl�matique pos�e par deux articles de G. Toffin�(1979 et 1986). Ces articles non seulement remettent en question
la hi�rarchie sociale trop statique et lin�aire de Louis Dumont�mais
soul�vent aussi la question de l�identification bien attest�e du
roi�n�war avec Bhairava. On peut pourtant se
demander comment le roi Bhairava s�int�gre au panth�on�hindou parmi les dieux souverains tels Indra, �iva, Vif�u. Dans ce chapitre, je
tenterai de montrer comment le culte de Bhairava
peut �tre d�chiffr� pr�cis�ment � partir des revendications respectives de ces
dieux souverains � la royaut�. (a)Siva / Pacare / Asvamedha Les
f�tes de Pacali Bhairava��et peut �tre la vie rituelle des N�war en
g�n�ral��s�inscrivent dans une
cosmogonie�royale, repr�sentant la mort symbolique et la
renaissance du roi en tant que sacrifiant par excellence. La d�kf���pr�-classique� transformait le sacrifiant en un �tre impur, charg�
d�une �sacralit� dangereuse� (Heesterman�1962:12-15).
Le premier jour de la f�te de P�care�(voir supra) le pur �iva-Pa�upati,
dieu royal et �national� par excellence du N�pal, devient Luku Mah�deva
qui est cach� toute l�ann�e comme un d�mon (pi��ca) dans un tas d�ordures, pour
recevoir des offrandes autrement interdites. Il est ador� par tout le monde y
compris les hindous et les bouddhistes, ce qui montre bien qu�il ne s�agit pas
d�un ph�nom�ne sectaire. P�care�est une f�te des d�esses-m�res qui concerne Pacali Bhairava
et surtout sa par�dre Bhadrak�l�.
Le deuxi�me jour, le roi n�palais venait, pr�c�d� par la Kum�r��mont�e sur son cheval blanc, pour v�n�rer Bhadrak�l�. Ce noyau rituel a donn� naissance � la
�f�te des chevaux� ou Gho�a-Y�tr��sur le champ de Tundikhel
qui, encore de nos jours, est organis�e par les militaires et pr�sid�e par le roi�du N�pal (Anderson 1975:263-71; Slusser
1982:232,317,338,342-4). Les
�l�ments du culte de Pacali Bhairava, comme la Kha�gasiddhi�ou le feu perp�tuel, ne d�rivent pas d�un
unique sacrifice v�dique, comme le R�jas�ya�ou l�Agnihotra,
mais plut�t de l�ensemble du syst�me sacrificiel. Le �sacrifice du cheval� (A�vamedha),
r�serv� seulement aux empereurs triomphants, avait certes disparu depuis des
si�cles de la sc�ne indienne, mais son paradigme rituel semble toujours r�gir
la vie des n�palais. La divinit�
tantrique Bhairava�a
repris toute la symbolique du sacrifiant royal qui, pendant l�A�vamedha, retournait � l��tat �embryonnaire� dans le
domaine impur de Varu�a.[98]
Ce qui explique pourquoi Bhairava est le plus souvent repr�sent� par un vase
qui symbolise la
matrice�(Slusser�1982:352).
L�importance attach�e aux yeux incrust�s sur le vase ne fait que renforcer
cette assimilation. Parce que, m�me sans recourir � la psychanalyse, les �mille
yeux� qu�Indra�(le netra-yoni) porte sur son propre corps
sont explicitement identifi�s au vagin par la tradition hindoue elle-m�me. Le
citron (tasi), qui porte comme en Inde les valeurs symboliques
de la mort et de la semence, condense tout un processus embryonnaire. Ainsi
s�expliquent les associations de Matsye�var�,
de la danse de �veta Bhairava�et du h�thuhayegu�avec le poisson (Slusser�1982:376).
C�est pendant la conjonction appel�e �Matrice de Poisson� (Matsyodar�-yoga),
quand la ville de B�nar�s��tait entour�e comme un embryon par les eaux
du Gange, que Bhairava s�est lib�r� de son brahmanicide�en sortant du bassin appel� Kap�lamocana (voir deuxi�me partie).�Le roi v�dique sortait �galement d�un bassin d�eau��de
son �tat �quivalent � une mort��en d�chargeant son impuret� sur un bouc
�missaire�difforme (jumbaka)
avec lequel il �tait en quelque sorte identifi�. (c)Ganesa Le jumbaka��tait
n�cessairement un brahmane, charg� du mal, et le roi lui-m�me renaissait comme
brahmane en subissant la d�kf�.[99]
La puret� du brahmane et l�impuret� de Bhairava�semble fixer les deux p�les extr�mes de la dialectique de la
transgression qui transforme l�adepte royal en �brahmane par excellence� (Mah�-Br�hma�a). Tandis que l�
impuret��du roi d�kfita�s�exprime par son identification avec Bhairava incarn� par le M�l�k�r,
sa qualit� de brahmane�est plut�t repr�sent�e par son suppos� �fils� le dieu Ga�e�a. La vraie forme du �beau� Bhairava est aussi grotesque que celle du jumbaka�et il est aussi glouton que le Ga�e�a�omnivore (sarva-bhakfaka). C�est Bhairava
lui-m�me qui (re‑)na�t comme Ga�e�a�du sein d�Ajim��qui tiendrait ici le r�le de la femme du sacrifiant�dans le paradigme v�dique. Bien plus, le fait
de remuer violemment le vase exactement au moment de l�arriv�e de Ga�e�a�confirme que c�est Pacali Bhairava�qui joue aussi le r�le de la �m�re� en
donnant naissance � lui-m�me (voir supra.). En fin de compte��et malgr� la
r�partition des r�les au niveau social de la f�te��Bhairava,
Ga�e�a�et Ajim��ne font qu�une seule entit� symbolique d�riv�e du processus
embryonnaire. C�est pourquoi Ga�e�a��qui a lui-m�me un ventre
comme un pot��est, pour sa part, identifi� explicitement avec sa propre m�re
(Nai) Ajim�. Ce qui importe ici est
surtout le fait que, malgr� l�absence du purohita�et l�effacement des brahmanes proprement dits
dans cette f�te n�war, l�emprise brahmanique s�exerce avant tout au niveau
symbolique. L�univers mythico-rituel que v�hicule le brahmane classique d�passe
largement et son propre corps social et la valeur de puret� qui fonde la
hi�rarchie hindouiste. (d)Indra Indra�est
le roi en tant que sacrifiant (yajam�na) par excellence, formant couple � ce titre
avec le brahmane officiant (purohita) qui le dirige dans le rituel du sacrifice.
En s�offrant � la divinit� par l�interm�diaire de la victime attach�e au poteau
sacrificiel, le roi v�dique renouvelait son royaume par sa propre renaissance.
C�est par cette violence sacrificielle assimil�e au
brahmanicide�de son chapelain Vi�var�pa�que le dieu guerrier de la deuxi�me fonction
s�universalise rituellement pour annexer non seulement la troisi�me fonction
(la fertilit�) mais aussi la premi�re fonction (la souverainet�). Comme le
sacrifiant li� par les lacets de Varu�a, les statuettes d�Indra�entour�es de ficelles sont plac�es durant l�Indra Y�tr�� dans des cages-prisons au pied
des m�ts ou sur des �chafauds et repr�sentent alors Indra comme un voleur aux bras �tendus. Mais le
r�le de victime sacrificielle, durant l�Indra Y�tr�,�est assum� par le roi �tribal� Yalambara�dont la t�te d�capit�e tomba � Indra Chowk o� elle est encore v�n�r�e sous la
forme d��k��a Bhairava.
D�j� dans le th��tre sanscrit (la M�cchakaxik�)
le h�ros brahmane tra�n� vers son ex�cution sacrificielle est compar� au m�t�port� vers le terrain de cr�mation au sud de la ville � la fin de
la f�te d�Indra. Or quand le m�t d�Indra � Kathmandou�est descendu, il est amen� par un cort�ge
fun�bre des M�nandhar�vers le terrain de cr�mation dans le sud pour
�tre immerg� dans la B�gmat�.
Ensuite ce m�t est d�coup� en morceaux qui servent � alimenter la flamme
perp�tuelle du sanctuaire ouvert de Pacali Bhairava�(cf. supra).
