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Les Sciences dans la Pens�e Indienne
par
(Passeur de cultures)
[La lettre du C.I.D.I.F., ISSN 1150-8094, Octobre 2004, N� 30-31, pp.44�61]
Le mot
Inde �voque des id�es qui sont traditionnellement associ�es � la spiritualit�,
la philosophie ou la religion. C�est un clich� ! (Il n�y a pas si
longtemps, le mot France �voquait les vins, fromages et parfums au d�triment de
l�Airbus, du TGV, d�Ariane. Un autre clich� !)
Il
existe �galement un mythe qui veut que les Indiens n�aient acc�s aux
connaissances scientifiques et technologiques que depuis le XIXe si�cle du fait
de leurs contacts avec le monde europ�en. Ce clich� et ce mythe ne sont que
partiellement vrais ! La pens�e indienne a toujours �t� fonci�rement
rationnelle dans tous les domaines de l�esprit et le reste encore � ce jour. Ce
n�est pas un hasard si l�Inde est le troisi�me pays pour la formation, en
nombre et en qualit�, de scientifiques et de techniciens de haut niveau, apr�s
les Etats-Unis et la Russie. Il n�existe pas au monde un seul laboratoire ou
centre de recherches scientifiques de quelque renom sans son ou ses chercheurs
indiens expatri�s.
La
civilisation indienne est en r�alit� la r�sultante de deux cultures tr�s
diff�rentes : une culture urbaine avec une tradition s�dentaire tr�s
ancienne[1]�contemporaine de J�richo et Ur, et une autre,
pastorale et nomade, beaucoup plus tardive. Cette premi�re culture est
repr�sent�e aujourd�hui par les peuples dravidiens du Sud de l�Inde et la
seconde par les tribus aryennes dont les descendants occupent le Nord du pays.
De m�me que le contact des Hell�nes avec les Myc�niens et les Cr�tois a produit
le miracle grec, le contact des Aryens avec les pr�-Aryens (ou Dravidiens) a
produit le miracle indien. Ces deux miracles, pratiquement synchrones, ont eu
les m�mes causes et les m�mes effets.
La
civilisation pr�-aryenne semble n�avoir pas connu ou peut-�tre m�me, semble
avoir d�pass� les angoisses m�taphysiques tout en ayant conserv� une certaine
forme de religion domestique ou familiale et para�t avoir abouti � un h�donisme
de bon aloi comme en t�moignent les vestiges de la civilisation de l�Indus et
les premiers textes po�tiques tamouls. La religion n�a p�n�tr� la litt�rature
tamoule que sous l�influence du Nord de l�Inde et particuli�rement sous
l�influence des religions h�t�rodoxes comme le bouddhisme et le ja�nisme.
L�hindouisme orthodoxe sous ses deux formes, shiva�sme et vaishnavisme, n�y
aura acc�s que plus tardivement et ne la quittera plus, alors que les deux
premi�res religions en dispara�tront.
Cette
civilisation s�est manifest�e tr�s t�t dans l�histoire, vers 3000 ans avant le
Christ : c�est la civilisation de la Vall�e de l�Indus, contemporaine de
celles de Sumer et de l�Egypte. Les fouilles arch�ologiques apportent chaque
jour de nouvelles informations. Cette civilisation, d�couverte dans les ann�es
20, n�occupait, croyait-on � l��poque, que la Vall�e de l�Indus et de ses
affluents. Aujourd�hui, on sait qu�elle a occup� une aire g�ographique beaucoup
plus vaste. Cette civilisation urbaine qui connaissait le tout-�-l��gout,
l��clairage des rues, une architecture fonctionnelle des monuments publics et
ainsi que celle des maisons individuelles, les m�taux (sauf le fer), la
sculpture sur pierre et sur bronze, atteste une grande ma�trise intellectuelle
et technologique. Contrairement � Sumer et � l�Egypte, on ne lui conna�t pas de
monument litt�raire car son �criture[2]�n�est pas encore d�chiffr�e. Les historiens
admettent que les Dravidiens, en particulier les Tamouls, sont les h�ritiers de
cette civilisation qui semble tr�s proche de celle des Elamites[3]�aux
confins de la M�sopotamie et de l�Iran.
Vers
�1500, les tribus aryennes entrent en contact avec les reliefs de la
civilisation de l�Indus. Leur sup�riorit� mat�rielle vient de l�usage du cheval
et de l��p�e d�acier. Mais la sup�riorit� de la civilisation qu�elles viennent
de conqu�rir les a vite subjugu�s et leur langue a commenc� � se modifier pour
donner le V�dique ancien puis le sanskrit classique. Ce jeune peuple
poursuivait une qu�te m�taphysique intense et voulait conna�tre le pourquoi des
choses et des �v�nements. Ses premiers textes �taient des hymnes aux diverses
divinit�s. Si certains d�entre eux �taient pu�rils ou na�fs, d�autres, par
contre, laissaient pressentir les futurs textes des grandes lumi�res. Ils constituent
les quatre V�das dans lesquels l�Indien commence � explorer le monde
ext�rieur, de l�infiniment petit � l�infiniment grand du Cosmos, ainsi que le
monde int�rieur du psychisme et de la conscience humaine. Avec le temps, et
apr�s des �tapes interm�diaires, l��lite aryenne se m�lange avec l��lite
pr�-aryenne. Et l�aryanisation culturelle et religieuse englobe progressivement
la masse. Par la force des choses, les id�es et les connaissances des deux
peuples, par une rare alchimie, vont se fondre et fonder le g�nie indien et ses
multiples �coles de pens�e qui donneront � leur tour comme sous-produit, parmi
cent autres, la connaissance scientifique. Pour construire leurs autels
sacrificiels les V�diques ont d� se familiariser avec les nombres et la g�om�trie.
La fabrication des briques et leur utilisation pr�existaient aux nouveaux
arrivants aryens mais ce sont ces derniers qui ont syst�matis� leurs
connaissances pour mieux les assimiler et retenir, comme c�est le propre des
nouveaux apprenants. La g�om�trie �galement devait �tre � l�honneur dans les
villes de Mohenjo Daro et de Harappa de l�Indus o� les rues �taient rectilignes
et se coupaient � angles droits.
Vers
�700, la fusion r�ussie des deux civilisations porte ses fruits. La grande et
d�cisive r�volution � upanishadique � s�op�re. Le monopole de la
caste brahmane des temps v�diques est bris�, les nouveaux ma�tres � penser sont
issus de toutes les castes et m�me les femmes prennent une part importante dans
cet aggiornamento[4]. Les Upanishads[5]�sont et resteront � la base de toute la pens�e
indienne si prolifique et si riche en syst�mes de philosophie, en sectes
religieuses et en traditions multiformes de libre pens�e. Le mat�rialisme ath�e
de ces derni�res a toujours coexist� avec le th�isme de l�hindouisme et
l�agnosticisme du bouddhisme et du ja�nisme. Chaque religion, chaque secte
mat�rialiste inventera ses syst�mes philosophiques et scientifiques extr�mement
coh�rents et viables. Les pens�es scientifiques qui nous concernent aujourd�hui
seront puis�es indiff�remment dans l�un ou l�autre de ces syst�mes.