Le roi sacrifiant Indra ne fait qu�un avec sa victime. Apr�s la r�forme
classique du sacrifice v�dique, le sacrifiant (yajam�na) profane se trouve �tre transform� par la d�kf��en
un brahmane (temporaire), �tre pur par excellence au sommet de la hi�rarchie
hindoue (Heesterman�1985:154). Vif�u�repr�senterait cette dimension proprement brahmanique du roi par
laquelle il s�affirme comme le conservateur de l�ordre socio-religieux fond�
sur l�opposition pur/impur (Toffin�1986:74-78). L�identification du roi �
la fois avec Indra�et avec
Vif�u�transpara�t aussi dans l��rection du m�t de Pacali Bhairava�dans
l�enceinte d�Axko
N�r�ya�a�par
le Juju�exactement au moment de l��rection du m�t d�Indra�� Hanuman Dhoka. C�est pourquoi, me semble-t-il, le Juju�assiste d�abord au rituel pr�liminaire dans le temple d�Axko N�r�ya�a avant d�aller diriger les sacrifices
sanglants dans le sanctuaire ouvert de Pacali Bhairava. Sur la route qui le m�ne � ce sanctuaire,
le Juju doit s�asseoir � un endroit particulier o�
autrefois ses sujets venaient lui rendre hommage en tant que Vif�u. Mais cette purification semble �tre, en
fait, la phase pr�alable d�une dialectique de la
transgression�qui aboutit � la mise � mort du
roi-sacrifiant par l�interm�diaire d�une victime substitu�e. Le Jo�i�borgne mis devant le temple de Vif�u�dans le grand r�cipient (kasi)��jet�
tr�s brutalement encore de nos jours sur le Vet�la�qui re�oit les sacrifices sanglants destin�s � Pacali Bhairava��prolonge
ainsi le r�le dans l�A�vamedha�du jumbaka�brahmane.[100]
On peut donc penser que la troisi�me t�te (cf. supra) qui se cache derri�re les deux t�tes des boucs sacrifi�s
dans le homa (M�ws�huti)
devait sans doute appartenir � ce Jo�i�difforme repr�sentant le roi sacrifiant. Le M�p�tra (skt. Mah�p�tra),
figure quasi-bouffone qui �tue� avec son �p�e la statuette d�Indra�sur le poteau � la fin de l�Indra Y�tr��� Bhaktapur�(Nepali�1988:364), re�oit
d�abord la couronne de Vif�u�dans le temple de celui-ci sur la place Datt�treya. Jeter les grains de
riz��ce que la femme de Pacali
Bhairava�avait oubli� de faire��est non seulement le moyen de gu�rir (�veta)
Bhairava�de
ses �maux d�estomac� apr�s son repas d�enfants-poissons, mais sert aussi �
exorciser les poss�d�s (Levy�1987:128). C�est � travers des
pratiques �sot�riques psychophysiques, codifi�es dans les Tantra, que Bhairava a assimil� les religions autochtones avec
leur p�les sacr�s ainsi que la transe extatique qui les soutient. M�me dans le
syst�me philosophique du �Sivaisme du Cachemire� o� Bhairava devient un principe m�taphysique � atteindre par
une gnose �brahmanique", ce substrat se trahit par des sympt�mes comme le
tremblement et l��vanouissement qui accompagnent la possession (�ve�a). Ainsi le
roi�n�war, pour autant qu�il fasse figure d�adepte tantrique, semble
puiser son pouvoir magico-religieux d�une inspiration chamanique facilement
r�interpr�t�e comme une possession par Bhairava (Bhairav�ve�a).
C�est ce qui arrive, par exemple, au Dh�mi�Dangol�de Nuwakot,
qui c�l�bre pour la communaut� n�war toute enti�re l��rection des m�ts de
nouvel an et boit le sang sacrificiel de nombreux buffles, tout en portant les
insignes royaux du roi du N�pal). Rappelons ici
que, pour Heesterman�(1962), le d�kfita�brahmanis� �tait d�abord et avant tout le
guerrier consacr�, le Vr�tya, qu�il rapproche des asc�tes
militaires sivaites plus tardifs comme les P��upata�et les K�p�lika.
Le danseur M�l�k�r�en transe qui brandit son �p�e rougie pour
mieux incarner Pacali Bhairava�prolongerait en quelque sorte le versant
chamanique de la royaut� hindoue, tout en r�v�lant une dimension transgressive
dans cette exp�rience v�cue qui la rapprocherait de la fureur meurtri�re du
roi-guerrier. C�est pourquoi la kha�gasiddhi�inaugure
le jour de Vijayada�am���la
f�te des Kfatriya�par excellence��qui marque la reprise des
activit�s militaires au N�pal et en Inde (Toffin�1981:60,67,77 et Biardeau�1981d). Le mythe fondateur
de l�Indra Y�tr� et son calendrier r�v�lent que le roi des
dieux se sacrifie � la d�esse Taleju�qui
rev�t la forme de la Kum�r��et
qui sort le jour de la pleine lune de Bh�dra�afin
de re-l�gitimer le pouvoir du roi pour l�ann�e suivante. Cette date marque
aussi le d�but du mah�laya �r�ddha�durant lequel les anc�tres sont v�n�r�s surtout quand le soleil se
trouve dans le signe de la vierge.[101]
La synchronisa�tion de l�intronisation du roi, de l�adoration de la �akti�et
de la propitiation des morts ne s�explique que par l�unique sch�ma sacrificiel
sous-jacent. Le r�le de Bhadrak�l�, par�dre de Pacali Bhairava, qui rev�t le costume bleu de celui-ci pour
�changer son �p�e, � son tour, avec le roi, sugg�re l�androgynie du roi Bhairava. A Nuwakot, par exemple, le sexe de la divinit� dans
le temple est tr�s ambigu et, bien que la f�te s�appelle Bhairav� Ratha
Y�tr�, c�est le Dh�mi�incarnant Bhairava qui a le r�le principal m�me s�il est
accompagn� de sa femme. Jagann�tha, la divinit� royale � Puri, est �sot�riquement assimil� non seulement
� Bhairava lorsqu�il s�unit avec la Devad�s��(danseuse) incarnant Bhairav�, il est aussi directement identifi� � la
d�esse K�l�. G. Toffin�(1981) souligne �galement comment le roi n�war tirait son pouvoir
magico-religieux en s�identifiant avec sa �akti. En fait, la liaison sexuelle entre le roi
tantrique et la d�esse Taleju s�inscrit parfaitement dans le paradigme du
sacrifiant�pr�-classique qui retourne dans la matrice
pour former l�androgyne primordial. Tous ces �l�ments se retrouvent condens�s
dans le sc�nario devant la porte du palais � Hanuman Dhoka
o� le roi-buffle est sacrifi� devant la Kum�r��impassible, exactement au moment o� Pacali Bhairava arrive du sanctuaire ouvert sous forme de
vase (voir supra.). Mais de telle fa�on que le sang gicle sur K�l�-Ajim�,
que les mythologiques assimilent indirectement � Taleju-Kum�r�.[102] Tih�r�ou
Diwali, f�te pendant laquelle Pacali
Bhairava�est
sp�cialement v�n�r� dans son sanctuaire ferm�, est aussi appel�e �les cinq
(jours) de Yama� (yama-pa�caka). Yama est v�n�r� directement et aussi � travers
ses th�riomorphes: le chien, le corbeau et la vache (Anderson�1975:164-74; Toffin�1984:538-42). Le chien est surtout
l�animal de Bhairava, la vache sacr�e est le brahmane, tandis
que le corbeau repr�sente le �pr�tre fun�raire� (Mah�br�hma�a). La relation intime entre le
brahmane�et la mort se r�v�le, par exemple, dans le
fait qu�� Bhaktapur�c�est la natte fun�raire du R�jop�dhy�ya�qui sert de toile pour l�image d��k��a Bhairava. P�trifi� � Tekudoban, pr�s du confluent de la B�gmat��et de la Vif�umat�,
apr�s s��tre envelopp� dans une natte fun�raire, Pacali Bhairava, venant de B�nar�s,
incarne surtout la royaut� de la mort dont nous sommes tous, sans distinction,
les sujets condamn�s. C�est au titre de �Ma�tre des esprits� (Bh�te�vara)
qu�il renouvelle le pouvoir du roi Indo-N�palais qui, par cet �change d��p�e,
s�approprie la force r�g�n�ratrice de la mort du sacrifiant brahmanique. La
statuette d�Indra, mise � mort sur la
transposition du poteau du sacrifice v�dique � Bhaktapur,
est explicitement appel� Yama�Deo par les N�war. Nick Allen�a propos� de compl�ter l�id�ologie indo-europ�enne de Georges Dum�zil�par une �quatri�me fonction� incarn�e par Yama�qui repr�senterait l�Autre � la fois comme groupement exclu
d�valoris� et principe central transcendant. Si Bhairava,
en tant que Yam�ntaka,
vainc ce dieu souverain de la mort profane pour r�gner � sa place sur le �grand
terrain de cr�mation� (mah�-�ma��na) qu�est la ville sacr�e par excellence de V�r��as�,
c�est parce que cet Absolu du �Sivaisme du Cachemire�, qu�est Bhairava, se r�alise par la mort initiatique que Yama�lui-m�me aurait repr�sent� dans la religion v�dique. (i)Mitra-Varuna / Kotwal Devant
le palais royal � Hanuman
Dhoka, l�image de K�la Bhairava, qui est connu aussi sous le nom d�Ad�lata�(cour de justice) Bhairava��figure dominante, noire et solitaire��est
le t�moin principal devant qui chaque ann�e les fonctionnaires d��tat pr�taient
serment. Ce r�le correspond parfaitement � sa fonction de policier-magistrat (Kotv�l) � B�nar�s. Criminels et ceux qui �taient en litige
juraient aussi en touchant les pieds de Bhairava, et celui qui portait un faux t�moignage
vomissait du sang et mourait sur le champ. Jusqu�au 19�me si�cle il recevait �
l�occasion les m�mes sacrifices humains que (Mitra-)
Varu�a�demandait d�j� afin de maintenir paradoxalement l��ordre� (�ta) terrifiant cach� fermement au coeur m�me de l�ordre
socio-cosmique v�dique. Mais le Vet�la�qui
re�oit le sang du sacrifice n�est, en r�alit�, que Pacali Bhairava�lui-m�me, le roi-victime dont �la transgression sacr�e� est
repr�sent�e par la difformit� du Jo�i.[103]
K�la�Bhairava, qui s�empare des p�ch�s des p�lerins � B�nar�s, est le
bouc �missaire�par excellence, et le jumbaka�brahmane de l�A�vamedha�imp�rial �tait Varu�a�lui-m�me en tant qu�incarnation noire du Mal. Le juge supr�me est
aussi le pire brahmanicide: si le Kotv�l�impitoyable s�impose une punition si juste � lui-m�me, avant
d��tendre sa mis�ricorde (karu��) � ses sujets, c�est
parce que son meurtre judiciaire est dot� d�une signification proprement
sot�riologique (la bhairav�-y�tan�)
dont b�n�ficie chaque hindou pieux qui choisit de mourir � B�nar�s. (j)Kirata �On the basis of
varied evidence��literary, historical, anthropological, linguistic, and that of
tradition��we may, then, speculate that the Kir�ta, metamorphosed by millennia of
miscegenation and acculturation, form the matrix of the Kathmandu Valley
population, which in contemporary Nepal is designated Newar� (Slusser�1982:11). Les Licchavi�aryens ont vaincu les Kiranti�tribaux avant le 3�me si�cle A.D. pour imposer leur id�ologie
sacrificielle par le haut (Slusser�1982:18-40). La �p�riode de transition� (879 � 1200 A.D), qui nous
a l�gu� si peu d�artefacts de haute civilisation, a sans doute vu
l�effondrement de cette �pax vedica�
autour d�une autorit� centralis�e et l�affirmation d�une succession de pouvoirs
indig�nes (Slusser�1982:41-51). Par contre, l�efflorescence du tantrisme��du
bouddhisme�Vajray�na�surtout��aurait contribu� � une lente
maturation de la culture �aryenne� parmi les N�war. L�ascension de Gu�ak�ma�deva,
dont la port�e culturelle semble confondue avec celle d�Aw�u�varman�(Slusser�1982:45), marque probablement le tournant o�
les anciennes valeurs se r�affirment par le bas m�me en dehors des institutions
sp�cifiquement v�diques. La consolidation du pouvoir Malla�(1200-1769 A.D.), surtout avec l�ascension de Jayasthiti Malla (1382 A.D.) venu du milieu royal Vaif�ava�de Mithila,
verra la r�organisation de la soci�t� n�war sur la base de l�hindouisme
classique et l�implantation de la bhakti�(Slusser�1982:52-76). (k)Bouddhisme Avant m�me l�arriv�e du pouvoir Licchavi�sur
la sc�ne n�pali, la p�n�tration bouddhiste aurait pu transformer la cosmogonie
indig�ne du mont primordial en culte de st�pa � Svayambh�n�tha�(Slusser�1982:298-302; Gutschow�1987). Malgr� le refus du syst�me hi�rarchique du sacrifice
brahmanique avec son panth�on des dieux, les rois Licchavi�patronnaient le
bouddhisme�ancien en b�tissant des st�pa et
en octroyant des villages entiers au saqgha (Slusser�1982:271-80). Bien plus, M�na�deva�I serait devenu un p�nitent dans le Guw-vih�ra, �iva�deva�II (A.D. 694-705) se serait converti au bouddhisme
et V�fa�deva�(ca. A.D. 400), qui a fond� le Svayambh��st�pa (Slusser�1982:275-6), aurait �t� un roi franchement
bouddhiste. D�j� pr�sent � l��poque des Licchavi,
le Vajray�na�a connu son plein �panouissement pendant la
�p�riode de transition� (879 � 1200 A.D) quand le N�pal��tait consid�r� un pays bouddhiste par les chinois et les
tib�tains qui venaient y �tudier (Slusser�1982:281-86). Le r�le d�Indra, dont les images ne
deviennent populaires qu�� partir du 11�me si�cle mais qui portent toujours des
couronnes de type Licchavi,
�tait jou� plut�t par le bodhisattva�Vajrap��i�(Slusser�1982:267-9). La base pentadique du culte de Pacali Bhairava��tait partag�e par le bouddhisme comme en
t�moignent les cinq Tath�gata�du Vajray�na�et, m�me avant, l�organisation spatiale des st�pa Licchavi�(comme � Patan). Les rois Licchavi ont �videmment retrouv� dans
l��galitarisme et l�aniconisme du bouddhisme ancien un h�ritier du v�disme
tribal (presque) aussi l�gitime que le brahmanisme classique centr� sur le
sacrifice. Et cela sans attendre l�ach�vement tardif de la synth�se tantrique. La sp�cificit� du
N�pal se r�sumerait ainsi par le passage du v�disme des Licchavi�aryens au
chamanisme�des tib�to-birmans autochtones sans passer n�cessairement par le
d�tour de la bhakti�qui a �lev� Vif�u�et �iva��avec Brahm���au rang de la trinit�
supr�me en Inde. Il semble que l�exag�ration des valeurs de puret�, qui a donn�
naissance au brahmanisme classique, fasse pendant � l�essor du renoncement de
type bouddhiste que l�hindouisme, � son tour, a essay� de r�cup�rer par la bhakti. La lutte religieuse, qui a �t� intense en
Inde, a paradoxalement vu le bouddhisme�adopter les structures d�un hindouisme qui
int�riorisait, � son tour, des valeurs et des innovations bouddhistes. La vraie
force de la contestation bouddhiste��ce qui lui assurait ainsi son identit�
propre face � l�hindouisme englobant��venait d�s le d�but de ses liens
privil�gi�s avec des cultures �trang�res au brahmanisme. La relative
ind�pendance du bouddhisme par rapport � la soci�t� de castes lui aurait
conf�r� un r�le privil�gi� dans le processus d�acculturation entre aryens et
indig�nes. Mais le renoncement pr�suppose un monde profane rejet� en faveur de
la transcendance. Cette situation qui ne correspond � la culture ni v�dique, ni
tribale, n�aurait pu se r�aliser que d�une fa�on assez limit�e dans la Vall�e
de Kathmandou.