� Qui
a vu le premier n�, lorsque l�invert�br� a donn� naissance au
vert�br� ? � (Rv. I. 164,4). Ainsi parle le Rig V�da qui date
de plus de 1500 ans avant le Christ. On se demande par quelle intuition
vertigineuse[6]�ce
petit po�te religieux perdu au fin fond d�une for�t ou d�une quelconque
montagne du nord de l�Inde a pu acc�der � cette v�rit� scientifique de
l��volution des esp�ces, v�rit� � laquelle Charles Darwin aura acc�s 3400 ans
plus tard, apr�s un p�riple studieux autour de la terre[7]. Ce genre de remarques sont l�gion dans
les textes anciens, certaines sont encore incompr�hensibles, peut-�tre
s��claireront-elles avec les progr�s scientifiques.
L�un des
tr�s anciens textes upanishadiques rapporte la conversation entre le sage Vyasa
et son fils Suka : ce dialogue a trait � la cr�ation du monde par Brahma.
Le cr�ateur a son jour et sa nuit. Chacun de ses jours et chacune de ses nuits
ont une dur�e presque infinie � l��chelle humaine. A l�aube de chaque jour
commence la cr�ation, c�est-�-dire que tout ce qui est cr�� sort de Brahma et �
la tomb�e de la nuit commence la dissolution, c�est-�-dire que tout ce qui a
�t� cr�� rentre dans Brahma. Cette pulsation titanesque de l�univers est plus
compr�hensible aujourd�hui si l�on accepte la th�orie du Big Bang. L�analogie
entre cette th�orie et l��uvre d�miurgique du Brahma mythique est parfaite. Le
point de concentration de la mati�re o� a eu lieu l�explosion primordiale du
commencement de l�univers dans un silence assourdissant est le Brahma de la
mythologie. Et de cette explosion sortent, dans les deux cas et dans l�ordre,
la mati�re indiff�renci�e, le temps et l�espace.
Depuis le
plus haute antiquit�, les mythes indiens de la cr�ation, Aristote, Newton, m�me
Kant, et aussi Einstein jusqu�� la d�couverte de l�univers en expansion par
Hubble en 1929, tous consid�raient que le temps et l�espace �taient les d�cors
permanents de la sc�ne sur laquelle allait se produire la cr�ation. A ce
consensus d�opinion il n�y a eu que deux exceptions : ce mythe de la
cr�ation de Brahma, et Saint Augustin qui d�clare que le temps aussi est l�une
des propri�t�s inh�rentes � l�Univers cr�� et qu�il ne lui est pas ant�rieur.
Dans les
textes anciens plus tardifs, lorsque le maniement des grands nombres �tait
devenu possible on est arriv� � calculer la dur�e de la journ�e de Brahma
appel�e Kalpa[8]�qui
correspond � 4,3 milliards d�ann�es astronomiques, nombre qui est tr�s proche[9]�de
l��ge admis du syst�me solaire, 4,6 milliards d�ann�es. Si l�on sait que le
Soleil a encore une esp�rance de vie de cinq milliards d�ann�es, le syst�me
solaire aurait une existence de deux Kalpas, ce qui est contraire au
mythe qui ne lui en accorde qu�un[10].
Aujourd�hui
encore, les astrophysiciens modernes se demandent si la cr�ation est finie ou
infinie en fonction de la courbure de l�espace et de la densit� de la mati�re
qui y est contenue (si l�on arrive � la calculer) si le monde en expansion le
restera � jamais ou seulement pour un certain temps pour entrer ensuite en
contraction. Dans ce deuxi�me cas, surviendra un moment o� l�expansion arrivera
� son terme pour se stabiliser puis s�inverser, et tout retournera � son point
de d�part dans Brahma comme dans un immense trou noir. La solution intuitive
indienne veut que l�univers ne soit ni fini ni infini dans l�espace et le temps
mais � la fois fini et infini, c�est-�-dire cyclique.
Cette
intuition ne veut pas dire que les penseurs indiens ont pu pressentir ou
� voir � cette solution. Pour eux, c��tait la solution la plus
logique en conformit� avec leur d�duction. C�est la pens�e inducto-d�ductive,
propre aux Indiens, dont parlent les philosophes. Ils n�avaient nul besoin de
la science moderne pour y croire[11]. Les Indiens de l�antiquit� croyaient que
l�on pouvait trouver toutes les lois qui r�gissent l�univers par la seule
r�flexion ; la v�rification par l�observation n��tait pas n�cessaire. La
tradition aristot�licienne partageait la m�me opinion sur l�efficacit� des
facult�s mentales (ce n��tait pas la seule similitude avec la pens�e indienne).
La comparaison avec Aristote reste cependant fallacieuse car ses id�es seront
battues en br�che � partir de la Renaissance justement par l�observation et
l�exp�rimentation, en particulier par Galil�e (chute libre des corps dans le
vide, h�liocentrisme, etc.)[12]. Les Indiens quant � eux semblent avoir
�t� plus circonspects gr�ce � leur m�fiance inn�e de la Maya ou
illusion. Pour d�crire l�illusion les premiers V�diques employaient le terme de
� avidya � qui pourrait se traduire par ignorance,
m�connaissance ou connaissance partielle.
Toutes
les religions, tous les syst�mes de philosophie, toutes les �coles de pens�e
ont cherch� � comprendre et � expliquer le monde de fa�on coh�rente et
rationnelle. Le monde dans son sens le plus large, de la profondeur du cosmos �
celle de la psychologie humaine, comme dirait E. Kant du � ciel �toil�
au-dessus de la t�te � � � la conscience en soi �, a �t� sond�
non par une analyse des connaissances parcellaires au pluriel, mais en une
synth�se englobant tout ce qui est perceptible. L��cole v�dantique[13]�pousse cette unit� du monde et de sa recherche
� sa conclusion logique, au monisme indien c�est-�-dire � l�identit� de la
lumi�re de la conscience humaine et de la lumi�re du Cosmos, par la formule
lapidaire � tat tvam asi � (Tu es cela) du Chandogya
Upanishad. Il n�y a aucune diff�rence d�essence entre Brahman, l��me du
Cosmos, et l�Atman ou Jiva, l��me de l�homme, entre la V�rit� Supr�me et son
�tincelle �gar�e en errance dans le � moi � de chacun.
Dans le Rig
V�da existe une question c�l�bre, � Ka �[14]�qui
veut sire � qui � ou � quoi �. Le po�te cherche � savoir
qui meut la cr�ation, qui ou quoi est cach� derri�re le monde perceptible.
C�est en cherchant � r�pondre � cette question que les Indiens sont devenus
curieux. Ils ont tr�s vite compris que ce qu�ils percevaient par les sens
n��tait pas la r�alit�, et qu�il fallait lever le voile de la � Maya �
ou Illusion pour arriver � la V�rit�. C�est cette V�rit� qu�ils ont appel�e
Connaissance ou la Cause premi�re ou Dieu selon les �coles de pens�e. Cette
qu�te progressive leur a fait d�couvrir les trois voies que chacun a pu suivre
selon sa vocation ou ses moyens : celle de la Religion, de la Philosophie
ou de la Science. Ces trois voies ne sont que les trois aspects d�une m�me
qu�te. Contrairement au monde occidental o� � elles coexistent dans une
tr�ve arm�e � selon le mot de Mme Rhys-Davids[15], la grande sp�cialiste anglaise de la
philosophie bouddhiste, en Inde elles ne s�opposent ni ne s�excluent. Il n�y a
jamais eu de tabous dans la recherche scientifique indienne, ni de dogmes � ne
pas enfreindre. Par contre, la rivalit� des doctrines entre les diff�rentes
�coles des diff�rentes religions a permis des critiques mutuelles constructives
faisant avancer, sur le chemin du progr�s, et la philosophie et les sciences.