La pratique Vajray�na�se distingue de l�hindouisme tantrique
essentiellement par son interpr�tation philosophique, ce qui compte tr�s peu en
ce qui concerne le fonctionnement de la soci�t� n�palaise. La civilisation
n�war se pr�sente plut�t comme un monde sacr���hindouis� o� les �l�ments v�diques et tribaux se fusionnent dans
une synth�se mythico-rituelle qui n�a jamais �t� s�rieusement remise en cause
par le renoncement. Tandis que dans le contexte indien, la disparition des
f�tes cosmogoniques ont r�duit l�Indra�royal � une figure mis�rable devant les dieux souverains de la bhakti, le paradigme sacrificiel
sous-jacent a permis que le roi divin n�war assimile facilement les religions
autochtones, surtout le chamanisme, moyennant la figure tantrique de Bhairava.
Les valeurs conservatrices du Mitra�v�dique sont retenues dans les repr�sentations encore brahmaniques
de N�r�ya�a�en tant que roi-brahmane, de Pa�upati�en tant que roi-asc�te et m�me du Bouddha en
tant que roi renon�ant, mais les valeurs de transgression de Varu�a�ont �t� reprises par Bhairava. 1) 17.1.
Mythe d�origine de la Bisket
Y�tr�
2) 17.2.
S�quences chronologiques
a) 17.2.1.
Premier jour: combat pour le chariot de Bhairava
b) 17.2.2.
Quatri�me jour: �l�vation du m�t de Bhairava
c) 17.2.3.
Cinqui�me jour: collision des chars de Bhairava et de Bhadrak�l�
3) 17.3.
Les participants du Bisket
Y�tr�
a) 17.3.1.
Les gardiens du temple d��k��a Bhairava
b) 17.3.2.
Le pr�tre de Bhadrak�l�: la d�esse en col�re
c) 17.3.3.
Ganesha Kumar Karmacarya: p�j�r� de Bhairava
d) 17.3.4.
Surya Bahadur Citrakar: Bhairava comme natte fun�raire
e) 17.3.5.
Kedar Rajopadhyaya: le pr�tre brahmane
f) 17.3.6.
Candranatha Darsanadhari, le Kusle
g) 17.3.7.
Les intouchables Pore: fun�railles du roi d�capit�
4) 17.4.
Dualisme religieux et violence humaine
5) 17.5.
Royaut� Hindoue et Sot�riologie Tantrique
Chapitre 4:
la Ratha
Y�tr�
� Nuwakot: Bhairava et
la Possession Chamanique
1) 18.1.
Mythe d�origine de la Bhairav�
Ratha Y�tr�
2) 18.2.
S�quences chronologiques
a) 18.2.1.
Premier et cinqui�me jours: rituels d�invitation
b) 18.2.2.
huiti�me jour: nuit de la pleine lune (p�r�im�)
(1)Bain du Dh�mi et habits de f�te
(2)Mah�bali et �l�vation des m�ts
(3)Rituels secrets
c) 18.2.3.
Jour de la pleine lune: sacrifices et oracles � Dev� Gh�x
(1)Mah�bali pour la d�esse Taleju
(2)La procession vers Dev� gh�x
d) 18.2.4.
premier jour de la quinzaine noire
e) 18.2.5.
deuxi�me jour de la quinzaine noire
(1)Le matin
(2)Retour � Nuwakot: Le Sind�r Y�tr�
f) 18.2.6.
troisi�me jour de la quinzaine noire: bhoj kh�ne
et
rituel secret
3) 18.3.
Les participants de la Bhairav� Ratha Y�tr�
a) 18.3.1.
Le Dh�mi: chaman, sacrifiant, roi et
pilier du monde
(1)naissance et mort du Dh�mi: le choix de l�homme-dieu
(2)Dh�mi et Dhamini: l�androgynie du dieu de la folie
(3)Cons�cration royale et transe chamanique
b) 18.3.2.
Le Dv�re: sacrifiant et repr�sentant
politique du roi de N�pal
c) 18.3.3.
Kum�r et Ga�e�a: les deux �fils� du couple
divin
d) 18.3.4.
Les Vajr�c�rya: l�emprise du
e) 18.3.5. Taleju et Bhairav�: la d�esse royale et la communaut� locale
f) 18.3.6. Les diff�rents guthi: comment faire l��conomie des f�tes n�war?
4) 18.4.
Possession chamanique et sacrifice
Chapitre 5: Mariage du Pilier � B�nar�s: Bhairava et l�Eschatalogie Indo-Islamique
1)
19.1. Le mariage de L�x
Bhairava
2)
19.2. La quinzaine noire: mort et renaissance
3)
19.3. Lieux sacr�s et personnages divins
a)
19.3.1. Kula-Stambha:
Pilier du Grand Terrain de Cr�mation
b)
19.3.2. K�la-Bhairava:
Protecteur et Victime de la Loi
c)
19.3.3. K���-Vi�van�tha:
Roi du monde
4)
19.4. Noces de Ghazi-Miy�: sacrifice humain et martyre
a)
19.4.1. Salar Masud et le Pros�lytisme Islamique
5)
19.5. Sacrifice v�dique et eschatologie indo-islamique
Conclusion:
Pacali
Bhairava dans
le Panth�on Hindou: Royaut� et Transgression
[1] Sufum��, on le
sait, d�signe la ligne centrale de circulation d��nergie dans le corps subtil. Sufum�� est dans certains textes
tantriques, l��quivalent de �ma��na. �Sur ce point, voir Eliade 1954:238.
[2] Cette partie reprend la communication, �Le roi et le jardinier: Pacali Bhairava de Kathmandou�, faite � Paris le 16 juin 1989 au Centre d�Etudes Indiennes, dans le cadre du s�minaire de G. Toffin sur �Classer les dieux� et les communications faites � l�Universit� de Harvard dans le cadre du s�minaire du Professeur Witzel, �South Asia as understood through its Regions�, le 25 avril 1991, �Between Lhasa and Benares: Pacali Bhairava of Kathmandu� et le 16 avril 1992, �Bhairava and the Cosmic Pillar: New Year Festivals in Nepal.�
[3] Ainsi durant le Dasain, les chauffeurs de taxis ou particuliers sacrifient un bouc ou un poulet devant leur voiture. De m�me � l�a�roport international de Kathmandou, des boucs sont sacrifi�s devant les avions. Rappelons qu� �k�sa-Bhairava est l�embl�me officiel de la compagnie nationale a�rienne n�palaise. On sait aussi que Bhairava est repr�sent� par les quatre roues du char de Macchendran�tha � Patan. Sur ce dernier point, cf. Locke 1980:265 et 270 note 35.
[4] Cf. par exemple Gutschow et Kolver 1975.
[5] Nepali 1988:298-305,343-51; Slusser 1982:235-9; Toffin 1984:441-7. Slusser 1982:235 va jusqu�� affirmer, �wherever the Nepali is, physically or psychologically, Bhairava is not far away.�
[6] Les N�war comptent une population d�environ de 500,000 personnes, soit 4% de l�ensemble de la population n�palaise. Ils parlent une langue tib�to-birmane qui contient un grand nombre de mots sanscrits. Sur les N�war, se reporter � Anderson, Gellner, Gutschow, L�vi, Levy, Locke, Nepali, Slusser, Toffin . Voir en particulier Toffin 1984:31, �Le mot �n�war� (souvent prononc� nevv� par les int�ress�s) est en effet relativement r�cent. Il n�appara�t que sous le r�gne de Prat�pa-Malla, roi de Kathmandou, dans une inscription dat�e de 1653. Avant cette date, il n�en est fait mention ni dans les chroniques anciennes ni dans les inscriptions. Ce n�est que par la suite que son emploi se g�n�ralise Le mot nep�l quant � lui est ancien. Il est mentionn� pour la premi�re fois dans une inscription sur un pilier �rig� � Allahabad au milieu du IVe si�cle apr�s J.�C, par Samudra Gupta, le deuxi�me roi de la dynastie Gupta.� Voir aussi sur ce point Gellner 1992:17, �In the Malla period the language of the Valley was known formally as de�a-bh�f� (�the language of the country�) or as nep�la-bh�f� (�the language of Nepal�). Colloquially it became known as, and is still called, nevv�-bh�y. By a kind of back-formation, �Nevv�� or �Newar� came to denote those who spoke nevv�-bh�y. A distinction thus grew up between the people (Newars) and the place (Nepali). The first Newar cultural nationalist, Dharmaditya Dharmacharyya, attempted to tie the two together by disputing the decision of the government to designate the Parbatiy�s�s language, till then called Gorkh�l�, as Nepali, and by reviving the old name of Newari, Nepal Bh�f�.�
[7] Cependant, nous le verrons, le lien entre Bhairava et le brahmanicide a �t� retenu � Bhaktapur dans un contexte tr�s significatif.