Il est
difficile de d�finir la science et de r�pondre � la question � Qu�est la
science ? �. On se contentera de ce qu�en pensent les Indiens
eux-m�mes. Pour eux toute connaissance est scientifique, quel que soit le
domaine : les math�matiques, la m�decine, la psychologie, la grammaire
etc. sont des sciences ; � la limite, m�me la philosophie est une science.
Chaque �cole a sa th�orie de la connaissance qui a une grande importance dans
sa doctrine. Pour le V�danta, la derni�re �cole de philosophie
orthodoxe, la connaissance supr�me (celle de Brahman ou Dieu) peut �tre
atteinte par l�athl�te spirituel d�une seule traite par la � simple �
r�alisation que son � soi � et Brahman sont de la m�me essence et
tout ce qui en d�coule. Cette vision intuitive n�est pas accessible � tout un
chacun. C�est pourquoi, � l�intention des � petits grimpeurs � qui
prennent les voies plus longues, plus rassurantes mais moins rapides, le
V�danta propose sa th�orie de la connaissance�
Le monde
est per�u par les sens et les informations ainsi obtenues sont trait�es par
l�organe interne commun�ment appel� cerveau qui tient compte de la part
d�illusion susceptible de se glisser dans la perception. Le r�sultat de ce
traitement des donn�es ou informations per�ues constitue la connaissance. A
partir de cette connaissance, soit par d�duction soit par intuition, d�autres
connaissances peuvent s�acqu�rir et s�accumuler. Toute connaissance implique un
� sujet � qui conna�t et un � objet � qui est connu. S�il
n�y a point d�objet � conna�tre, il n�y a pas de connaissance : le
� carr� rond � ou � l�enfant de la femme st�rile � ne
peuvent �tre connus. Pour aboutir � la vraie connaissance, les sens ne suffisent
pas car ils peuvent �tre, et souvent ils le sont, les jouets de l�illusion ou Maya.
Il appartient � l�observateur de d�jouer l�illusion pour parvenir � la v�rit�,
d��carter les ph�nom�nes pour arriver aux noum�nes et d�user de perspicacit� et
de jugement. La connaissance implique trois cat�gories de choses connues :
1. celles
que l�on conna�t � travers nos sens ;
2. celles
que l�on conna�t par le raisonnement ou la d�duction ;
3. celles
que l�on conna�t imm�diatement par l�intuition.
Les deux
premi�res cat�gories concernent le monde empirique qui rel�ve du domaine des
sciences, tandis que la troisi�me ne concerne pas cet essai, car elle rel�ve du
domaine m�taphysique.
Tous les
textes indiens anciens de la p�riode v�dique (de �1500 � �800) soit par des
r�f�rences rapides, soit par des explorations syst�matiques, touchent tous les
domaines scientifiques : les sciences d�observation, les sciences
exp�rimentales et les sciences appliqu�es. L�observation du monde environnant
�tait consid�r�e comme essentielle pour l�acquisition de la connaissance. Le Rig
Veda (Rv. I, 23, 15) et l�Atharva Veda (Av. VIII, 7, 23)
recommandent d�observer les animaux qui sont nos � pr�cepteurs � pour
pouvoir s�lectionner ce qui est bon pour nous en mati�re d�alimentation et de
m�dication.
Les
math�matiques et l�astronomie, si n�cessaires � la construction et � la
d�termination du lieu et du moment du culte sacrificiel, ont d� �tre explor�es
tr�s t�t avec un certain succ�s. Le Rig Veda, le Yajur Veda et l�Atharva
Veda parlent plus d�une cinquantaine de fois de diverses constellations qui
vont se placer progressivement dans le Zodiaque, et chacune d�elles va pr�sider
chacun des 28 jours lunaires. Le Sage v�dique Gargya est le premier qui ait
fait la liste des constellations. Les Pl�iades, Orion, la Grande Ourse ainsi
que les �toiles[16]�comme Arcturus, Ald�baran ont �t� identifi�es.
M�me la couleur rouge d�Ald�baran a �t� remarqu�e puisque la constellation dans
laquelle elle se trouve est appel�e Rohini (la rouge). Sunahs�pa que
mentionne le Rig Veda semble aussi avoir �t� un des premiers scrutateurs
du ciel nocturne de l��poque v�dique. A ces noms, il faut ajouter ceux de
Vamadeva, le d�couvreur de la plan�te Jupiter, et Vena Bhargava, celui de V�nus[17].
Pour les
m�mes raisons de rites sacrificiels, la num�ration et la g�om�trie se sont
d�velopp�es d�s la plus haute antiquit� de la p�riode v�dique. Diff�rentes
formes d�autels �tant prescrites pour les diff�rents sacrifices obligatoires et
facultatifs, il fallait disposer de sp�cialistes capables de prendre les
mesures, de calculer les surfaces et les volumes des constructions d�autels. La
g�om�trie est en honneur en Inde depuis au moins �1500. Cette science est
connue sous le nom de Sulba-Vijnana ou Sulba-Sastra, la science
du cordeau. C�est l�une des sciences v�diques fondamentales. Le terme sulba �ou sulva vient de la racine sulb
qui veut dire � mesurer �, donc sulba �signifie � cordeau � qui sert � la
fois � mesurer et � tracer une ligne droite.
�Le premier g�om�tre indien qui ait laiss� son
nom est Baudhayana, auteur du c�l�bre � Sulba Sutra � ou
Trait� de G�om�trie qui date de �800. A ce nom illustre, il faut associer deux
autres : Apastamba et Katyayana et peut-�tre un troisi�me, Manava.
Baudhayana,
encore moins les trois autres, ne se pr�sente pas comme le fondateur de cette
science. Il se r�f�re toujours � des autorit�s ant�rieures ainsi qu�� des
textes v�diques anciens comme le Taittiriya Brahmana et le Satapatha
Brahmana pour les formes des autels. Certains autels sont circulaires,
d�autres carr�s, d�autres encore en demi-cercle mais ils doivent tous avoir la
m�me surface, d�o� les probl�mes de constructions des diff�rentes figures
g�om�triques. Baudhayana donne des m�thodes pour ces constructions. Il d�couvre
�galement le fameux th�or�me de Pythagore bien avant ce dernier[18].
Dans les
deux �pop�es le Ramayana et le Mahabharata, surtout dans le
second qui est consid�r� comme le cinqui�me Veda, le � Veda du
pauvre �, on trouve �galement une �norme quantit� d�informations ayant
trait aux divers domaines scientifiques. Sahadeva[19], le cinqui�me fr�re Pandava, est un grand
savant connaissant et pratiquant toutes les sciences, en particulier la
m�decine, les math�matiques, l�astronomie et l�astrologie. Ne voit-on pas dans
le Ramayana les plantes m�dicinales ranimer et r�animer les combattants
tomb�s sur le champ de bataille ?
A partir
de l��poque post-v�dique ou upanishadique, de nouveaux textes sp�cialis�s
apparaissent. Ils traitent des sujets sp�cifiques comme la grammaire, la
philosophie, les math�matiques, la m�decine ou la chirurgie, etc. Les dix
si�cles entre �500 et +500 ont �t� la p�riode la plus faste pour la pens�e
scientifique indienne. Jusque vers le Xe ou le XIIe si�cle apr�s le Christ, ces
trait�s seront p�riodiquement comment�s et expliqu�s par des savants de premier
ordre qui les mettront au go�t du jour. Ces commentateurs rendront un grand
service � la science car, gr�ce � leurs commentaires encore disponibles, on
arrive � se faire une id�e de l��uvre originale souvent perdue. Cette longue
tradition de cr�ation d��uvres et de commentaires se perp�tuera pendant tr�s
longtemps. Tr�s souvent l��uvre originale porte le nom de son auteur comme la Charaka
Samhita, premier trait� de m�decine de Charaka du VIIe si�cle avant le
Christ. Mais la recension dont nous disposons ne daterait que du IIe si�cle
apr�s le Christ, l�original �tant perdu. Il en est de m�me du Susruta
Samhita, le remarquable trait� de chirurgie de Susruta, chirurgien du IVe
ou IIIe si�cle avant le Christ. Et tout le monde conna�t le c�l�bre Aryabhatiya,
le Trait� de math�matiques d�Aryabhatiya du Ve si�cle.
Charaka,
l�auteur du Charaka Samhita, dans le chapitre intitul� � La qu�te
de la long�vit� �, appelle la m�decine tant�t la science de la long�vit�,
tant�t la science de la vie. Cette science a �t� enseign�e par le dieu Brahma
lui-m�me aux deux Ashvin qui, � leur tour, l�ont inculqu�e au dieu Indra qui va
l�enseigner au Sage Bharadvaja.
Ce
dernier et tous les autres sages r�unis sur les � pentes sacr�es �
des Himalayas arriv�rent � la constatation que les maladies �taient autant
d�obstacles � l�aust�rit�, au je�ne, � la poursuite des �tudes, � la
continence, � tous les v�ux des humains en g�n�ral et � ceux des grands Sages
en particulier, alors que la bonne sant� est la base supr�me de la vertu, de la
richesse, du plaisir et du salut, pratiquement de tout ce pourquoi les hommes
sont sur cette terre. Les maladies emp�chent les progr�s de l�humanit�. Sur
cette constatation, ils entrent tous en m�ditation.
C�est au
sortir de cette longue m�ditation que Bharadvaja fut d�sign� par ses pairs pour
aller apprendre la science de la vie aupr�s d�Indra.
Bharadvaja[20]�est
consid�r� comme le p�re de la m�decine indienne et le fondateur de l�Ayurveda[21]�dont le premier enseignant �tait son
disciple Atreya Punarvasu, qui avait lui-m�me six disciples remarquables dont
le tr�s c�l�bre Agnivesa qui devint l��minent compilateur de cette science.
Charaka parle de lui en des termes �logieux :
� C�est gr�ce � l�excellence de son
intellect, et non � cause d�une quelconque diff�rence dans l�enseignement du
Ma�tre en sa faveur, que Agnivesa devint l��minent compilateur de cette
science. �
Ses cinq
autres condisciples[22]�firent leurs propres compilations qui furent
soumises � d�Atreya et de l�Assembl�e des Sages. D�s qu�elles furent approuv�es
par acclamation par les grands Sages pr�sents, � les d�esses de la
Lumi�re, de l�Entendement, du Succ�s, de la M�moire, du G�nie, de la
R�solution, de l�Eloquence, du Pardon et de la Compassion entr�rent en Agnivesa
et les autres � (Charaka Samhita, 39).
Atreya
est consid�r� comme le fondateur d�une c�l�bre acad�mie de m�decine dans
laquelle il organisait, avec l�aide de ses disciples exceptionnellement dou�s,
des symposiums sur des sujets vari�s. La poursuite de la connaissance se
faisait sous forme de � d�bats amicaux �. C�est � l�occasion de ces
d�bats-discussions qu�apparaissent les premiers rudiments de la logique
indienne appliqu�e � la m�decine et � la physiologie. Cette logique s��panouira
plus tard dans le syst�me de la philosophie Nyaya de Gautama, mais alors
ce sera au profit de la m�taphysique et de la pens�e philosophique.
Les
exp�riences individuelles dans les domaines des soins et de l�hygi�ne
rassembl�es et codifi�es lors de ces symposiums forment la base de l�Ayurveda,
le Trait� des sciences m�dicales indiennes, que ce soit en m�decine proprement
dite, en chirurgie ou en obst�trique. Les versets du Rig Veda suivent
pas � pas le progr�s de l�homme dans le domaine m�dical. C�est en observant les
carcasses d�animaux[23]�lors des sacrifices sanglants et dans
certaines r�gions, c�est en pratiquant la vivisection, que l�anatomie a �t�
ma�tris�e. Lorsque les sacrifices et la vivisection seront prohib�s par le
pouvoir bouddhiste, la formation des chirurgiens se contentera des descriptions
des textes ant�rieurs. Certains commentateurs z�l�s iront m�me jusqu��
supprimer ou occulter ces passages � sanglants � dans les textes
anciens, provoquant ainsi le d�but de la r�gression scientifique en Inde.
La
chirurgie est une science tr�s ancienne qui plonge ses racines dans la
protohistoire sinon dans la pr�histoire. Les Egyptiens anciens la pratiquaient
ainsi que la civilisation de l�Indus. On y a trouv� des cr�nes qui ont subi la
tr�panation. Cette tradition multimill�naire a d� se transmettre et se
perp�tuer jusqu�� l��poque v�dique et plus tard. Le premier chirurgien indien
qui ait laiss� des �crits sur cette science est Susruta[24]. Dans son trait� le Susruta Samhita,
cet �minent chirurgien fait preuve d�une grande �rudition et d�une m�thodologie
rigoureuse qui se comparent favorablement avec les textes modernes. Il arrange
m�thodiquement les diff�rentes exp�riences chirurgicales et les pratiques des
chirurgiens plus anciens. Il d�nombre 125 instruments chirurgicaux diff�rents
(beaucoup de ces instruments sont pratiquement en usage encore aujourd�hui). Il
parle �galement de ceux que ses lointains pr�d�cesseurs utilisaient tels que
les tessons de verre et l��corce de bambou. Il conseille aux futurs chirurgiens
d�imaginer et d�inventer de nouveaux instruments en fonction des besoins.
Il
pratique la lobotomie avec beaucoup d�ing�niosit�, de ma�trise et d�adresse.
Pour recoudre les deux bouts de l�intestin qu�il vient d�op�rer, il pose � des
endroits ad�quats des fourmis noires qui tiennent par leurs mandibules les deux
bouts � suturer, et il leur coupe l�abdomen. Ces t�tes inertes s�y maintiennent
jusqu�� la gu�rison puis se r�sorbent comme le fait le catgut moderne en tissu
animal.
C�est �
lui que l�on attribue la technique de la chirurgie plastique du nez et de
l�oreille en pr�levant la peau du cou. Des 76 vari�t�s de maladies des yeux
qu�il recense, 51 rel�vent, dit-il, de la chirurgie. Et il d�crit chaque
op�ration de fa�on �labor�e. Dans la plupart des cas, les m�thodes modernes ne
sont gu�re meilleures. De m�me en obst�trique, l�utilisation du forceps et de
la c�sarienne �tait courante. Il pr�conise des m�thodes d�asepsie comme la
fumigation � la vapeur de moutarde blanche, � la feuille de neem, � la r�sine
de certains arbres, de la pi�ce qui abrite la parturiente ou tout autre
patient, sans conna�tre, pourtant, l�existence de micro-organismes comme les
bact�ries, les bacilles, etc.