[8] N�anmoins j�ai pu voir sur un calendrier n�pali (non n�war) cette f�te mentionn�e. Il serait int�ressant d��tudier le temple de Bhairava � Palpa dans le district de Tansen car cette divinit� est v�n�r�e autant par les N�war que par les Indo-N�palais.
[9]� Voir par exemple la Gop�lar�javaw��val�:134. On retrouve cette identification jusqu�� Sumatra.�The [statue] from Sumatra (Pedang Robjo) is supposed to be a Buddhist Bhairava or a portrait statue of the Sumatran King Adityavarman From his description, one gets the impression that this king was himself ordained as Bhairava� (Puri 1969:92).
[10] Pour la liste g�n�rale des castes n�war dans la Vall�e de Kathmandou, cf. Toffin 1984:231. Sur les principes de s�paration entre castes pures et impures dans le contexte n�war, voir Nepali 1988:150 et Toffin 1984:278.
[11] Sur le bouddhisme n�war, voir maintenant Gellner 1992.
[12] Slusser 1982:291-2,237,239 note 101,272,282,286.
[13] On trouve des descriptions partielles chez Nepali 1988:303-4,347-50, Anderson 1975:156-63, Slusser 1982:238-9, Toffin 1984:444-6. Mais le culte de Pacali Bhairava n�a jamais �t� �tudi� syst�matiquement � tous ses niveaux, et surtout par rapport � la royaut� n�war.
[14] Schroll 1975. Sur l�organisation des guthi, cf. Toffin 1975 et 1984 ainsi que Vergati-Stahl 1986.
[15] Sur les offrandes rituelles en milieu n�war, se reporter � l��tude de Lowdin 1985. Pour une explication plus d�taill�e de certains termes n�wari, consulter le dictionnaire de Manandhar 198� �1986.
[16] Toffin 1984:83 note 16, voir aussi chaps.18 et 20. Pour une �tude d�taill�e de l�organisation des temples dans la tradition n�war, on peut se reporter �galement � Vergati Stahl 1979.
[17] Communication orale, avril 1990, � l�Universit� de Harvard. �It is certain that the Kashmiri and the Newars of the Kathmandu Valley looked out on much the same distribution and interrelation of �aiva Tantric cults at this time, and it is highly probable that each community inherited these traditions independently by participating in a more wide-spread system, which may have included even the Tamil-speaking regions of the far south of the subcontinent� (Sanderson 1988:663).
[18] Comme dans la nimantra�a-p�j�. Sur l�identification des plantes rituelles utilis�es par les N�war, cf. Toffin 1984:607-8, o� tasi est identifi� comme citrus medica. Pour son utilisation dans les rituels, cf. Gutschow et Basukala 1987:165. On sait par exemple que durant le Bisket Y�tr�, � Bhaktapur, les feuilles de ce fruit sont mises sur le m�t phallique (liqga) qui repr�sente Bhairava. Pour l��quivalence du citron et de la semence dans le culte tamoul de K�ttavar�yan, cf. Visuvalingam 1989:441.
[19] Contrairement � ce qu��crit Anderson 1975:162, �Ajim� dressed completely in white.� A l�inverse d�Anderson qui ne parle que de Ga�e�a, Nepali (1988:349) n��voque que N�y Ajim�. Slusser (1982:239), pour sa part, confond les deux Ajim� en une seule qu�elle relie � la femme K�sai du mythe. Cette confusion, d�abord entre N�y Ajim� et Ga�e�a et puis entre les deux Ajim�, est tout � fait compr�hensible, �tant donn� que leurs identit�s symboliques sont d�j� assez floues au niveau mythico-rituel.
[20] Ce sch�ma m�a �t� propos� par Kamal Prakash Malla � Kathmandou en octobre 1988. Sur l�ensemble de ces f�tes se reporter � Anderson 1975. Sur la f�te du pa�care ou pis�ca caturda��, se reporter � Nepali 1988:444 et Locke 1980:28-29.
[21] Les termes n�wari ne sont pas des toponymes.
[22] Sur les Vai�ya Th�kur�, cf. Nepali 1988:150, Slusser 1982:90 note 50 et 363.
[23] On sait qu�Akbar accomplissait ce sacrifice, voir Gaborieau in Markovits 1994:108, �Akbar accomplit aussi certains rites hindous: ... il se fait peser et donne l��quivalent de son poids en or et en objets pr�cieux lors des anniversaires lunaires et solaires.�
[24] Sur l'impuret� cong�nitale de Ga�e�a, voir par exemple Doniger O'Flaherty 1973:271, "Ga�e�a, born from the sweat of �iva and P�rvat�..." et ibid. 276, "Ga�e�a is said to have been born to a female demon who had drunk the unguents mixed with body rubbings discarded by P�rvat�."
[25] N�ayant pas obtenu de mission en 1987, je ne pus aller � Kathmandou. Je pus m�y rendre � l�automme 1988 o� j�ai interrog� longuement les participants de la f�te de tous les douze ans. Je n�ai pas non plus pu obtenir de mission pour pouvoir assister � la kha�gasiddhi de Bhadrak�l�� � l�automne 1991. Je dois aussi ajouter que j�ai re�u le 27 ao�t 1994 de l�Universit� de Chicago, le livre de G�rard Toffin, Le Palais et le Temple. La fonction royale dans la vall�e du N�pal, publi� au CNRS en 1993. Je l�indique dans ma bibliographie mais pour des raisons �videntes je n�ai pu en tenir compte dans ce travail. L�auteur de cet ouvrage reprend en grande partie la description et l�analyse sur Pacali Bhairava de mon article (qu�il mentionne) qui n�a pas �t� publi�, �Le roi et le jardinier: Pacali Bhairava de Kathmandou.�
[26] Sur cette f�te voir Nepali 1988:377-9, Anderson 1975:72-6, Toffin 1984:518, "Une l�gende raconte qu'en ce temps-l�, le d�mon (r�ksas) Gha�xakar�a faisait r�gner la terreur dans la Vall�e de Kathmandou. Ennemi jur� de Vif�u, il portait des boucles d'oreilles en forme de cloches afin que le nom de ce dieu ne parvienne pas � ces oreilles. Le r�ksas d�truisait champs et maisons; il tuait tous les enfants qu'�l pouvait trouver et se nourrissait de leur sang. Terroris�s, les habitants de la �Vall�e� demand�rent � un pr�tre bouddhiste Gubh�j� de les aider. Le pr�tre accepta et s'en f�t � la recherche du d�mon. L'ayant trouv�, il engagea la conversation avec lui et lui fit promettre de ne s�attaquer � personne avant quatre jours. Ce laps de temps �coul�, le Gubh�j� prit la forme d�une grenouille et retourna � la rencontre du r�ksas. En entendant les coassements de l'animal, le d�mon, affam� par un si long je�ne, se jeta sur la grenouille pour la manger. Malheureusement pour lui, la grenouille �tait dans une rizi�re si boueuse qu'il s'y trouva enlis� avant d�avoir pu l�attraper. Le Gubh�j� reprit aussit�t sa forme humaine et fit appel aux Agriculteurs qui tu�rent le r�ksas � coups de pierres."
[27] Tejaratna Tamrakar avec qui j�ai discut�, a �crit en n�pali un compte rendu de cette c�r�monie (voir bibliographie).
[28] Je remercie G. S. Nepali et C. Jest qui, par leurs interventions, ont permis que j�obtienne cette vid�o.
[29] Sur ce point voir par exemple Levy 1987:127-131, "The biting off the head of the rooster and the drinking of its blood signifies, as the entire background for the meaning of the py�kh� which I have presented here makes clear, that it was Seto Bhairava who was to be killed, if it were not for this convenient substitution, which at the same time frees him temporarily from Mah�k�l�..."
[30] Selon Slusser (1982:45), il y aurait eu trois rois distincts qui sont confondus sous le nom de Gu�ak�madeva: un Licchavi, celui dont nous parlons (r�gne: 987-990 A.D.), et un troisi�me qui r�gnait de 1185 � 1195. Des chroniques tardives attribuent sa fondation de la ville � 724 A.D., qui correspondrait plut�t au r�gne Licchavi de Jayadeva II. Les palais Licchavi auraient �t� � l�emplacement actuel de Hanum�n Dhoka, o� Gu�ak�madeva et ses successeurs auraient aussi r�sid� (ibid., p.189).