Susruta
�tait aussi c�l�bre pour ses extractions de calculs. Il d�veloppe la m�thode �
utiliser dans un rare cas de � Sukrasmari � (il s�agit de
concr�tion produite par le liquide s�minal chez l�homme). L�existence de cette
pathologie inconnue n�a �t� d�couverte ou red�couverte qu�au XXe si�cle par des
m�decins occidentaux. De tous les scientifiques indiens de ces temps recul�s,
Susruta semble �tre le savant le plus � moderne � par sa pens�e, ses
techniques, sa vision scientifique et aussi par son comportement. Il devait
jouir d�un tr�s grand prestige, car il a pu se permettre de passer outre ou de
contourner avec impunit� les tabous religieux et les interdits sociaux de son
�poque. Les conseils qu�il prodigue � ses disciples n�ont rien � envier au
c�l�bre serment d�Hippocrate.
Les
sciences m�dicales, que ce soit sous l�aspect fondamental (anatomie,
pathologie, physiologie), l�aspect pr�ventif (asepsie, di�t�tique), l�aspect
curatif (pharmacologie, th�rapeutique) ou l�aspect op�ratoire (chirurgie), les
math�matiques (arithm�tique, g�om�trie), l�astronomie (astrologie) etc. sont
toutes sorties de l�observation des ph�nom�nes ambiants pour aboutir � des
applications pratiques pour am�liorer le bien-�tre de l�humanit�, le but
ultime. Bien-�tre au sens le plus large, le plus englobant possible :
bien-�tre spirituel, psychique, physique, mat�riel �
Il existe
�galement des domaines o� l�esprit sp�culatif a donn� autant d�importance �
l�observation qu�au raisonnement, sp�cialement dans le cas o� cette observation
n��tait pas possible. Deux domaines en particulier ont �t� �tudi�s en
profondeur sans pouvoir b�n�ficier de l�observation et de l�exp�rimentation et
sans pouvoir en tirer des b�n�fices pratiques appliqu�s : l�Esprit et la
Mati�re. On conna�t l�existence de plusieurs �coles qui postulent leur
co-�ternit�. De m�me qu�il en existe qui postulent la primaut� de l�Esprit sur
la mati�re (c�est le cas de beaucoup d��coles orthodoxes), il existe aussi des
�coles qui postulent l�autosuffisance de la mati�re capable d��volution pour
arriver � la vie et � la conscience (c�est le cas de beaucoup d��coles
h�t�rodoxes).
Ainsi,
les �coles de philosophie ne demeurent pas en reste dans l�analyse
scientifique. Les �coles th�istes pouss�rent leurs recherches pour aboutir �
des sommets en mati�re de m�taphysique[25]�et
de th�ologie. Les �coles agnostiques ou mat�rialistes, quant � elle, �tudi�rent
la mati�re et son comportement et arriv�rent, elles aussi, � des conclusions
remarquables comme la loi de la causalit� et la th�orie atomique, entre autres.
La loi de
la causalit� est peut-�tre l�une de plus grandes d�couvertes de la pens�e
humaine permettant le progr�s de la science. Dans l�histoire de la pens�e
indienne, Kanada[26]�est
le premier � avoir explor� la relation entre la cause et l�effet. Plus tard,
elle s�est d�velopp�e sous une forme modifi�e dans l��cole Samkhya et
elle a subi aussi l�examen critique des �coles bouddhistes et des v�dantins.
Kanada,
le fondateur de la premi�re des six[27]��coles de philosophie orthodoxe, le Vaisesika,
et son condisciple Gautama, le fondateur du syst�me Nyaya, ont �labor�
des doctrines tr�s similaires. Leur m�thode tr�s rationnelle et intellectuelle
est analytique et r�aliste. Leur loi de la causalit� et leur th�orie atomique
sont tr�s proches, c�est pourquoi ces deux �coles peuvent �tre consid�r�es
comme une seule sous la d�signation de Nyaya-Vaisesika.
En
appliquant la loi de la causalit� � l�analyse de la mati�re[28], ce syst�me aboutit � la th�orie
atomique. Selon la th�orie de Kanada � laquelle souscrit �galement Gautama, la
mati�re s�analyse en � dravya � ou �l�ments. Sans entrer dans
les d�tails du raisonnement rigoureux et logique de Kanada, il suffira de
savoir que la � dravya � est constitu�e de � dvyanuka �
que l�on pourrait traduire par � mol�cules faites de deux atomes �,
ou � tryanuka, � mol�cules compos�es de trois fois deux
atomes, ou � caturanuka � compos�es de quatre � dvyanuka �,
et ainsi de suite. L�atome se nomme � paramanu �. La doctrine
veut que la tryanuka et � fortiori la paramanu restent invisibles
� cause de leur petitesse. Ce sont les combinaisons des mol�cules binaires (dvyanuka)
qui produisent toute la mati�re existante. La doctrine ne va pas au-del� de
l�atome, car il faut s�arr�ter � un moment donn�. La pens�e indienne a une peur
inn�e du � regressus ad infinitum �, qui risquerait d�aboutir
au sophisme de la fl�che de Z�non qui n�atteint jamais son but.
La maya
ou illusion induite par les sens a permis aux Indiens de se m�fier des
apparences et d�aller au-del� de la perception physique ; par contre,
l�autre m�fiance, exactement parall�le du sophisme, les a frein�s et ne leur a
pas permis d�envisager l�existence des particules subatomiques.
Le Nyaya-Vaisesika
n�envisage que quatre cat�gories d�atomes correspondant aux quatre �l�ments ou dravya :
la terre, l�air, le feu et l�eau. Les principales caract�ristiques des paramanus
selon la doctrine sont les suivantes :
1- Elles sont �ternelles et
indivisibles alors que les dvyanuka, tryanuka, etc. ne le sont pas.
2- Elles ne sont pas perceptibles par
les sens, ni individuellement ni collectivement
3- Elles sont les causes mat�rielles
ultimes de l�Univers.
4- Chacune d�elle poss�de sa propre
quiddit� qui la diff�rencie des autres.
Dans la
th�orie atomique des Ja�ns, l�atome est indiff�renci�. Chaque atome en se
combinant � d�autres donne naissance � une vari�t� infinie d��l�ments. Dans les
limites impos�es par la doctrine, la mati�re peut subir des diff�renciations
qualitatives. Ainsi la transmutation des �l�ments est possible, elle n�est pas
qu�une vue abstraite de l�esprit, ni qu�un r�ve d�alchimiste. On a vu plus haut
que le Nyaya de Gautama a invent� la logique[29]�qui
est � la base du raisonnement scientifique. Le deuxi�me outil dont avaient
besoin Kanada et Gautama est la ma�trise de la langue. Le raisonnement
scientifique exigeait une langue rigoureusement efficace. Il est int�ressant de
noter que le sanskrit classique codifi� par la grammaire de Panini[30]�date de la m�me �poque. Cette grammaire reste
efficace � ce jour. Elle a permis � cette langue de l��lite intellectuelle,
d�une part, de s�adapter en permanence aux nouvelles exigences et, d�autre
part, de ne pas se laisser modifier par l�usure que l�usage populaire lui e�t
inflig�e in�vitablement.