[31] Sanderson (1990a). Le Guhyasam�ja-Tantra et le Ma�ju�r�m�lakalpa montrent bien que le Vajray�na est �galement tributaire d�un courant qui est bien ant�rieur aux Tantra siva�tes.
[32] Sur le sch�ma sacrificiel hindou, cf. Biardeau et Malamoud 1976b; et dans le contexte n�war, cf. Toffin 1982.
[33] Sans doute ce dualisme dans l�organisation sociale n��tait-il pas �tranger aux tribus aryennes; on en trouve l�empreinte encore dans la mythologie et la cosmogonie hindoues. Mon but ici n�est pas de d�montrer l�origine soit tribale soit v�dique du dualisme n�war, mais plut�t de souligner jusqu�� quel point ils partageaient des structures communes.
[34] Voir Toffin 1984:592-3. Cette analyse est encore valable pour le N�pal d�aujourd�hui, voir sur ce point Van Den Hoeck 1990.
[35] �The more familiar name, Patan, is the Nepali simplification of Lalita pattana, and its use dates only from the seventeenth century� (Slusser 1982:98).
[36] Les diff�rentes p�riodes historiques du N�pal sont ainsi divis�es:
1)P�riode Licchavi de 300
� 879 de notre �re durant laquelle se dessine un processus de �sanskritisation�
et une id�ologie brahmanique est impos�e aux populations indig�nes
tib�to-birmanes (�Kir�ta�) par les rois Licchavi. Ces rois �visnouites� patronnaient le
bouddhisme et certains d�entre eux devinrent moines.
2)P�riode de Transition de 879 � 1200 durant laquelle Gu�ak�madeva fonde Kathmandou. 3)Premi�re P�riode Malla 1200 � 1382. 4)Deuxi�me P�riode Malla 1382-1769 durant laquelle on note un
processus d�hindouisation. 5)P�riode Sh�h 1769
jusqu�� maintenant, interrompue par la p�riode R��� de
1846 � 1951.
[37] Pour une description de la f�te d�Indra dans le contexte v�dique voir Kuiper1983, et Agrawala 1970:49-68 qui donne aussi des descriptions de la f�te d�Indra dans d�autres r�gions de l�Inde. Pour d�autres descriptions de cette f�te � Kathmandou, cf. Anderson 1975:125-137, Nepali 1988:359-369, Toffin 1984, 1992, V�zies 1981.
[38] �There used to be mock combats between incoming attendants of Indra and the supporters of Bhairava ... there were originally two separate festivals, one for Indra and the other for Bhairava� (Nepali 1988:359).
[39] Dans la mythologie v�dique Vi�var�pa est une victime d�Indra. Sur ce point voir par exemple Hillebrandt 1980:240, "Tvastr had a son with three heads and six eyes. This one had three mouths. Because he was shaped thus his name was 'All shaped' (Vi�var�pa). One mouth served for drinking the Soma, one for drinking the Sur� and the third for other kinds of food. Indra hated him and cut off his heads..." Voir aussi Heesterman 1985:47, �Vi�var�pa is equally a representation of sacrifice; with his three heads he consumes the Soma, the s�r�, and the sacrificial cakes, thus possessing in his three heads the whole of sacrifice. Indra therefore cuts off the three heads (or has them cut off).� Selon Toffin (1992 note 32), c�est un pr�tre Karm�c�rya du temple de Taleju qui a la charge de cette statue gard�e normalement � l�int�rieur du palais royal � Hanuman Dhoka.
[40] �Hundred of women from households where death has occured within the year form a procession behind Dagini, clinging to the sash or garment of the woman ahead. They are joined by a group of men carrying a long plank suspended on ropes from their shoulders, along which is set a series of flaming oil wicks. They light the way for Dagini and her procession as they file through the dark city lanes seeking the souls of those who failed to get to Heaven� (Anderson 1975:131).
[41] Mohaven (1974:176) place cette c�r�monie de la x�k� le deuxi�me jour de la f�te, soit le treizi�me jour de Bh�dra!
[42] Toffin 1992:6 d�crit aussi cela mais sans donner d�explications, �Some teenagers hurl down and start throwing bundles of straw to each other in a rather surrealistic battle. In 1991, this excitment produced severe trouble with the police: 34 persons were wounded. Next year, special police forces were posted all around Hanuman Dhoka palace, but no clash happens.�
[43] Voir Anderson 1975:137, �A small wooden puppet is brought from the confines of Hanuman Dhoka and used as a weapon to strike small puppets placed behind the images of Indra.�
[44] Voir aussi la description (ibid.) du kfatriya, qui correspond � la divinit� Bhairava. Voir �galement dans la troisi�me partie, l��tude du manuscrit Bhairavotsavavidhi qui relate le mythe d�origine de h�thuhayegu.
[45] Sur ce point voir Heesterman 1985:45-58.
[46] �The place at Kalmocan Tirtha where the Bagmati and the Kalamati join was called �hwangu� (ie �the confluence�), this became corrupted to hwanga, then to honga, and finally onga, the current name. The people who came to Kalmocan Tirtha to bath and visited Karunamaya were free from disease. Furthermore, by the favour of Sri Karunamaya Avalokitesvara, who ever happened to die at this Kalamocan tirtha was born again in Amaravatipur to live with the gods. When the gods in Amaravatipur came to realize that all people of Nepal were coming to live in their heaven, they came down to the sacred land of Nepal, bathed at the Kalmocan Tirtha and went to visit Avalokitesvara and worship him. Since this place had been hallowed by the presence of Avalokistesvara, Indra and all the gods wanted to stay there. So they made a holy pace and called it Indra Chowk. Bhairavan�tha also came from the sky and took up residence in Hwangu, and this is how the �k��a Bhairava happened to come to that place� (Locke 1980:151).
[47] Sur la Kum�r� voir Allen 1975 et Mohaven 1974.
[48] �The connection of Jayaprak��a Malla with the Kum�r� institution is certain, for in A.D. 1757 he did indeed construct the Kum�r� Ghar for the state Kum�r�, and instituted or perhaps only resuscitated or elaborated her annual chariot procession� (Slusser 1982:311-12).
[49] �La Kum�r� n�est ici que l�aspect visible, b�hira, de la divinit�, Taleju repr�sentant la dimension cach�e, secr�te, �sot�rique, guhya� (Toffin 1979:61).
[50] Le Ga�e�a brahmanique est d�crit comme le �fils� de Pacali Bhairava dans la f�te de ce dernier. On pourrait d�montrer que tandis que Bhairava repr�sente l'aspect impur du d�kfita (la �naissance� de) Ga�e�a repr�sente sa transformation en un brahmane temporaire. Pour cette raison, c�est un gar�on brahmane qui devient roi dans la l�gende fondatrice du Svasth�ni Vrata, bien qu�il repr�sente et est imit� par tous les gar�ons n�war. Je me r�f�re ici � une communication de Linda Iltis faite � Boston en avril 1992 pendant la rencontre annuelle de l'American Oriental Society.
[51] On a d�j� vu maintes fois que la d�kf� est associ�e � un �tat embryonnaire.
[52] Ces rituels peuvent �galement �tre rapproch�s de l�offrande faite par K�la-Bhairava, alias K���-Vi�van�tha, de sa propre t�te � Bhadrak�l�� durant le Bisket Y�tr� � Bhaktapur (voir infra).
[53] Communication personnelle de Niels Gutschow.
[54] Pendant l�Indra Y�tr� � Panauti, �les potiers incarnent le d�mon [l�khe], sa femme et son enfant. Cette danse appel�e L�khe py�kh�, se d�roule � l�int�rieur de l�enceinte du temple d�Indresvar� (Toffin 1984:301).
[55] Le L�khe principal, �should not therefore, be confused with the numerous other Lakhes called Gula Lakhe put up during the month of Sravan by many of the lower castes, chiefly the Jyapoo. It is said that Gula Lakhe is not expected to visit the dominion of the main Lakhe. Neither should the music accompanying Gula Lakhe be heard within the jurisdiction of the main Lakhe. The taboo is rooted in the firm belief that if Gula Lakhe contravenes this rule he is sure to meet his end. Similarly the main Lakhe should not see Dagi or Dagini who is regarded as either demon or Indra�s mother� (Nepali 1988:363).
[56] Pour l�agressivit� entre le couple �m�re-fils� dans le cadre du paradigme sacrificiel, cf. l�analyse du �dieu criminel� K�ttavar�yan in Visuvalingam 1989:438�45 mise en rapport avec les f�tes n�war (ibid., 445).
[57] Voir Doniger O�Flaherty 1976: 321 sqq. Voir aussi Heesterman 1986:8, Gonda 1966:106,128-129.
[58] Voir la photo �tonnante d�un chaman montant sur un arbre avec le coeur d�un bouc entre les dents in De Sales 1988:103.
[59] Bhaktapur est une des trois grandes villes de la Vall�e de Kathmandou, elle compte 36.000 habitants. Sur Bhaktapur, voir les travaux de Gutschow et de Levy. Cette f�te a �t� �tudi�e par plusieurs sp�cialistes comme Gutschow (1975, Levy (1990:464-500), Vergati (1990:233-248). Voir aussi Anderson (1975:41�49). J�ai pu l�observer en avril 1985.
[60] On a ici l�explication��l�identification de la victime (ainsi �immortalis�e�) au poteau sacrificiel��du concept mythique d�Aja-Ekap�da, �le bouc � un pied�. En Orissa des m�ts, m�me d�origine tribale, �taient assimil�s � �Bhairava � un pied� (Ekap�da Bhairava).
[61] On s�en sert aussi pendant le septi�me jour des �r�ddha pour les sacrifices d�animaux qu�il faut accomplir alors. Cette r�gle ne vaut que pour Bhaktapur, elle ne s�applique nulle part ailleurs
[62] �This sword, carried at this point by a representative of the central government, is taken by it to represent the contemporary central authority. When Prthv� N�r�ya�a S�ha conquered the Kathmandu Valley, he maintained traditional Newar festivals, but for those that had important political implications, references to the new regime were understood to have been substituted for references to Malla kings. Although the sword represents to the political authorities themselves and to other Nepalis the sign of the superordinate authority of the central regime, to many local people in Bhaktapur this symbol, and many other such symbols still represent the traditional Malla kings; hence, the significance of the carrying and the handing over of the sword in this preliminary event becomes significantly altered in its local implications� (Levy 1990:741).
[63] Le th�me du myst�re v�dique de la t�te coup�e est donc bien pr�sent dans cette f�te.
[64] Comme un des auditeurs m�a fait justement remarquer au cours de la conf�rence que j�ai donn�e � Harvard le 16 avril 1992.
[65] Ceci n�est pas sans rappeler ce qui se passe � Kathmandou dans le temple de Pa�upatin�tha o� se trouve un sanctuaire d�Unmatta-Bhairava. Beaucoup de femmes st�riles viennent avec leurs maris pour v�n�rer cette m�rti en touchant son liqga.
[66] �On peut affirmer sans risque d�erreur que les �bats des dieux visent � r�affirmer l�unit� de la communaut� urbaine et renouvellent parall�lement l�acte primordial de la cr�ation du cosmos� (Toffin 1982:74).
[67] Je remercie M. Ganesha Man Basukala, rattach� au Nepal German Research Centre � Kathmandou, et M. Visnu Sresta, responsable de ce Centre.
[68] Toffin 1984:552 note 10 et Locke 1980.
[69] Je n�ai pas pu le voir, ni le lire. Contrairement en Inde o� on les trouve partout, il est difficile d�obtenir les manuels de rituels au N�pal.
[70] Sur le Bhairava guthi, voir Toffin 1984:213.
[71] Il n�y a pas de monographie sur cette caste tr�s particuli�re. On peut cependant se r�f�rer � Toffin 1984:295-296 et note 17 p.307.
[72] Pour l�assimilation de la sufum�� au liqga, voir Chalier-Visuvalingam 1994 et la Conclusion de ce travail sur le sens �sot�rique de l�union sexuelle selon Abhinavagupta.
[73] Appel� ainsi parce que les deux souffles lat�raux (pr��a et ap�na) sont en �quilibre, en parfaite �galit�.
[74] Sur le mot dh�mi, voir Gaborieau 1975a:73, Turner 1980:327 fait d�river dh�mi (f�m. dhamini) du sanskrit dh�rmikah que Renou (1972:342) traduit par �juste vertueux, pieux, respectueux de son devoir; conforme au droit, au devoir, � la justice; m. d�vot; sorcier.�
[75] Rappelons que le roi Pacali Bhairava de Pharping consommait aussi d��normes quantit�s de riz dans le mythe fondateur de sa propre f�te.
[76] Sur le ihi, voir Toffin 1984:400-402; Nepali 1988:198.
[77] Je remercie tr�s vivement Monsieur H. Raj Joshi et Monsieur Damodar Pradhan pour leur aide � Nuwakot. Gr�ce � eux, j�ai pu rencontrer toutes les personnes impliqu�es dans la f�te y compris le Dh�mi
[78] Selon Nepali 1988:301-2, B�gh-Bhairava a un lien avec Baghoba ou Vaghdeo du Mah�r�fxra.
[79] Sur le Dv�re, voir Toffin 1984:86-87.
[80] Ces m�mes Vajr�c�rya de Jva Bahal de Kathmandou s�occupent aussi de la d�esse Manak�man� � Gorkha (Unbescheid 1985:114).
[81] �En conqu�rant la vall�e de Kathmandou dans la deuxi�me moiti� du XVIIIe si�cle, les hautes castes indo-n�palaises venues de l�ouest ont int�gr� le syst�me des donations guthi Par la suite, elles se sont employ�es � enregistrer, r�glementer et codifier les biens mobiliers et immobiliers de ces associations. Deux types de terres guthi furent distingu�s: les donations royales, r�j guthi (ou sarkar guthi), et les donations individuelles, niji guthi (ou duniy� guthi) Les premi�res furent consid�r�es comme des biens inali�nables, garantis par l�Etat et exempt�s de taxe. Les secondes pouvaient �tre vendues par les descendants des donateurs et �taient soumises � l�imp�t. Cette distinction est encore couramment employ�e aujourd�hui dans la gestion des biens religieux. En 1964, le gouvernement cr�a un organisme appel� Guthi Sawsth�n, auquel toutes les terres r�j guthi furent rattach�es. Le Guthi Sawsth�n fut en outre autoris� � confisquer � son profit les titres de propri�t� niji guthi des familles non solvables et de celles qui n�avaient pas de descendance masculine. L�Etat essayait par ce moyen de contr�ler de mani�re plus �troite les donations individuelles Depuis 1960, date de l�application de la R�forme Agraire, les terres guthi sont confront�es � une crise grave. Les mesures prises par les pouvoirs publics en vue d�assurer aux paysans une meilleure distribution des terres et de supprimer les abus auxquels s��taient livr�s les grands propri�taires fonciers pendant le r�gime R��� (1846-1951), n�ont pas mis l�galement leur existence en question. Mais un grand nombre de paysans ont profit� de cette r�forme pour enregistrer � leur nom les champs guthi dont ils �taient tenanciers. De sorte qu�aujourd�hui beaucoup d�associations religieuses n�war sont priv�es de leurs sources de revenus traditionnelles. Faute d�argent, elles ne c�l�brent plus les rites et les f�tes dont elles ont la responsabilit� (Toffin 1984:178).
[82] Sur la relation entre la femme du sacrifiant dans le contexte v�dique et la symbolique d�accouplement dans le tantrisme, cf. Chalier-Visuvalingam 1994. Dans le contexte v�dique, on lira avec int�r�t ce qu��crit Malamoud 1989:217, �Aussit�t que le pa�u a �t� immol�, avant m�me que le couteau du d�peceur ne commence � le percer, l��pouse du sacrifiant s�affaire autour de lui, versant de l�eau sur les orifices de son corps et sur ses pattes, pourquoi les orifices? Parce que, comprenons-nous en �atapatha-Br�hma�a� III 8, 2 1-6, c�est par les orifices que circulent les souffles vitaux. Or l�eau est identique ou �quivalente aux souffles vitaux... Pourquoi faut-il asperger les pattes? Parce que c�est sur ses pattes que l�animal vivant se tient debout. Pourquoi est-ce l��pouse du sacrifiant qui s�occupe de cela? Parce qu�elle est femme, et que c�est des femelles que naissent les cr�atures: le pa�u rena�t de cette femme; sa r�surrection est une nouvelle naissance.�
[83] Voir la deuxi�me partie pour la dimension royale de la cosmogonie archa�que et la R�m-l�l�.