Il faut
convenir que c�est la qu�te philosophique qui fournit les instruments de la
poursuite scientifique comme la logique, le raisonnement, la d�duction,
l�analogie, l�analyse, la synth�se, l�usage rigoureux des mots et du langage
etc. La grammaire du sanskrit classique de Panini (VIe s. av. J. -C.) est un
monument de rigueur scientifique et un mod�le du genre. Elle �tudie
l��tymologie, la morphologie, la syntaxe, la prosodie, la rh�torique, etc. et a
fix� la langue pour toujours en la confisquant au peuple tout en ne mettant pas
en danger la cr�ativit� ult�rieure dans les domaines litt�raires,
philosophiques ou scientifiques, jusqu�� ce jour. Certes, il y a eu des
commentateurs qui ont explicit� pour les g�n�rations suivantes les aphorismes
de Panini. Cette grammaire est � la base de toutes les grammaires du moyen
indien et modernes. M�me la grammaire de la langue tamoule qui n�est pas
indo-europ�enne est bas�e sur celle de Panini.
La
pr�cision du mot et du langage a facilit� la pr�cision du raisonnement et a
contribu� � la d�monstration scientifique gr�ce � la logique qui dispose d�un
syllogisme � cinq composantes (contrairement � celui d�Aristote qui ne comporte
que deux pr�misses et une conclusion).
Comment
s�op�re la transmission de la connaissance ? Essentiellement de deux
fa�ons : premi�rement par l�enseignement de ma�tre � disciples pour les
connaissances intellectuelles et de ma�tre � apprentis pour les connaissances
techniques. Dans ce syst�me la d�perdition des connaissances est grande, car le
ma�tre fait part � ses �l�ves ou disciples des r�sultats de ses recherches sans
leur expliquer la d�marche qu�il a suivie, et il n�est pas de bon ton de
� demander des explications � au ma�tre. Le meilleur ou le plus dou�
des disciples, dans son petit coin, essaie de reconstituer la d�marche du
ma�tre et, s�il n�y r�ussit pas du premier coup, il attend avec patience que
telle ou telle allusion du ma�tre le mette sur la voie. Les autres disciples se
contentent de retenir de m�moire ce qu�a dit le ma�tre et ils le r�p�teront en
permanence � leurs propres �l�ves. Seul le disciple studieux qui aura
finalement reconstitu� � force de pers�v�rance et d�ing�niosit� la d�marche du
ma�tre sera repr�sentatif de l��cole de pens�e de celui-ci. Par contre les
apprentis qui assistent le ma�tre dans ses travaux sont mieux lotis, car, gr�ce
� leur participation, ils sont appel�s � s�approprier les techniques mises au
point et exp�riment�es par le ma�tre. C�est pourquoi les m�tiers d�art et de
technologie se transmettent tr�s souvent de p�re en fils.
La
deuxi�me m�thode de propagation de la connaissance est la discussion entre
ma�tres. Il se peut qu�ils soient assist�s par un ou deux de leurs meilleurs
�l�ves privil�gi�s. Ces discussions ont lieu dans des symposiums ou s�minaires.
Ainsi le grand Sage Bharadvaja pr�side, vers �700, le premier symposium sur les
plantes m�dicinales. Dans ces symposiums les sp�cialistes venus de pr�s ou de
loin mettent en commun leurs connaissances et discutent des m�thodes et des
r�sultats obtenus.
Les
d�bats-discussions sont tellement fr�quents et importants dans le domaine
scientifique que toute une terminologie sp�cialis�e a �t� invent�e. Les
m�thodes varient selon que la discussion est hostile ou amicale, selon qu�il
faille prouver ou convaincre, contrer ou appuyer une opinion. Cette technique
�labor�e de la discussion est si pr�cise dans l�usage des mots et des arguments
qu�� elle seule elle forme un corpus scientifique utilisable �galement dans
d�autres domaines comme la philosophie, la psychologie, la linguistique, etc.
La
diffusion des sciences hors des fronti�res historiques de l�Inde a emprunt�
�galement une troisi�me voie, celle de la propagation religieuse. Contrairement
� l�hindouisme, religion apros�lytique, le bouddhisme avait une vocation
mondiale. Sa propagation allait de pair avec la diss�mination des connaissances
indiennes. A l�instar de leurs homologues chr�tiens des temps modernes, les
missionnaires bouddhistes partis par les routes caravani�res qui allaient
devenir plus tard la Route de la Soie non seulement colportaient leurs id�aux,
mais �taient devenus �galement les vecteurs des sciences indiennes[31]. Ils sont pass�s en Asie centrale puis,
de l�, vers la M�diterran�e. C�est par ce m�me chemin, mais en sens inverse,
que sont arriv�es en Inde � des �poques diff�rentes les id�es babyloniennes et
grecques relatives � la g�om�trie et � l�astronomie.
La qu�te
progressive de la cause premi�re absolue a laiss� tomber de son �tabli des
copeaux appel�s religion, philosophie et sciences. Si la religion retient
l�homme un instant dans une posture statique, la philosophie le porte vers le
� pourquoi ? � inaccessibles des choses et des �tres, et les
sciences restent les modestes vecteurs des modestes d�couvertes des modestes
� comment ? �.
Ce qui
est singulier dans la recherche scientifique indienne ait qu�elle ait �t�
capable de concevoir et d�exprimer avec une autre terminologie peut-�tre, mais
avec la m�me certitude que les sciences modernes, l�existence des galaxies, la
th�orie des atomes et des mol�cules etc. uniquement par la perception,
l�imagination, la d�duction et l�intuition sans jamais �prouver jamais le
besoin d�inventer des instruments mat�riels d�observation ou d�exp�rimentation
comme la lunette astronomique ou le cyclotron, alors que dans le domaine des
sciences appliqu�es, comme la chirurgie ou le b�timent, des instruments
sophistiqu�s de plus en plus pr�cis ont �t� con�us et �labor�s. Pour l�Indien,
les calculs d�Adams eussent �t� suffisants pour prouver l�existence de
Neptune ; la lunette de Le Verrier �tait superflue.
[32]�Voir la partie
Notes de lecture.
[1]� La
premi�re grande civilisation attest�e en Inde est celle de la Vall�e de l�Indus. Elle est contemporaine de celles de Sumer et d�Egypte. Elle n�a �t� mise au jour qu�au d�but
des ann�es vingt du vingti�me si�cle.
[2]�L��criture de l�Indus n�est pas d�chiffr�e malgr� l�effort de nombreuses �quipes internationales, faute de textes bilingues.
Depuis la disparition de cette civilisation et jusqu�au IIIe si�cle avant le Christ aucun document n�a surv�cu en Inde. Pourtant dans lss textes Pali
des Bouddhistes et les textes hindous des Sutra, il est question d��criture. Par contre il n�y a aucune r�f�rence � l��criture
dans les textes orthodoxes plus anciens. Cependant, il est possible qu�une certaine forme d��criture ait �t�
utilis�e m�me � cette �poque recul�e par des marchands qui �taient
en relation constante avec l�Asie
occidentale o� l��criture aram�enne et plus tard l��criture grecque �taient d�usage courant.
La civilisation v�dique � partir de 1500 avant le Christ �tait de tradition orale. La caste des brahmanes d�tenait jalousement la connaissance des textes sacr�s. L��crit �tait soigneusement �vit� de peur
que la connaissance ne tombe dans le domaine public.
L�apparition de l��criture
est non seulement tardive (IIIe si�cle
av. J-C.), mais elle ne se manifeste que dans les langues Pakrites (vernaculaires
du Sanskrit) et dans les textes h�t�rodoxes bouddhistes et ja�ns qui ne reconnaissent pas l�autorit� des brahmanes.