[84] Ce qui permet � Sandria B. Freitag (1989c) d�affirmer que la distinction entre �hindou� et �musulman� n�existait toujours pas � cette �poque!
[85] Sur ces pratiques voir Crooke 1926:404, "Many tribes and castes make bride and bridegroom walk around a post fixed in the centre of the marriage shed, and each group slects their special holy tree for this purpose. Binjhw�rs in the Central Provinces plant a trunk of the Mahua tree (Bassia latifolia), with two branches, in the marriage shed... [The Kurmis place two posts,] one longer than the other, to represent the bride and the bridegroom, [in the shed] which represents the hut in which, among the lower castes, consummation immediately follows the marriage rite... The most significant example of mariage pole is that used by the Bharv�ds of Gujar�t. This is called M�nik-stambha, 'a ruby-pillar', because it gleams with blood. The tree is decorated and the astrologer orders the chief man to cut his little finger and mark the stem with blood. If the astrologer finds that time is unsuited for the use of human blood, the ear of a black sheep is cut and the stem is smeared wit its blood."
[86] Sur le pouvoir f�condateur du pilier ou liqga voir Pathak et Humes 1993:226, �Kalavati Devi explained that women bathe in the kund [Lolark kund], change their clothing, and then remove their bangles and all other symbols of marriage to their husbands. They then enter the Lolarkeshvara Temple Shiva in front of the kund and hug the Shiva lingam there five times. They don the red bangles, and return to the tank. After breaking these bangles, they toss them into the kund. By doing so, these women �marry� Lolark Baba and become fertile through dipping in the kund.�
[87] C�est ce que font aussi les jeunes mari�s � l��norme liqga dress� de la statue d�Unmatta Bhairava dans le temple de Pa�upatin�tha au N�pal.
[88] Sur la description de cette f�te pr�s d�un autre r�servoir � B�nar�s, voir Pathak et Humes 1993:230, �This festival is observed almost exclusively by women from eastern Uttar Pradesh, who fast on that day for long life and better health of their sons. Nearly three hundred women come to Lolark Kund on that day for worship. In ethnographic interviews, devotees offered a wide variety of answers when asked why they worshiped at Lolark Kund at that time. For instance, this fast was said by some to be devoted exclusively to the Sun, who is asked to nourish and protect devotees�offspring... The rituals performed on that day require devotees to worship at a site connected with the Sun and a tank or river where they may bathe in the protective lustrous waters.� Ce qui est important de souligner ici c�est la relation du soleil et de la mort illustr�e aussi par M�rtanda Bhairava.
[89] La termiti�re est dite �tre �l�oreille de la terre�. L�oreille est ainsi mise en rapport avec d�autres symboles de la matrice, par exemple, Gha�xakar�a (celui qui a) �des oreilles comme des cloches�.
[90] Voir mon analyse du kulay�ga dans Chalier 1981 et dans Chalier-Visuvalingam 1994.
[91] Voir Searle-Chatterjee 1993:146, �Muslims are far more numerous than popular images of Banaras would have us believe: they constitute 26 percent of the city�s population, which means that Muslims are about as numerous in Banaras as brahmins... Unlike Banarsi Brahmins, however, Banarsi Muslims have been greatly neglected in studies of the city.�
[92] On a sugg�r� que la procession du mariage aurait pu �tre influenc�e par des pratiques musulmanes similaires durant le Muharram (Kumar 1988:212 et 224), ce qui est possible.
[93] Sur Gh�z�-M�y�, voir Searle Chatterjee 1993.
[94] Sur le mariage de Gh�z� M�y� voir Gaborieau 1975b Visuvalingam et Chalier-Visuvalingam, Between Mecca and Banaras: The Marriage of Lat Bhairo and Ghazi Miyan, 1996.
[95] �Like the pillar (Laut) at Allahabad, Delhi and other places, the Hindus have claimed it to have been erected by their own forefathers� (Robinson 1877:119). Sur le pilier dans l�Islam, voir Irwin 1987 et Visuvalingam 1993.
[96] Voir aussi Bayly 1989:139 �In his physical attributes Bhairava the forest wanderer bears a marked resemblance to the wild mazhdubs and qalandar pirs of the the non-institutional Sufi tradition. �iva-Bhairava is also the one Hindu god who walks the earth in wholly human form, and this makes him all the more suitable as a parallel figure to the Muslim pir.�
[97] Sur ce th�me, voir �atapatha-Br�hma�a, part. II, 391-7 (Eggeling 1963).
[98] Sur le roi sacrifiant, cf. Heesterman 1962, Heesterman 1985:27,92, chaps. 2 et 3. Sur l�A�vamedha, cf. Dumont 1927:226-227. J�utilise le terme �embryonnaire� (voir aussi note supra) en m�inspirant de Kuiper 1983:90-137, �Cosmogony and Conception: A Query�, �In the light of the current parallelism between myth and ritual, however, it should be noted that in the Vedic ritual of the initiation (d�kf�), the d�kfita must again become an embryo (�at. Br. III.1.3.28) in order to be reborn. The dangerous and inauspicious character of the d�kfita while being tied (which is expressly stated in Kath. Samh. XXIII.6: p.81,11 and Maitr. Samh. III.6.7: p.69,11) must probably be explained from his being in Varu�a�s realm. The same notion of rebirth also underlies the statement of the ritual texts that the sacrificer by sacrificing regenerates his own self (�at. Br. VII.2.1.6)� (ibid., p.116).
[99] Heesterman 1957:56,78,137,160 et surtout 161 et note 25. L�assimilation constante du roi hindou �� et du brahmane �� � un intouchable a �t� surtout d�montr�e par David Shulman, The King and the Clown in South Indian Myth and Poetry (Princeton: Princeton University Press, 1985).
[100] Kuiper 1979:218 et Thite 1971:25,94,172. Le fait qu�on remplissait le kasi avec de l�eau correspond assez bien au fait que le jumbaka �tait aussi (noy�?) dans l�eau (amniotique) d�un bassin.
[101] Les fleurs kanasva port�es dans le kasi et qui couvrent le Vet�la et l�autel de Pacali Bhairava sont en effet �a kind of flower sacred to the Sun God� (Manandhar 1986:24, kanh�y sv�w).
[102] J�ai analys� avec plus de d�tails le th�me de l�androgynie, y compris l�articulation des paradigmes v�dique et tantrique de la sexualit� dans le culte hindou populaire, dans �Union and Unity in Hindu Tantrism� (Chalier-Visuvalingam 1994).
[103] De la m�me fa�on, la difformit� du bouffon du th��tre sanscrit��qui prolonge celle du Varu�a-jumbaka��ne fait que traduire la dimension transgressive du purohita, avec qui le roi formait un couple indissociable. On notera que Dum�zil (1925:28-9) avait d�j� avanc� l�hypoth�se selon laquelle le purohita aurait �t� originellement le bouc-�missaire du roi v�dique.
Page: 84
[SV1] May be better to put note on Guthi Samsth�n separately elsewhere.
Page: 87
[SV2] LEVY 199O:237 qui nous explique comment l�emplacement du temple de
Taleju � Bhaktapur fut choisi: �The Agnihotra Brahman ...did not want to leave
his family land, even if he were given money and a substitute home, he was not
a greedy man. He always sat on Chetrapal Bhairava�s stone (an area-protecting
�stone god� in the Taleju main courtyard) which was then bordered by four stone
pillars, each with an image of Ga�e�a and Durg�. The Brahman wanted to kill himself rather than leave his
own ancestral home. King Harisimhadeva finally chased Agnihotra away from his
ancestral home by force. Agnihotra committed suicide in his temple there, a
temple of �iva
(Mah�deva), because he had lost his public prestige. Agnihotra became a ghost
(preta) because he had killed himself. The ghost gave Harisimhadeva trouble every
day. Thus, Harisimhadeva had the �iva temple entirely destroyed. He then did the necessary pacifying
rituals.