Les plus anciens documents indiens �crits qui existent sont les c�l�bres
inscriptions sur pierre de l�empereur
bouddhiste Ashoka. Elles sont r�dig�es dans deux �critures indiennes, le Brahmi et le Kharoshti et
en grec ce qui a permis leur d�chiffrement
sans difficult�. Le
kharoshti utilis�
uniquement dans le Nord-Ouest du pays d�rive directement de l�aram�en et se lit de droite � gauche. Quant � l��criture
brahmi dont l�origine
est controvers�e,
elle est � la base de toutes les �critures indiennes d�aujourd�hui. Ces deux �critures,
quoique non encore parfaites au temps d�Ashoka, transcrivaient tous les sons indiens et ne paraissaient pas �tre nouvellement invent�es pour les besoins des inscriptions royales.
Tous les documents sanskrits n�ont �t� consign�s � l��crit qu��
partir du Ier si�cle
avant et apr�s le
Christ. Plus tard, m�me les
Ja�ns et les Bouddhistes du Mahayana qui
avaient utilis� les
langues prakrites par r�action
aux brahmanes et au sanskrit reviendront au sanskrit dans leurs textes
doctrinaux et scientifiques.
[3]�Il
semblerait que les Elamites aient occup� la vall�e de l�Indus � une �poque recul�e o� ils n�auraient pas encore ma�tris� l��criture.
[4]�Les
soci�t�s pr�-aryennes �taient totalement ou partiellement matriarcales.
[5]�Tous les textes indiens anciens sont sacr�s. Ils se divisent en
1- � Shruti � (�tymologiquement � ce qui a �t� entendu �) ou R�v�lation.
� 2- � Smriti � (� ce dont on se souvient �) ou Tradition.
Les quatre � V�das � (Rig, Sama, Yajur et Atharva), les Brahmanas, les
Upanishads, la Bhagavadgita rel�vent de la Shruti. �Le Ramayana et le Mahabharata (les deux
�pop�es), les Puranas (mythologie, histoire, etc.), les Dharma
Shastras (lois de Manou, codification des coutumes et pratiques sociales,
etc.) forment la Smriti.
A cela il faut ajouter une troisi�me cat�gorie de textes que l�on
peut qualifier de scientifiques au sens moderne du terme, (math�matiques, astronomie, m�decine, etc.)
Les religions h�t�rodoxes
(bouddhisme, ja�nisme)
et les sectes mat�rialistes
ath�es comme les Charvakas, disposent de deux
cat�gories de textes : 1) ceux qui expriment leurs doctrines et
en font l�ex�g�se 2) ceux qui traitent des sujets
scientifiques.
[6]�Intuition ne signifie pas ici une forme de
connaissance imm�diate,
rapide, irraisonn�e ou
irrationnelle, encore moins due au hasard. Elle n�est ni empirique ni divinatrice mais parfaitement
rationnelle et logique dans son op�ration,
quoique exempte des stades interm�diaires.
Elle est le r�sultat d�une longue m�ditation
dans des conditions rigoureuses d�asc�se et non d�une simple r�flexion
discursive. Les grands Rshis (ce terme est difficile � traduire dans les langues europ�ennes :
l�anglais dit � Seer �, le fran�ais dit � Sage �, � Visionnaire �, � Proph�te �, etc, dans tous les cas s�y trouve une connotation de � r�v�lation �) v�diques qui, dit-on, pratiquaient ces m�thodes, avaient � vu � la V�rit�. Et l�� intuition � du Bouddha est qualifi�e d� � illumination � pour la m�me raison mais sans connotation de r�v�lation.
[7]�Dans les textes mythologiques anciens, les dix
avatars ou incarnations de Vishnu suivent curieusement l��volution des esp�ces :
Matsya ou le poisson
Kurma ou la tortue, un reptile
Varaba ou le sanglier, un mammif�re
Narashima, mi-homme, mi-lion
Vamana, un nain d�aspect simiesque
Parasurama, sorte de n�andertalien
Rama, l�homo
sapiens sapiens h�ros du
Ramayana, avatar inconscient.
Krishna, l�avatar
conscient, le point om�ga de
l��volution vers lequel tend l�humanit�.
Le Bouddha, tentative hardie de r�cup�ration
du bouddhisme.
Kalkin, sorte de � cavalier de l�Apocalypse � �
venir, � la fin des temps du Kaliyuga.
[8]�Un Kalpa
se divise en 1000 Mahayuga et chaque Mahayuga forme un cycle de 4
Yuga :
Krita Yuga������������ de�� 1.728.000 ans
Treta Yuga����������� de�� 1.296.000 ans
Dvapara Yuga�������� de � 864.000 ans
Kali Yuga�������������� de�� 432.000 ans
������������������������������������������������������� 4.320.000 ans
[9]�Comparer la date de la cr�ation de l�Univers calcul�e � partir de la Gen�se, soit 5000 ans avant le Christ, confirm�e par Saint Augustin.
[10]�Hubert Reeves dans son livre � Patience dans l�Azur �, Seuil, 1988, p. 77, rapporte la valeur
bouddhiste du Kalpa
qui est plus proche de la r�alit� astrophysique :
� Tous les cent ans, un vieillard vient
effleurer, avec un mouchoir, de la plus fine soie de B�nar�s, une
montagne plus dure et plus haute que l�Himalaya. Apr�s un Kalpa,
dit le Bouddha, la montagne sera ras�e au niveau de la mer �.
Et Hubert Reeves d�ajouter qu�il s��tait amus� � faire
le calcul lui-m�me
(cf. note 7, p. 316). Le r�sultat
qu�il a obtenu � �tait tout � fait compatible � avec le temps requis pour l�ultime d�sagr�gation de l�Univers, tel que calcul� par les astrophysiciens, soit 1032
ans.
[11]�Parall�lement � cette
� cr�ation du monde � du savant, il existe dans les mythologies populaires indiennes (reprises
dans les textes post�rieurs
des Puranas) d�autres
mythes de la � cr�ation du monde � plus ou moins na�fs, plus ou moins pu�rils ou plus ou moins symboliques. Le � Chant de la Cr�ation � est l�un de ceux-l� : c�est un tr�s beau texte lyrique en partie obscur et qui d�joue toute traduction.
[12]�Une br�ve histoire du Temps
de Stephens W. Hawking, Flammarion, 1989, voir p. 35.
[13]�Le � V�danta � est la sixi�me �cole
de philosophie orthodoxe. Elle est tr�s ancienne. C�est le
commentaire de Shankara (VIIIe si�cle)
du c�l�bre � V�danta-Sutra � de Badarayana qui a cr�� l��cole v�dantique.
[14]�C�est l��quivalent
de � quis � et de � quid �, les pronoms interrogatifs latins.
[15]�La
r�flexion de Mme Rhys-Davids est confirm�e par Stephen Hawking dans son livre � Une br�ve histoire du temps � p. 150.
Il y raconte qu�en 1981, � l�issue d�une conf�rence sur la cosmologie, organis�e au Vatican par les J�suites,
les participants furent re�us par
le Pape qui � estima que c��tait
une bonne chose d��tudier
l��volution de l�Univers apr�s le Big Bang, mais que nous ne devrions pas nous occuper du Big Bang lui-m�me parce que c��tait le moment de la cr�ation et donc l��uvre de Dieu.
Il existe donc encore des tabous qui veulent
soustraire � la
recherche scientifique certains domaines.
[16]�La
vieille racine � Str � v�dique, qui vient tr�s
certainement de l�indo-europ�en commun ancien, veut dire � immobile �. En d�rivent le fran�ais � astre �, l�anglais � star � et beaucoup d�autres mots dans beaucoup de langues indo-europ�ennes modernes.
[17]�Ce
n�est qu�apr�s la
mort d�Alexandre le Grand et l��tablissement des royaumes indo-grecs � la fronti�re Nord-Ouest de l�Inde
que l�apport grec, enrichi de celui des
Babyloniens, se fera sentir en Inde dans le domaine de l�astronomie.
[18]�Cf. DATTA, Bibhutibhushan : The science of Sulba, 1932.
Il �crit � la page 27 :
� The problem of the squaring
of the circle and the theorem of the square of the hypotenus (at least in its
simplest form) are as old in
Les � trois feux � (three fires) dont parle Datta ne sont que les trois
autels aux trois formes diff�rentes
(cercle, demi-cercle, carr�) mais
ayant la m�me surface.
[19]�Sahadeva et son fr�re jumeau Nakula sont les fils de deux Ashvins,
eux-m�mes jumeaux, m�decins des dieux.
[20]�Bharadvaja est issu d�une illustre lign�e de philosophes et de savants qui remonte jusqu�� Atharvan, le compilateur de l�Atharva-V�da (le quatri�me V�da). Il est consid�r� comme
le p�re des sciences m�dicales indiennes.
Ce symposium qui s�est tenu dans la r�gion des Himalayas est relat� par Charaka dans son trait� le Charaka-Samhita. Il en donne �galement les noms des participants et raconte la l�gende de la mission de Bharadvaja aupr�s du dieu Indra pour apprendre la m�decine. L�un des participants est originaire de la Bactriane.
[21]L�Ayurveda est aujourd�hui enseign� dans les facult�s indiennes
de m�decine au m�me titre que l�allopathie ou m�decine classique.
[22]Les condisciples d�Agnivesa sont : Bhela, Jakurtana, Parasara, Harita et
Ksarapani.
[23]�L�Aitareya Brahmana (Ait. Br. VIII, 1) contient des
instructions pr�cises
pour pratiquer le d�pe�age des animaux sacrificiels. Ces techniques �taient tenues secr�tes par les pr�tres brahmanes du sacrifice. Les ma�tres et leurs disciples appartenaient � la caste des brahmanes, il leur �tait donc possible de participer aux rites
sacrificiels et d�en profiter
pour faire des � travaux pratiques � d�anatomie.
Le chirurgien Susruta pr�conise la dissection des cadavres humains dans la
formation des futurs chirurgiens, malgr� la pr�vention de l��poque contre les cadavres consid�r�s
comme impurs et polluants. Les apprentis chirurgiens s�exer�aient �galement sur les fruits et l�gumes pour apprendre � effectuer des op�rations chirurgicales simples comme l�incision, l�extraction de corps solides, etc.
[24]�Susruta (Ve si�cle avant J.-C.) a �crit un trait� c�l�bre le Susruta Samhita qui parle de la
chirurgie et de l�obst�trique. Ce trait� a �t� r��crit
et comment� par un grand nombre de commentateurs de
renom jusqu�au Xe
si�cle. Le texte le plus ancien qui nous soit
parvenu daterait du IIe si�cle.
La Charaka Samhita (la m�decine) et le Susruta Samhita (la
chirurgie) ont �t� traduits en arabe d�s le VIIIe si�cle, sous l��gide du Calife Al Mansur. De ces traductions ont �t� tir�es les versions persane et latine.
[25]�A
vrai dire, l�Advaita de Shankara n�est pas th�iste, quoiqu�en
disent d�aucuns. Il repr�sente l�absolutiste v�dantiste.
Le Vishistadvaita de Ramanuja et le Dvaita de Madhva, par contre,
repr�sentent le d�isme v�dantique.
L�absolutisme v�dantique
de Shankara (VIIIe si�cle) a
une explication historique. Comme l�Advaita doit faire �merger l�Inde du bouddhisme et du ja�nisme,
religions ambiantes de l��poque,
Shankara adopte la m�me m�thode de raisonnement logique que celle de ces
religions agnostiques pour aboutir � l�Absolu qu�il nomme � Brahman � qui n�a rien de commun avec � Brahma � le dieu cr�ateur du panth�on hindou.
[26]�Kanada est un grand Sage des temps anciens. Il
descend, dit la tradition, de la c�l�bre famille de Kasyapa. Il a v�cu �
Prabhasa (la moderne Pabhosa pr�s d�Allahabad, l�ancienne Prayag) vers le VIe si�cle avant le Christ. Il est aussi connu sous le nom de Aulukya, fils d�Uluka ou Kasyapa du nom de l�anc�tre de
sa famille. En fait, Kanada n�est qu�un surnom qui veut dire � celui qui se nourrit de miettes � tant son aust�rit� �tait grande. Cette vie aust�re plut au dieu Shiva, le grand Ma�tre de toute connaissance. Il lui apparut sous les
traits d�une chouette et lui enseigna, dit la l�gende, les sutras du Vaisesika.
[27]�Les
six syst�mes de philosophie orthodoxe sont : Nyaya, Vaisesika, Samkhya, Yoga, Mimamsa
et Vedanta. Tr�s t�t, le Nyaya et le Vaisesika ont �t�
associ�s parce que leurs doctrines sont tr�s proches. Il en fut de m�me du Samkhya et du Yoga, deux syst�mes �galement
proches.
[28]�Cette th�orie atomique sera plus ou moins accept�e par toutes les �coles de philosophie � l�exception
du Vedanta. Mais la doctrine du Nyaya-Vaisesika sera n�anmoins critiqu�e dans ses d�tails. Les Ja�ns
avaient leur propre th�orie
atomique.
[29]�Exemple de syllogisme indien :
1- Il y a le feu sur la montagne.
2- Car il y a de la fum�e.
3- Quand il y a de la fum�e, il y a le feu, ex : la cuisine.
4- Il y a de la fum�e sur la montagne comme il advient toujours quand
il y a du feu.
5- Donc, il y a le feu sur la montagne.
Le troisi�me terme correspond � la majeure d�Aristote, le second � la mineure et le premier � la conclusion. Le syllogisme indien a renvers� l�ordre
d�Aristote. Dans le syllogisme indien, l�exemple du troisi�me terme est consid�r� comme
important � cause pr�cis�ment
de l�exemple. Les deux derniers termes sont
consid�r�s comme ajoutant de la force � l�argument !
Les Bouddhistes garderont seulement les 3
premiers termes et d�clareront
que les deux autres sont tautologiques.
[30]�Certains auteurs pensent que Panini �tait un homme du Sud de l�Inde et qu�il a invent� cette
grammaire pour mieux appr�hender
le sanskrit qui n��tait
pas sa langue maternelle.
Par un juste retour des choses, la premi�re grammaire tamoule a �t� �crite, dit la tradition, par Agastya, un rishi du
Nord de l�Inde qui est venu aryaniser le Pays Tamoul.
Cette grammaire, l�� Agattyam � du nom de son auteur, est perdue.
Un de ses disciples, Tolkapiar, a compos� le � Tolkapiam �, disponible encore aujourd�hui.
Le � Nannoul � est la grammaire tamoule de l��poque classique.
[31]�Pocock, l�indianiste anglais, dans son livre India in
Greece, explique que le mot Pythagore, ou Puthagoras en grec,
viendrait de Buddhaguru, le ma�tre
bouddhiste.